
Extrait
Thibault face à la violence (L’enfant qui parle aux animaux t. 3)
Chapitre 7 Incidents aux Hurlevents
Le lendemain après‑midi —
— « Thibault, viens voir là, s’il te plaît. »
— « Oui maman, tout de suite. Qu’y a‑t‑il ?
As‑tu besoin d’aide ? »
— « Non, mon chéri. Justement, aujourd’hui
je n’ai pour une fois pas grand‑chose à faire.
On m’a parlé, pas loin de Vichy, d’un village : « Le Vernet », qui se trouve sur la colline.
Et juste avant, un grand espace avec une vue exceptionnelle. Ça s’appelle Les Hurlevent.
Le panorama s’étend sur la plaine de l’Allier et offre une vue imprenable sur la chaîne des Volcans d’Auvergne. C’est un lieu dégagé, idéal pour faire jouer Prince. On peut y voir
la Chaîne des Puys :
une vue splendide sur les volcans d’Auvergne.
Il y a une longue‑vue pour le public, afin d’observer la vallée de l’Allier. J’aimerais aller voir. Veux‑tu m’accompagner ? Tu as des kilomètres carrés de surface pour entraîner ton ami animal. »
— « Oh oui, bien sûr maman, c’est une très bonne idée. Merci ! Chic, on va bien s’amuser. »
— « Je préparerai un petit encas pour ton goûter, j’emmènerai à boire pour nous et pour Prince, ainsi que des chaises pliantes, car on m’a raconté qu’il n’y a rien pour s’asseoir. On peut y garer la voiture et un chemin de terre permet de faire le tour du site. Il fait un temps magnifique aujourd’hui. Habille‑toi sportivement pour une belle sortie. Tiens, je t’ai acheté ces chaussures de sport. Essaie‑les, elles devraient t’aller, et dans le cas contraire je les rapporterai pour les changer. »
« Oh, merci maman ! Elles me vont parfaitement, j’aime beaucoup. Bonne occasion pour les tester. »
Après le repas et une bonne sieste, mère et fils
Emplacement d'une image affichant le plan pour aller de Vichy aux Hurlevent
se mirent en route Dans le quart d’heure qui suivit, la porte s’ouvrit, laissant Prince s’élancer dehors avant même Thibault et sa mère. Il se mit à courir, aboyant pour appeler Thibault au jeu.
— « C’est superbe, maman.
Regarde‑moi cette vue ! »
— « Oui, chéri, on m’en avait parlé. Je sors les chaises et la table pliante. Va jouer. »
Thibault entraînait Prince depuis un bon quart d’heure et sa maman se reposait au soleil, quand arriva, dans ce silence de campagne, cinq ou six grosses motos dans un tapage ahurissant, les pots d’échappement laissant partir
des gaz toxiques.
Il y avait deux filles avec les garçons,
et ils garèrent leurs grosses machines
sur béquilles, si espacées qu’il n’y avait
plus de place pour d’autres véhicules.
Ils portaient de gros blousons noirs
avec des figurines vulgaires et terrorisantes
dans le dos.
L’un arborait un cobra, corps et tête dressés comme on les voit d’habitude, menaçant,
langue fourchue allongée.
Probablement leur chef, qui était en tête du groupe à leur arrivée, portait un dragon crachant le feu — symbole de sa force.
Plus loin, un monsieur vêtu d’une longue robe réglait la longue‑vue, admirant la chaîne des Puys. Juste à côté de lui, un autre, également vêtu d’une robe tombant droit jusqu’aux pieds, boutonnée depuis le haut du corps, se tenait droit, visage légèrement ridé, yeux très bridés, une longue natte de cheveux tressés descendant le long de son corps, et une sorte de petit chapeau sur le crâne. Il devait bien avoir
« facile cinquante ans », mais droit comme un piquet, et semblait esquisser un sourire à Thibault, qui faisait jouer son chien, le sifflet silencieux pendu à son cou.
L’hindou détacha son œil de la longue‑vue et sembla prier le chinois de venir prendre sa place pour admirer le panorama. Le chinois se pencha, et le chef des motards, barbe et moustache dont la couleur devait être rousse mais tirant presque vers un vert pâle à certains endroits, repoussa le vénérable chinois en lui disant vulgairement de le laisser prendre sa place.
— « Enlève‑toi de là et laisse les Français regarder. »
D’un geste violent, il tenta de le repousser, mais le vénérable, sous les yeux ébahis de l’adolescent, fit un écart de côté à la vitesse de l’éclair. On aurait dit un rayon, un flash, une ombre lumineuse hypersonique qui avait fait tourner son corps
Emplacement d'une image montrant le chinois évitant le coup de poing
Le maître chinois au site des Hurlevent, dans sa posture de rotation.
Le Dragon furieux tourna, semblant le chercher pendant une seconde ou deux. Une dizaine de personnes, apeurées, n’osaient rien faire, pétrifiées elles aussi devant cet asiatique
et sa rapidité.
Le blouson noir se retourna pour lui asséner des coups de poing. Au premier, le Chinois l’esquiva. Puis le barbu tenta de le cogner à gauche, en bas, en haut… Comme s’amusant à le fatiguer, le Chinois se recentra, incitant le motard à le frapper au ventre ou en pleine poitrine. Avec sa force, il lui aurait certainement brisé les côtes.
De la main gauche, le vénérable asiatique lui saisit le poignet, l’arrêtant net dans sa course.
De sa main droite, il lança avec force son index dans le plexus solaire, entre le bas des côtes
et la petite zone sans os qui forme un petit rond au‑dessus du ventre. C’est un endroit hypersensible, un centre nerveux capital.
Lorsque l’index du Chinois le toucha, le blouson noir sembla, avec un tout petit « Ouch ! », perdre ses sens. Paralysé, son bras droit n’avait plus besoin d’être bloqué. Le vénérable le lâcha, puis, alors qu’il allait s’affaler, le Chinois le soutint et le reposa doucement au sol, lui évitant blessures et même fracture de la mâchoire.
Thibault n’en croyait pas ses yeux. Même dans les films violents de Self Combat, il n’avait jamais vu cela. Aucune violence, et d’un seul doigt il l’avait paralysé, stoppant son coup de poing avec une rapidité stupéfiante
Les autres motards, sortis de leur surprise, se précipitèrent sur lui. Thibault lança une commande à Prince qui, d’un saut spectaculaire, s’élança sur le premier assaillant tenant un couteau. Prince lui captura le poignet entre ses puissantes dents et le Cobra le laissa tomber, criant, hurlant de douleur, tentant de repousser le chien, plus loup que jamais auparavant.
L’homme au blouson de Cobra se retournait de gauche et de droite, balançant le berger allemand du jeune garçon, mais le chien ne lâchait pas prise.
Les deux autres motards, à côté des filles qui
ne semblaient oser intervenir et restaient
à l’écart, se lancèrent à l’attaque armés
de couteaux :
L’un faisant face à l’Hindou et balançant l’arme blanche d’une main à l’autre, tandis que l’autre face au Chinois.
L’Hindou était plus jeune, dans les trente‑sept ans environ. Il ne bougea pas et attendit l’attaque de l’individu qui plongea vers lui, couteau droit au ventre. Mais l’hindouiste l’évita à la vitesse du vent. Saisissant son poignet de la main droite, bras tendu encore dans son élan, et du bras gauche, le jeune étranger indien à la peau marron clair tenait son pouce dressé, les autres doigts rentrés.
Que faisait‑il ? pensa Thibault.
Le voyou, dans son élan inconsidéré, allait s’écraser sur le pouce de l’étranger qui compléta avec force les quelques centimètres restants. Son pouce heurta avec force le front, entre les deux yeux du motocycliste, à un endroit appelé le « chi » ou Qi en Chine, et Prana en Inde : courant d’énergie universel, centre de la vie.
Le motard allait se précipiter dans le ravin, pris par son élan, ou s’écraser sur la mâchoire, mais l’Indien le retint et le déposa, comme le Chinois, doucement à terre.
L’autre mécréant, au blouson avec une moto et un imprimé bizarre dans le dos, élança le bras pour transpercer le Chinois dans le cou. Mais celui‑ci l’évita et le jeune tomba, poignard enfoncé dans le sol. Son ventre allait s’écraser sur le manche du couteau, mais le vénérable Chinois se retourna, une jambe de chaque côté de sa taille, et la remontant, lui fit éviter le couteau. Il l’avait sauvé. Il le poussa sur le côté et voulut saisir l’arme blanche pour tout remerciement, mais le Chinois lui écrasa la main avant qu’il ne puisse la saisir. Et, de ses souliers pointus, il éjecta l’arme plus loin. Puis il écrasa son ventre au sol du pied gauche. Au même moment : « Pin Pon, Pin Pon ».
Une voiture de police et une fourgonnette laissant sortir des CRS armés ordonnèrent à tout le monde de lever les mains.
Thibault ne les leva pas, s’écriant et courant vers les policiers :
— « Non monsieur, ces gens n’ont rien fait que regarder les motards violenter ces deux messieurs d’Asie, qui n’ont fait que se défendre sans violence. »
Le chef de l’équipe policière ordonna de baisser les mains. Les filles avaient essayé de s’enfuir, mais Prince, les rattrapant et les bloquant, montra ses dents comme le loup à Tronçais. Les filles firent demi‑tour. Elles ne faisaient plus les malignes.
Deux des motards semblaient morts, mais le Chinois s’interposa :
— « Soyez sans crainte, officier, dit‑il avec un français correct mais comme parlant du nez. Tenez, voilà nos passeports, et ils vont se réveiller sains et saufs. Laissez‑moi faire. »
Le Chinois, de son côté, et l’Hindou de l’autre, leur firent une pression : l’un sur le plexus solaire, l’autre sur le chi, puis une sorte de frottement. On aurait dit qu’ils tournaient un verrou. Les deux reprirent conscience et n’avaient pas la moindre égratignure.
Comment ne pas croire l’enfant et arrêter ces étrangers ? Et sous quelle inculpation ?
Thibault courut vers le couteau que le Chinois avait rejeté. Puis cria :
— « Voici son arme ! Vous y trouverez ses empreintes digitales. Voyez les autres. »
La foule s’avança, et les témoins expliquèrent en détail comment le Chinois et l’Hindou leur avaient évité de graves blessures ou la mort. Les policiers, avec des gants de caoutchouc, prélevèrent les armes.