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Extrait

Son obsession, ma ruine

Chapitre 1 — Première nuit en captivité

LIEU : Appartement abandonné, Paris

DATE : 11 novembre 2023

HEURE : 06 h 42 du matin

LILY

La douleur me réveille avant même que je ne réalise où je suis.

Tout mon corps est engourdi, mes muscles raides, mon esprit encore englué dans une torpeur épaisse. Une odeur de renfermé flotte dans l’air, mêlée à quelque chose de plus métallique, plus sombre.

Le sang ?

Mon cœur se met à cogner plus fort dans ma poitrine, envoyant une décharge d’adrénaline dans mes veines.

J’ouvre les yeux.

Le plafond au-dessus de moi est fissuré, des taches d’humidité s’étalent sur le plâtre abîmé. Ce n’est pas chez moi.

Lentement, ma respiration s’accélère.

Je suis allongée sur un matelas posé à même le sol. Mes poignets sont libres. Pas de cordes, pas de menottes. Juste une sensation de picotement désagréable là où elles ont sûrement été attachées pendant des heures.

Un mouvement.

Mon corps se tend immédiatement.

C’est lui.

Assis dans un fauteuil contre le mur, Soren m’observe en silence.

Aucun bruit. Pas un mot. Juste son regard fixé sur moi, une intensité glaciale qui me transperce et m’enferme dans une cage invisible.

Je ne respire plus.

Son visage est partiellement dans l’ombre, mais je distingue parfaitement la courbe de sa mâchoire, le reflet de ses iris trop sombres pour être lisibles.

Il me scrute comme un scientifique analysant une expérience.

Un frisson glisse le long de mon dos.

Je résiste.

Je me tiens à distance.

J’ai envie de parler, mais aucun son ne franchit mes lèvres.

Qu’est-ce que je suis censée dire ?

SOREN

Elle ne crie pas.

Je m’y attendais presque. Elle est différente.

Les autres pleuraient. Suppliaient. Paniquaient.

Elle, elle encaisse.

J’observe chaque respiration, chaque tressaillement sous sa peau.

Son corps est figé, mais pas par la peur.

Elle réfléchit.

Je tapote l’accoudoir du fauteuil, lentement. Un rythme régulier.

J’attends qu’elle fasse le premier mouvement.

Elle ne bouge pas.

Un sourire discret étire mes lèvres.

Ça va être intéressant.

LILY

Il finit par incliner la tête, son index tapotant lentement sur l’accoudoir du fauteuil.

Toujours en silence.

J’ai l’impression d’être un insecte sous un microscope.

Mon premier réflexe est de me recroqueviller légèrement, mais je sais que ça ne servirait à rien.

Il est entre moi et la porte.

Il possède chaque millimètre de cet espace.

Enfin, il se lève.

Mon souffle se bloque.

Il avance, ses pas lents, maîtrisés.

Trop proches. Trop dangereux.

Je me tends, prête à reculer.

Il s’arrête avant que je ne puisse bouger.

Il est à quelques centimètres du matelas.

Toujours sans un mot, il s’accroupit à mon niveau, son regard brûlant d’une lueur indéchiffrable.

Trop de choses y dansent : de la curiosité, de l’amusement… et autre chose que je n’arrive pas à nommer.

Il effleure une mèche de mes cheveux du bout des doigts.

Un contact trop léger, trop intime pour être innocent.

Puis sa voix tombe dans l’espace restreint comme une caresse venimeuse :

— Tu n’as pas crié.

Je cligne des yeux, déstabilisée.

Je ne réponds pas.

Il laisse un silence s’étirer, analysant ma réaction.

Je sens qu’il veut une réponse.

Je déglutis difficilement avant de murmurer, ma voix rauque et tremblante :

— Ça aurait servi à quoi ?

Un sourire forcé, cruel, étire le coin de ses lèvres.

— Intéressant.

SOREN

Elle me résiste.

C’est subtil, presque imperceptible. Mais je le vois.

Les autres… elles mentaient.

Elles s’effondraient sous leur propre peur, sous l’évidence de leur sort.

Mais elle, elle me regarde encore.

Je veux comprendre ce qui la retient debout.

Je veux savoir ce qui la différencie.

Alors je la teste.

LILY

Et c’est là que je comprends.

Je suis son nouveau jouet.

L’idée me brûle de l’intérieur.

Pas une proie.

Pas une victime.

Un jouet.

Il joue avec moi. Il m’étudie.

Je vais devoir participer à mon propre test.

Je suis spectatrice de ce qui va suivre.

Je le ressens jusque dans mes os : il attend quelque chose.

Mais quoi ?

Que je parle ? Que je pleure ? Que je cède ?

Je serre les mâchoires, refusant de lui donner ce plaisir.

Mais ma respiration me trahit, saccadée et tremblante.

Mon propre corps se retourne contre moi, incapable de masquer la panique qui se faufile dans mes veines.

SOREN

Son souffle est court.

Son corps est tendu.

Mais ce n’est pas de la terreur pure.

Je veux voir jusqu’où elle peut tenir.

Alors, je pose mes doigts sur sa gorge.

Juste un effleurement.

Je sens son pouls battre sous ma paume.

Trop rapide. Trop vivant.

Un frisson traverse sa peau.

Le coin de mes lèvres se soulève légèrement.

— Ton cœur bat vite.

LILY

Aucune moquerie dans sa voix.

Juste un constat froid, factuel.

Je reste muette, mon souffle prisonnier de ma poitrine.

Il appuie légèrement ses doigts, pas assez pour m’étrangler, juste assez pour me rappeler qu’il pourrait.

Mon corps se fige.

C’est instinctif.

Un prédateur.

Une proie.

Je suis prise au piège dans un jeu dont je ne connais pas les règles.

Lui, il les connaît.

Il les a écrites.

Le silence s’étire.

Le test continue.

— Parle.

Un ordre.

Ni brutal ni autoritaire.

Juste une preuve.

Je déglutis difficilement.

Ma voix est cassée quand je murmure enfin :

— Qu’est-ce que tu veux entendre ?

SOREN

Elle me surprend.

Pas de supplication. Pas de larmes.

Juste cette question.

Sa voix est fragile, brisée par l’adrénaline et l’épuisement.

Mais elle a osé parler.

Elle me défie.

Je l’observe, cherchant un signe de panique, une faiblesse.

Rien.

Je devrais la punir pour ça.

Briser cette illusion de contrôle qu’elle pense encore posséder.

Mais au lieu de ça…

Je souris.

Lentement, je me redresse, dominant son corps recroquevillé.

Elle ne détourne pas les yeux.

Elle soutient mon regard.

Et c’est là que ça devient intéressant.

Un jeu.

Un équilibre fragile. Une ligne à ne pas franchir.

Mais elle ne sait pas encore que c’est moi qui décide où elle se trouve.

Je laisse planer un silence étouffant avant de murmurer :

— Tout.