Couverture de Nées trop tôt, jugés trop vite

Extrait

Nées trop tôt, jugés trop vite

Nées trop tôt, jugés trop vite

PRÉFACE

—Nées trop tôt, jugés trop vite

Ce livre n’est pas une accusation, loin de là, pas plus une vengeance.

C’est un témoignage romancé, né de l’incompréhension, de la peur et de l’injustice.

L’histoire de parents ordinaires, confrontés à une machine qui broie sans toujours regarder qui elle écrase, cette machine lancée à vive allure, sans pitié.

Nous aurions pu être une famille comme tant d’autres, si seulement.

Et pourtant, notre quotidien a basculé en quelques heures, laissant derrière lui des certitudes brisées, une confiance effondrée, et une innocence à jamais fissurée.

Être accusés à tort, c’est perdre bien plus que sa liberté, perdre toute dignité face à l’injustice qui sévit.

C’est voir son identité remise en question, ses principes s’effondrer, son avenir devenir incertain.

C’est apprendre à survivre sous le regard des autres, sous le poids du soupçon, sous la violence du silence, vivre sans savoir si demain existera.

Ce récit est celui d’une descente aux enfers, mais aussi d’une résistance, coûte que coûte. Parce que la vie ne vous laisse pas toujours le choix.

Résister pour ses enfants, pour ne pas sombrer, quand plus rien ne semble juste.

Les faits, les lieux et les noms ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des personnes concernées.

Toute ressemblance avec des situations réelles ne serait que le reflet d’une réalité que vivent, chaque année, trop de familles.

Si ce livre existe aujourd’hui, ce n’est pas pour raviver la douleur, loin de là. 

C’est pour dire que derrière chaque dossier, chaque procédure, chaque accusation, il y a des vies, fragiles, qui ne demandaient qu’à vivre normalement.

Et que certaines blessures, même invisibles, même sans saigner, ne guérissent jamais tout à fait.

Nous aurions pu être une famille comme tant d’autres.

Et, au fond, c’est ce que nous sommes.

Car nous ne sommes pas les seuls, loin de là, à avoir subi ces injustices, à n’avoir plu cru en rien, accusés à tort, notre vie a été chamboulée au plus profond, nos personnalités et notre manière de voir l’avenir ne sera plus jamais la même.

Résister, 

Ce mot qui a fait écho à nos vies pendant des années.

14 mai 2019 – la descente aux enfers

Il fait beau en ce 14 mai 2019, la température est clémente, la ville a l’air plutôt calme en ce milieu de matinée, trop pour la journée qui nous attend. 

Nous sommes convoqués à dix heures du matin. Tout semblait normal, le pire devait être derrière nous, enfin, ça, c’est ce que l’on pensait.

Confiant, sans doute trop, avec un brin de naïveté, nous quittons notre domicile, nos enfants pour nous rendre au commissariat. 

  A tout à l’heure, nous leur avons fait un bisou et passé le seuil de la porte de l’appartement. Les laissant avec les grands-parents, le temps de notre rendez-vous.

Sur la route nous discutons, écoutons la musique, l’équilibriste précisément, et jamais, je n’aurais cru un jour, que je me retrouverais tant dans ces paroles.

Nous nous garons à quelques mètres de l’entrée principale, sur un parking vague, se disant qu’il n’y en avait pas pour longtemps. A peine le temps de raconter une énième fois notre histoire que l’on serait sortis, et tout cela derrière nous une bonne fois pour toute. 

Enfin ça, c’était dans notre esprit, mais dans les faits, rien ne s’est déroulé comme prévu. Comme quoi, à force de s’imaginer les choses, on finit par se tromper.

Je me rappelle encore cette blague, sur le trottoir en face de l’entrée, une amie venue nous soutenir, amie avec qui nous avions pour habitude de faire des Escapes Game.

Dans 6O min nous sommes dehors, lui avais-je dis, le sourire aux lèvres, confiante.

Ça marche à tout à l’heure, m’avait-elle répondu, en me rendant mon sourire avec un clin d’œil. Ces amis qui vous suivent, quoi qu’il arrive... on en a peu, mais il faut les garder précieusement.

« A tout à l’heure », deux fois, en même pas une heure, deux promesses qui ne seront pas tenues.

Soixante minutes, comme les règles de ce jeu.  

A l’exception près, que nous n’étions pas dans un jeu, mais dans une réalité que nous n’étions pas prêt à affronter. Un clin d’œil jeté par-dessus l’épaule et nous voilà en train de passer la porte d’entrée du commissariat, ici et là des personnes attendent leur tour pour tout sujet qu’ils ont jugé suffisamment grave pour venir l’exposer. Dirigeons vers l’accueil, nous nous présentons et on nous indique qu’une personne va venir nous chercher.

C’est fou comme dans ces moments-là, nous pouvons avoir l’impression d’être « privilégiés » avant d’être achevés de plein fouet. 

Nous montons donc les marches qui mènent au premier étage, accompagnés de cet homme qui est venu nous accueillir. Une fois arrivés dans ce couloir, le couperet tombe, malgré nous, le ciel s’effondre, nous ne comprenons pas, plus, ce qui nous arrive. Tout va très vite, trop vite. 

Monsieur dans le bureau de droite, indique notre hôte, et Madame, dans le bureau de gauche avec mon collègue. L’intonation de sa voix était posée, sans un mot plus haut que l’autre, on sentait qu’il était habitué à ce genre de situations.

L’incompréhension nous gagne, pourquoi nous séparer ? Que se passe-t-il ? La situation nous échappe, pleinement, notre liberté vient de s’envoler, sans que nous n’ayons pu la voir prendre la fuite. On se croirait dans un film. 

Je rentre dans le bureau de gauche, sans marque de résistance, toujours dans l’incompréhension totale. Le « collègue » m’indique une chaise face à son bureau sur laquelle il m’invite à prendre place, juste avant de me signer que nous sommes respectivement « placés sous le régime de la garde à vue pour une durée de vingt-quatre heures. » Il précise que nous avons le droit à un avocat, et la possibilité de prévenir un proche et de voir un médecin si besoin est.

Le monde s’écroule, je ne comprends pas. Je cherche son regard dans le couloir, mais la porte du bureau de droite est fermée, nous ne pouvons plus communiquer. L’incompréhension est totale. Si seulement nous avions pu nous parler, juste nous dire que tout ira bien, même si nous n’avons aucune certitude. Parfois juste se le dire, fait du bien, redonne du courage là où il n’y en a plus.

Motif de la garde à vue : violences sur ascendant de moins de quinze ans.

Ma gorge se noue, je sens mes yeux se remplir d’eau qui bouillonne, je n’arrive déjà plus à retenir les chaudes larmes salées qui dévalent mes joues. Et pourtant, nous ne sommes qu’aux portes de l’enfer. Nous n’en sommes qu’aux premières minutes de ce qui durera des heures, et déjà, l’émotion est à son comble, l’épuisement est là.

Nous avons choisi de prévenir les grands-parents de la situation, afin qu’ils veillent sur nos enfants. 

Maman c’est moi, j’avais les sanglots qui étranglait sa voix, il fallait que je lui parle et vite, le temps m’était compté, mais les mots peinent à sortir.

Oui qu’est-ce qui se passe ? Elle avait dû comprendre qu’il y avait un souci, et ce n’était pas mon numéro qui s’était affiché sur le combiné, sans doute avait-elle déjà compris ce qui se passait.

On ne va pas rentrer tout de suite, je tremblais, nous sommes en garde à vue. Je m’effondre à la prononciation de ces mots. Jamais je n’aurai pensé prononcer cette phrase ne serait-ce qu’une fois dans ma vie. Et en prime, il fallait que cette conversation ait lieu avec le haut-parleur. 

Tout va bien se passer, ne t’inquiète pas (qu’est-ce qu’on peut raconter comme mensonge quand on ne maîtrise pas les choses !)

Fais de gros bisous aux filles, je vous aime. Et il fallait déjà raccrocher.

Je repose le combiné, l’enfer commence.

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