
Extrait
Les Ombres de Massabielle: Roman d'aventures historiques et mystère – Lourdes 1858
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LES OMBRES DE MASSABIELLE
Table des matières.
Les Ombres de Massabielle.
Chapitre 1 - Les Bois d'Or
Chapitre 2 - Les Ombres de Lyon
Chapitre 3 - La Route des Pyrénées
Chapitre 4 - Le Gardien de Mifaget
Chapitre 5 - Les Secrets de Massabielle
Chapitre 6 - La Porte des Veilleurs
Chapitre 7 - Le Refuge des Ombres
Chapitre 8 - Le Masque du Maître
Chapitre 9 - Le Jour de Massabielle
CHAPITRE 1
LES BOIS D'OR
1.1
L'année 1858 commençait sous un ciel d'hiver froid et limpide qui enveloppait les collines des Monts d'Or d'une lumière pâle. Au nord de Lyon, le village de Saint-Germain-au-Mont-d'Or poursuivait son existence paisible, loin des intrigues politiques qui agitaient les salons du Second Empire. Les habitants se connaissaient tous et les nouvelles circulaient rapidement d'une maison à l'autre. Pourtant, derrière cette tranquillité apparente, certains événements annonçaient déjà des bouleversements dont personne ne soupçonnait encore l'ampleur.
Parmi les jeunes hommes du village, Lucien attirait souvent l'attention. Grand, brun, les yeux gris, il possédait cette assurance naturelle que donnent le courage et l'habitude de décider rapidement. Sous sa manche gauche se dissimulait un tatouage que peu de personnes avaient eu l'occasion d'apercevoir. À l'intérieur de son bras était gravée une simple devise : CARPE DIEM. Ces deux mots résumaient parfaitement sa manière de vivre. Il préférait l'action aux hésitations et la vérité aux faux-semblants.
Depuis plusieurs années déjà, sa réputation dépassait les limites du village. Certains admiraient son audace. D'autres considéraient qu'il se mêlait trop volontiers des affaires qui ne le concernaient pas. Lucien se souciait peu de ces opinions. Il poursuivait son chemin selon sa conscience, convaincu que l'injustice devait toujours être combattue.
1.2
Ce matin-là, une légère brume montait encore des vallons lorsque Lucien quitta le village pour rejoindre un ancien sentier forestier. Les bois qui recouvraient les hauteurs étaient silencieux. Seuls quelques oiseaux troublaient parfois le calme de la campagne hivernale. Il avançait d'un pas régulier lorsqu'un bruit inattendu attira son attention.
Une voix de femme.
Une voix ferme.
Une voix qui ne semblait nullement impressionnée par la présence de plusieurs hommes.
Lucien ralentit aussitôt.
Quelques dizaines de mètres plus loin, trois individus entouraient une voyageuse près d'un petit pont de pierre. Leur attitude ne laissait aucun doute sur leurs intentions. Pourtant, la jeune femme ne paraissait ni effrayée ni résignée.
Au contraire.
Elle leur faisait face avec une remarquable détermination. 1.3
Lucien s'approcha discrètement.
La voyageuse était blonde. Son regard sombre exprimait une intelligence vive ainsi qu'une volonté peu commune. Sur le dessus de son poignet droit apparaissaient les initiales entrelacées C et S. Sur son poignet gauche figurait le tatouage délicat d'un inséparable. Malgré la situation, elle conservait un calme impressionnant.
- Je vous conseille de partir immédiatement, déclara t elle.
Les trois hommes éclatèrent de rire.
Le plus grand fit un pas vers elle.
- Et pourquoi donc ?
- Parce que vous allez bientôt regretter votre décision.
À cet instant précis, Lucien décida d'intervenir.
- Je crois que cette dame vient de vous donner un excellent conseil.
Les trois hommes se retournèrent.
Leur assurance vacilla légèrement.
L'arrivée d'un nouvel adversaire compliquait leurs projets.
La jeune femme, quant à elle, observa Lucien avec curiosité.
Sans le savoir encore, ils venaient de se rencontrer pour la première fois.
Et cette rencontre allait bientôt les entraîner bien au-delà des collines de Saint-Germain-au-Mont-d'Or, jusqu'aux montagnes des Pyrénées, aux mystères de Massabielle et aux secrets les plus dangereux du Second
Empire.
1.4
Le plus robuste des trois hommes s'avança d'un pas menaçant.
Son visage portait plusieurs cicatrices anciennes.
À l'évidence, il avait davantage l'habitude des bagarres que du travail honnête.
Voilà qui devient intéressant, lança t il avec un sourire mauvais. Un chevalier vient au secours de la demoiselle.
Lucien demeura parfaitement calme.
- Je ne suis le chevalier de personne.
- Alors pourquoi intervenir ?
- Parce que je n'apprécie pas les lâches qui s'en prennent à une femme seule.
Les deux autres hommes échangèrent un regard.
Le ton venait de changer.
Ils comprenaient désormais que leur intimidation habituelle ne suffirait pas.
La jeune femme observait la scène sans prononcer un mot.
Son regard sombre passait alternativement d'un adversaire à l'autre.
Elle semblait déjà évaluer leurs forces et leurs faiblesses.
Le chef cracha au sol.
- Tu aurais mieux fait de poursuivre ton chemin.
- Peut-être.
- Tu ignores à qui tu as affaire.
Lucien esquissa un sourire.
- Et toi, tu ignores encore à quel point cela m'est égal.
Pendant quelques secondes, personne ne bougea.
Le silence de la forêt paraissait presque irréel.
Puis l'homme chargea brusquement.
1.5
L'affrontement fut aussi rapide que violent.
Lucien esquiva le premier coup.
Son adversaire perdit momentanément l'équilibre.
Profitant de l'ouverture, il le repoussa violemment contre la rambarde du pont.
Les deux autres se précipitèrent aussitôt.
Mais la voyageuse décida alors d'intervenir.
Avec une agilité remarquable, elle ramassa une branche tombée au sol.
Le premier assaillant reçut un coup sec au poignet.
Son couteau vola dans les broussailles.
Le second tenta de saisir la jeune femme par le bras.
Il n'en eut pas le temps.
Elle pivota vivement et le projeta dans la boue avec une efficacité surprenante.
Lucien ne put s'empêcher d'admirer la précision de ses gestes.
Manifestement, elle n'était pas une simple voyageuse.
Le troisième homme hésita.
Cette hésitation lui fut fatale.
Quelques instants plus tard, les trois agresseurs comprirent que la partie était perdue.
Ils reculèrent lentement.
Leur chef lança un dernier regard rempli de haine.
- Vous le regretterez.
- C'est possible, répondit Lucien. Mais pas aujourd'hui.
Les trois individus s'éloignèrent finalement entre les arbres.
Bientôt, le silence revint dans les bois.
1.6
La jeune femme reposa la branche.
Puis elle observa Lucien avec une attention nouvelle.
- Je vous remercie.
Je crois que vous vous en seriez sortie sans moi.
Un léger sourire apparut sur son visage.
- Peut-être.
- Ils vous attendaient ?
- Je l'ignore.
- Pourtant, ils semblaient déterminés.
Elle hésita.
Comme si elle réfléchissait à ce qu'elle pouvait révéler.
- Ces derniers temps, certaines personnes s'intéressent un peu trop à mes déplacements.
- Pour quelle raison ?
- Si je le savais, je serais probablement moins inquiète.
Lucien comprit immédiatement qu'elle ne disait pas tout.
Mais lui-même n'avait pas pour habitude de dévoiler ses secrets à la première rencontre.
- Je m'appelle Lucien.
- Violaine.
Leurs regards se croisèrent.
Ni l'un ni l'autre ne pouvait encore imaginer jusqu'où cette rencontre allait les conduire.
Ni les dangers qu'ils devraient affronter ensemble.
1.7
Ils reprirent la route en direction de Saint-Germain-au-Mont-d'Or.
Au fil des kilomètres, la conversation devint plus naturelle.
Lucien découvrit une femme cultivée, indépendante et dotée d'une remarquable force de caractère.
Violaine, de son côté, remarqua rapidement que son compagnon possédait une intelligence bien supérieure à celle qu'il laissait paraître.
Le soleil atteignait son zénith lorsqu'ils aperçurent enfin les premières maisons du village.
Pourtant, quelque chose attira immédiatement leur attention.
Plusieurs habitants étaient rassemblés sur la place principale.
Une agitation inhabituelle régnait autour de la mairie.
Des voix inquiètes s'élevaient dans toutes les directions.
Un événement grave venait manifestement de se produire.
Lucien accéléra le pas.
Un pressentiment désagréable s'était emparé de lui.
Sans le savoir encore, ce qui les attendait sur cette place allait marquer le véritable commencement de leur aventure.
Et quelque part, loin de Saint-Germain-au-Mont-d'Or, un homme observait déjà les premiers mouvements d'une intrigue qui s'étendait bien au-delà des frontières du Rhône.
Une intrigue faite de secrets, de complots, de trahisons et de documents que certains étaient prêts à tuer pour conserver dans l'ombre.
1.8
Lorsque Lucien et Violaine atteignirent la place principale de Saint- Germain-au-Mont-d'Or, ils comprirent immédiatement que l'agitation inhabituelle qui régnait dans le village n'avait rien d'anodin.
Une trentaine d'habitants entouraient le perron de la mairie.
Les conversations se croisaient dans un brouhaha confus.
Certains paraissaient inquiets.
D'autres semblaient simplement curieux.
Le maire lui-même discutait avec le brigadier de gendarmerie.
Leurs visages graves ne laissaient rien présager de bon.
Lucien s'approcha d'un artisan qu'il connaissait depuis l'enfance.
- Que se passe t il ?
L'homme se retourna aussitôt.
Tu arrives au mauvais moment.
- Pourquoi ?
- On a trouvé un corps.
Le silence sembla soudain tomber autour de lui.
- Qui ?
- Personne ne le sait encore.
Violaine observa les réactions des villageois.
La peur était perceptible.
Dans une région aussi paisible, un meurtre constituait un événement exceptionnel.
- Où l'a t on découvert ? demanda t elle.
- Près de l'ancien moulin.
À ces mots, Lucien échangea un regard avec elle.
L'ancien moulin se trouvait précisément sur la route qu'ils avaient empruntée quelques heures auparavant.
1.9
Quelques minutes plus tard, ils se dirigèrent vers les lieux.
Le brigadier connaissait Lucien de réputation.
Il ne s'opposa donc pas à leur présence.
Le moulin apparaissait entre plusieurs peupliers bordant un petit cours d'eau.
Autour du bâtiment abandonné, plusieurs gendarmes maintenaient les curieux à distance.
Le corps reposait encore sur place.
Recouvert d'une toile grossière.
Le brigadier souleva lentement le tissu.
Violaine retint son souffle.
L'homme devait avoir une cinquantaine d'années.
Ses vêtements indiquaient une certaine aisance.
Mais ce n'était pas ce qui attira immédiatement leur attention.
Une étrange marque était visible sur sa main droite.
Comme une brûlure volontairement imprimée dans la chair.
Deux formes entrecroisées.
Deux symboles identiques.
Lucien se pencha davantage.
- On dirait des clés.
Le brigadier acquiesça.
- Exactement.
- Savez-vous qui il est ?
- Pas encore.
- Aucun papier ?
- Rien.
Comme si quelqu'un avait soigneusement effacé son identité.
Violaine observait la marque avec attention.
Une intuition troublante commençait à naître en elle.
Elle ignorait encore pourquoi.
Mais elle avait la certitude que cette mort ne devait rien au hasard.
1.10
Les gendarmes poursuivaient leurs constatations lorsque l'un d'eux découvrit un objet caché dans la doublure du manteau du défunt.
Une enveloppe.
Épaisse.
Scellée à la cire rouge.
Le brigadier l'examina.
Puis son regard se figea.
Voilà qui devient intéressant.
- Qu'y a t il ? demanda Lucien.
Le brigadier retourna l'enveloppe.
Un nom apparaissait clairement.
Un seul.
Écrit d'une écriture élégante.
Étienne de Valmont.
Lucien n'avait jamais entendu ce nom.
Mais Violaine pâlit brusquement.
- Impossible...
Tous se tournèrent vers elle.
- Vous le connaissez ?
Elle hésita.
Puis répondit d'une voix plus basse.
- Oui.
- Qui est-il ?
- Mon père.
Un silence pesant s'installa.
Même le brigadier sembla surpris.
Lucien observa la jeune femme.
Depuis leur rencontre, elle avait soigneusement évité d'évoquer sa famille.
Manifestement, cette histoire remontait à bien plus loin qu'il ne l'avait imaginé.
1.11
Le brigadier remit l'enveloppe à Violaine.
- Dans ce cas, elle vous appartient probablement davantage qu'à quiconque.
La jeune femme l'accepta avec précaution.
Le sceau était intact.
Personne ne l'avait ouvert.
Tous les regards convergèrent vers elle.
L'instant paraissait solennel.
Violaine brisa lentement la cire.
Puis déplia le document.
À l'intérieur se trouvait une unique feuille.
Quelques lignes seulement.
Pourtant, à mesure qu'elle les lisait, son visage devenait plus grave.
- Que dit-elle ? demanda Lucien.
Elle releva lentement la tête.
- Mon père est en danger.
- Où se trouve t il ?
- Je l'ignore.
- Et que dit encore ce message ?
Violaine relut plusieurs passages.
Puis répondit :
- Il parle d'un groupe appelé le Phénix Noir.
Personne ne réagit.
Le nom était inconnu.
Pour l'instant.
- Il mentionne également plusieurs documents.
- Quels documents ?
- Des preuves.
- Des preuves de quoi ?
- Je ne sais pas encore.
Mais quelqu'un semble prêt à tuer pour les récupérer.
1.12
Le soleil déclinait lentement lorsque Lucien et Violaine quittèrent finalement le moulin.
Le village retrouvait peu à peu son calme.
Mais pour eux, plus rien ne serait désormais comme avant.
Le meurtre.
Le message.
Le nom d'Étienne de Valmont.
Le mystérieux Phénix Noir.
Tous ces éléments formaient déjà les premières pièces d'un puzzle immense.
Un puzzle dont ils ignoraient encore l'étendue.
Ils traversaient la place principale lorsque Violaine s'arrêta brusquement.
- Qu'y a t il ?
Elle désigna discrètement une silhouette située de l'autre côté de la rue.
Un homme les observait.
Immobile.
Silencieux.
Puis, comprenant qu'il avait été repéré, il tourna les talons.
Et disparut dans la foule.
Lucien sentit immédiatement que cet inconnu n'était pas là par hasard.
Quelqu'un s'intéressait déjà à eux.
Quelqu'un qui connaissait peut-être le contenu de cette lettre.
Et qui n'avait aucune intention de les laisser découvrir la vérité.
1.13
La nuit était tombée depuis longtemps lorsque Lucien raccompagna Violaine jusqu'à l'auberge où elle avait pris une chambre.
Le village semblait paisible.
Trop paisible.
Après les événements de la journée, cette tranquillité paraissait presque inquiétante.
Le vent faisait doucement grincer les volets des maisons.
Quelques lanternes diffusaient encore une lumière vacillante dans les rues désertes.
Violaine conservait précieusement la lettre de son père.
Depuis sa lecture, elle paraissait absorbée par ses pensées.
Lucien le remarqua immédiatement.
- Tu crois que ton père est encore vivant ?
La jeune femme demeura silencieuse quelques secondes.
Puis elle répondit :
- Oui.
- Tu en es certaine ?
- Je le sens.
- Pourtant cette lettre semble avoir été écrite il y a plusieurs semaines.
- Peut-être.
- Alors pourquoi n'est-il pas revenu ?
Violaine baissa les yeux.
- Parce qu'il a découvert quelque chose de dangereux.
Le mot résonna étrangement dans le silence.
Dangereux.
Tout semblait désormais tourner autour de cette idée.
1.14
Avant de se séparer, Violaine sortit un second document de l'enveloppe.
Jusqu'à présent, elle n'avait pas remarqué sa présence.
Le papier était plié en plusieurs parties.
Le temps avait jauni ses bords.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Je ne sais pas encore.
Ils s'installèrent à une table proche de la fenêtre.
Puis déplièrent soigneusement le document.
Une carte apparut.
Ancienne.
Très ancienne.
Des annotations manuscrites recouvraient certaines marges.
Plusieurs lieux étaient entourés d'encre noire.
Lyon. Pau.
Lourdes.
Massabielle.
Et d'autres endroits dont ils ignoraient encore la signification.
Lucien remarqua immédiatement un symbole dessiné dans un angle.
Deux clés entrecroisées.
Le même motif que celui découvert sur la main du mort.
- Ce n'est pas une coïncidence.
- Non.
- Ton père suivait déjà cette piste.
Violaine acquiesça lentement.
- Et quelqu'un a tué pour empêcher que cette carte arrive jusqu'à lui.
1.15
Alors qu'ils poursuivaient leur examen, un petit morceau de papier glissa hors du pli principal.
Lucien le ramassa.
Quelques mots seulement y étaient inscrits.
Une phrase.
Courte.
Mais suffisamment étrange pour retenir leur attention.
" Méfiez-vous de ceux qui servent le Phénix sans porter ses couleurs. "
Violaine relut plusieurs fois cette recommandation.
- Cela signifie qu'ils sont infiltrés.
- Où ?
- Je l'ignore.
- Peut-être partout.
Un frisson parcourut la jeune femme.
Si cette phrase disait vrai, leurs ennemis pouvaient se trouver aussi bien parmi les commerçants que parmi les notables.
Ou même parmi les représentants de l'autorité.
À partir de cet instant, la méfiance devenait une nécessité.
1.16
Au même moment, dans une demeure isolée située à plusieurs kilomètres du village, un homme recevait un rapport.
La pièce était plongée dans une semi obscurité.
Seules quelques flammes éclairaient les murs.
L'individu demeurait assis derrière un vaste bureau de chêne.
Son visage restait invisible.
Un autre homme venait d'achever son récit.
- La lettre a été remise.
- À qui ?
- À la fille de Valmont.
Un silence suivit.
Puis une voix froide répondit :
- Et Lucien ?
- Il est avec elle.
- Comme prévu.
L'inconnu joignit lentement les mains.
- Alors les événements suivent leur cours.
- Devons-nous intervenir ?
- Pas encore.
- Pourquoi ?
- Parce qu'ils ignorent encore ce qu'ils possèdent réellement. L'homme se leva.
Puis s'approcha d'une fenêtre.
Au loin, les lumières de Lyon scintillaient dans la nuit.
- Laissez les avancer.
Ils nous conduiront eux-mêmes vers ce que nous recherchons.
1.17
Le lendemain matin, Lucien retrouva Violaine dès les premières heures du jour.
Ils décidèrent de relire l'intégralité des documents.
Chaque détail pouvait désormais s'avérer essentiel.
Pendant plusieurs heures, ils étudièrent la carte.
Comparèrent les annotations.
Tentèrent d'établir des liens.
Puis Violaine découvrit une inscription presque effacée.
Elle se trouvait près du nom de Lyon.
Quelques mots écrits à la hâte.
" Commencer par les archives. "
Lucien releva aussitôt la tête.
- Les archives de quoi ?
- Peut-être celles de la ville.
- Ou de la préfecture.
- Ou encore d'une institution plus ancienne.
Un nouvel espoir venait d'apparaître.
Pour la première fois, ils disposaient d'une direction précise. Lyon.
La grande ville où les secrets se perdaient aussi facilement qu'ils se conservaient.
1.18
Avant la fin de la journée, leur décision était prise.
Ils quitteraient Saint-Germain-au-Mont-d'Or dès le lendemain matin.
Le voyage serait long.
Et probablement dangereux.
Mais rester sur place ne leur apporterait aucune réponse.
Le soir venu, Lucien contempla une dernière fois les collines qui avaient vu naître leur rencontre.
Il ignorait encore que cette route les conduirait bientôt vers des complots dépassant tout ce qu'il pouvait imaginer.
Des hommes influents.
Des sociétés secrètes.
Des meurtres.
Des enlèvements.
Des trahisons.
Et un ennemi dissimulé au cœur même des plus hautes sphères du pouvoir.
Dans l'ombre, le Phénix Noir commençait déjà à déployer ses ailes.
Et tandis que les lumières s'éteignaient peu à peu dans le village, l'aventure qui allait bouleverser leur existence entrait véritablement dans sa première phase.