Couverture de Les Landes Glacées (Les Révoltés d'Elanza t. 2)

Extrait

Les Landes Glacées (Les Révoltés d'Elanza t. 2)

chapitre 2

Chapitre 2

Rencontre

   Pendant plusieurs jours, les trois voyageurs suivirent la piste bien dessinée qui longeait la rive du Perdurant.

Alors qu’ils faisaient une halte, laissant les chevaux s’abreuver et grignotant eux-mêmes quelques baies séchées, ils entendirent soudain, portés par le vent, des cliquetis de charrettes brinquebalantes et des bribes de chansons.

Quelques minutes plus tard, ils virent apparaître sur le sentier toute une troupe hétéroclite d’hommes et de femmes aux vêtements bariolés. Ils menaient des chariots tirés par des poneys.

—   Des saltimbanques ! s’exclama Liane.

—   On dirait bien, en effet, rajouta son père.

Les paroles du chant se firent plus claires.

Hé ho ! Hé ho ! Braves compagnons !

Hé ho ! Hé ho ! Joyeux fanfarons !

Sur le chemin, nous avançons !

Sur le sentier, nous cheminons !

C’est nous les bohémiens !

Entendez-vous « Drelin Drelin » ?

C’est nous les boute-en-train !

Qui soulageons tous vos chagrins !

Hé ho ! Hé ho ! Au son des bandonéons !

Hé Ho ! Hé ho ! Accompagnés de nos violons !

C’est nous avec aplomb !

Qui attirons votre attention !

   Une fois arrivée devant la jeune femme, la compagnie s’arrêta et l’homme qui était à sa tête s’approcha. Il souleva son chapeau à plumes et s’inclina bien bas, faisant la révérence devant la magicienne.

Il semblait dans la quarantaine et était vêtu d’un pourpoint de laine et d’un pantalon de peau marron. De hautes bottes de cuir lui montaient jusqu’aux genoux et il portait, accrochée dans le dos, une jolie mandoline. C’était un petit luth de bois d’érable sur lequel avaient été peints des oiseaux multicolores posés sur des branches fleuries.

Il avait les cheveux longs, attachés par un catogan d’où une seule tresse, ornée de perles de nacre, s’échappait.

De beaux yeux verts agrémentaient son visage basané et une boucle d’oreille en forme de note de musique venait compléter le tout.

Il possédait un charme indéniable et devait faire tourner la tête à plus d’une.

—   Bien le bonjour, charmante demoiselle, dit-il avec un accent chantant. Que fait une telle beauté perdue au milieu de la forêt ?

   Liane étouffa un petit rire tandis que Malek, un brin jaloux, marmonnait dans sa barbe, ou plutôt son absence de barbe, « Encore un bonimenteur ! ».

—   Salutations à vous aussi. Je m’appelle Liane. Voici mon père, Albin, et Malek, mon amoureux. Nous arrivons de Crémona et nous avons entamé un voyage afin de visiter notre bel empire. Pour l’heure, nous nous rendons à Semise où nous comptons rester quelques semaines.

—   Nous en arrivons. Nous y étions il y a quelques jours. Nous y avons animé la fête de mariage de la fille du bourgmestre. Nous sommes de la tribu des Tsingaros et je m’appelle Antonio l’Inestimable, pour vous servir. Et vous, d’où venez-vous ? J’entends à votre accent que vous n’êtes pas de la capitale, ni d’une quelconque autre région de l’Empire.

—   Malek et moi sommes d’Elanza.

—   Oh, l’île aux mille volcans ! Notre clan n’a jamais eu l’occasion d’y aller, mais j’ai ouï-dire que des événements quelque peu violents s’y étaient déroulés l’année dernière.

—   Oui, on peut dire ça. C’est une longue histoire.

—   Eh bien, si vous avez le temps, pourquoi ne pas camper ici même ce soir ? Nous aurons ainsi tout le temps d’échanger des anecdotes.

   La jeune femme se tourna vers ses deux compagnons, quêtant leur approbation. Elle avait vraiment envie de passer la soirée avec les saltimbanques, un peuple qu’elle avait en admiration et qui la faisait rêver depuis sa plus tendre enfance.

—   Qu’en dites-vous, les garçons ?

—   Nous ne sommes pas réellement pressés, nous pouvons bien nous arrêter plus tôt et passer un moment en bonne compagnie, lui répondit son père.

—   Alors c’est acté !

 Antonio siffla entre ses doigts.