
La Porte Brisée
La forteresse oubliée, la porte était toujours ouverte.
Personne ne savait depuis combien de temps.
Les pierres autour de l’ouverture étaient anciennes, presque entièrement recouvertes de poussière. Des symboles avaient été gravés autrefois sur les murs, mais plusieurs avaient été détruits, effacés par le temps ou volontairement brisés.
Derrière la porte, il n’y avait aucune lumière.
Seulement un couloir qui descendait lentement dans les profondeurs de la terre.
La silhouette resta immobile devant l’entrée.
Elle ne semblait pas avoir peur.
Elle observait simplement.
Comme si elle attendait quelque chose.
Puis elle entra.
Ses pas résonnèrent sur les pierres.
Un.
Puis un autre.
Le bruit se perdit rapidement dans l’obscurité.
La porte derrière elle resta ouverte.
Elle continua d’avancer.
Le couloir descendait profondément sous la forteresse. À mesure qu’elle avançait, l’air devenait plus froid.
Sur les murs apparurent de nouveaux symboles.
Des cercles.
Des lignes.
Des signes que presque personne n’aurait pu comprendre.
Mais la silhouette les connaissait.
Elle passa les doigts sur une inscription.
La pierre vibra légèrement.
Elle retira immédiatement sa main.
— Alors c’est vrai…
Sa voix était basse.
Personne ne répondit.
Elle continua.
Quelques mètres plus loin, le couloir s’élargissait.
Une immense salle apparut.
Au centre se trouvait un cercle de pierre.
Ou plutôt ce qu’il en restait.
Le sceau avait été détruit.
Les fragments étaient dispersés autour du cercle comme les morceaux d’un miroir brisé.
La silhouette s’approcha.
Elle regarda le vide au centre.
Pendant quelques secondes, rien ne se passa.
Puis une faible vibration traversa la salle.
Elle sourit.
— Tu es encore là.
Le sol trembla.
Très légèrement.
Mais suffisamment pour faire tomber quelques pierres du plafond.
La silhouette ne bougea pas.
Elle attendit.
Une deuxième vibration suivit.
Plus forte.
Puis une troisième.
Quelque chose respirait sous la forteresse.
Quelque chose d’ancien.
Quelque chose qui n’aurait jamais dû pouvoir atteindre la surface.
La silhouette leva les yeux.
— Le premier sceau est tombé.
Un silence.
— Les autres suivront.
Elle se retourna vers l’entrée de la salle.
Deux autres personnes venaient d’apparaître dans le couloir.
Elles portaient les mêmes manteaux sombres.
L’une d’elles s’arrêta à quelques mètres.
— Et le Concorde Voilé ?
La silhouette ne répondit pas immédiatement.
Elle regarda une dernière fois le cercle détruit.
— Ils savent.
— Alors ils viendront.
— Oui.
— Et le gardien ?
Cette fois, un léger sourire apparut sur son visage.
— Le gardien est exactement là où nous voulions qu’il soit.
L’homme fronça les sourcils.
— Sous la Citadelle.
— Oui.
— Il protège encore le Dévoreur.
— Et pendant qu’il protège cette prison…
Elle se tourna lentement vers eux.
— …personne ne surveille les autres.
Un silence lourd s’installa.
Puis la femme au fond du couloir demanda :
— Combien de portes ?
La silhouette regarda les symboles gravés sur le mur.
— Nous ne savons pas encore.
— Et combien sont déjà fragilisées ?
Elle marqua une pause.
— Assez.
La pierre trembla encore.
Cette fois, le bruit venait de sous leurs pieds.
Un grondement profond traversa la salle.
Tous les trois levèrent les yeux.
Pendant un instant, une lumière rouge apparut au centre du cercle détruit.
Puis elle disparut.
L’homme recula d’un pas.
— Ce n’est pas possible.
La silhouette resta parfaitement immobile.
— Si.
— Le sceau est détruit depuis des années.
— Le sceau, oui.
Elle regarda le sol.
— Mais pas ce qu’il retenait.
Un nouveau grondement résonna.
Plus profond.
Plus violent.
La poussière tomba du plafond.
La forteresse entière sembla respirer.
Puis une voix traversa la salle.
Elle était si faible qu’ils eurent d’abord l’impression de l’avoir imaginée.
Un seul mot.
Un murmure venu des profondeurs.
— Gardien…
La silhouette sourit.
— Il commence à se réveiller.
Elle fit demi-tour.
— Nous devons partir.
— Pourquoi ?
Elle s’arrêta devant la porte.
— Parce que cette fois, nous ne voulons pas seulement ouvrir les portes.
Elle regarda l’obscurité derrière elle.
— Nous voulons savoir ce qui se trouve de l’autre côté.
Puis elle sortit de la salle.
Les deux autres la suivirent.
La porte de la forteresse resta ouverte derrière eux.
Et sous la pierre…
quelque chose ouvrit lentement les yeux.