Cet extrait contient un langage cru, propre à l'univers de l'auteur.

Extrait
Les aventures de SerKam: Tome 2 : D'une galaxie à une autre
Chapitre I
CHAPITRE I : Retour à la vie dans l’espace
Premier cycle planétaire de l'an 227 AP, galaxie de Nixüandris, quelque part perdue entre un champ d'astéroïdes et une naine gazeuse orange.
— Par les tétons de Vénus ! Qu'est-ce que c'est que ce foutoir ? demanda Liu, abasourdie.
— Aucune idée ! Passage en mode passif, moteurs en veille, canal Général. À tout l'équipage, nous passons en mode furtif, communications en sourdine, enchaîna Priya.
— Puaaa, toi alors ! Quand tu as des réflexes de pilote confirmé ! dit Liu d'un ton taquin.
— Qu'est-ce que tu crois ! renchérit Priya en remettant une mèche de cheveux de manière théâtrale.
SerKam descendit de la passerelle supérieure les rejoindre, le visage fermé et les yeux rivés sur l'écran holo qui zoomait sur la zone. Il scruta un long moment en silence avant que Priya demande :
— Vous avez une idée de ce que c'est, Cap ?
— J'ai ma petite idée, mais on va attendre la confirmation de Kirtum.
— Jamais vu d'aussi gros vaisseaux ! On dirait des monstres ! renchérit Priya.
Toujours dans un silence inquiétant, SerKam faisait défiler les données holo scannées à l'arrivée, d'un virevoltement de doigts comme un joueur de piano. Liu s'exclama :
— Puaaa, lui quand il se met à faire…
Un regard noir de SerKam, qui venait de tourner la tête vers elle, lui fit reprendre son sérieux et se taire. Aussitôt Priya étouffa un rire, réprimandée à son tour par Liu d'une tape derrière la tête. Priya lui tira la langue, Liu fit rouler ses yeux et repartit s'asseoir derrière elles.
Quand Kirtum arriva d'un rythme tranquille, SerKam se tourna vers lui et lui indiqua l'écran de sa main robotique.
— Hum, des Smaourtes, et pas des petits. Je ne vois pas le blason, mais vu la force qui les protège, je dirais que c'est sûrement de l'empire Borbelique et non des sociétés privées, répondit-il sérieusement, laissant sur la fin de sa phrase sa langue siffler entre ses lèvres, ce qui trahissait chez lui une certaine réflexion, voire de l'angoisse, avait appris SerKam.
— C'est bien ce qu'il me semblait, rétorqua-t-il.
— C'est quoi, des Smaourtes ? demanda Priya, intriguée.
— Ce sont des vaisseaux gigantesques, tels des stations, comme tu peux le voir. En réalité, ce sont plus des usines de prospection et de recyclage volantes. En temps calme, ils restent près de champs d'astéroïdes lointains et traitent le minerai exploité directement sur place. Mais ils profitent de certaines occasions, comme après une bataille spatiale, pour récupérer tout ce qu'ils peuvent.
— Comme des éboueurs opportunistes de l'espace, ajouta Priya.
— Non ! Comme des recycleurs de l'extrême. Il ne faut pas oublier que les Borbeliques viennent d'un monde très rude. C'est dans leur nature de tout récupérer et de ne rien gaspiller. C'est pour ça qu'ils font d'excellents mécanos malgré leurs trois doigts. Les Smaourtes sont capables de suivre à distance des combats rien que pour s'approprier et recycler les champs de débris prisonniers de la gravitation.
— Mais ils recyclent quoi exactement ? questionna Priya.
— Tout ! répondit Kirtum. Les métaux sont triés par température de fusion, les synthétiques sont reconditionnés par classe, et même les matières organiques sont transformées en précieuses farines protéinées.
Priya grimaça à l'évocation de cette dernière partie. SerKam prit la parole :
— Comme le disait Chang, rien ne se perd, tout se transforme.
— C'est de Lavoisier ! corrigea Liu.
SerKam fronça les sourcils en se retournant vers elle et répondit :
— Connais pas ce type ! Mais Yang le disait, et il avait foutrement raison.
Liu leva les yeux au ciel, exprimant son désespoir.
— Bref. La vraie question est : comment ont-ils découvert l'ancien emplacement de Cikobia, et comment savaient-ils ce qu'ils trouveraient ici ?
— La matière organique… on parle de nos potes morts dans l'espace, là où ils étaient censés trouver le repos éternel ? renchérit Priya, toujours horrifiée par cette histoire de recyclage.
— Ssss… C'est possible, même si les vaisseaux Sectars leur seront plus profitables de ce côté-là. C'est comme de la nourriture congelée, expliqua Kirtum.
Priya posa une main sur la bouche, comme pour refréner une envie de vomir. SerKam, l'air songeur, regarda Kirtum, les yeux plissés, avant de lui demander :
— Dans ton clan de Borbeliques, est-ce qu'un d'eux aurait pu divulguer ce genre d'information ?
— C'est probable, pour de l'argent, à condition que ça ne trahisse ni son clan ni la personne qu'ils servent par choix, répondit-il avant d'ajouter, De toute manière, aucun de nous ne connaît les coordonnées de cet endroit.
— Hum, tu as sans doute raison. Restez en observation le temps que je réfléchisse à ça, et notez toute information qui pourrait nous intéresser sur leur opération.
SerKam s'éloigna…
Arg, je n'y arrive pas ! Désolé, cher lecteur, mais raconter mon histoire à la troisième personne… non. Ça sonne faux. Comme si je couvrais la merde d'une couche de vernis.
La vérité n'est pas belle. Elle mord.
J'ai essayé de la lisser, de la rendre présentable… mais je ne suis ni conteur ni romancier.
Alors autant continuer comme au début. De toute façon, vous comprendrez bien pourquoi je ne peux pas faire autrement à la fin.
Ah, et pendant qu'on y est : plus loin, d'autres que moi prendront la parole. Des inconnus. Vous allez vous demander ce qu'ils fichent dans MES aventures, et si j'ai raconté ça après une soirée de trop au Barbe-Rose. Ni l'un ni l'autre. Écoutez-les bien. Aucune de ces voix n'est là par hasard, et ça aussi, vous le comprendrez à la fin.
Vous êtes encore là, d'ailleurs. Soit vous êtes de petits curieux, soit vous vous ennuyez ferme… ou peut-être que vous avez compris l'intérêt et la véracité de tout ce que je vous ai raconté jusqu'ici.
Accrochez-vous, mes camarades : ce n'était rien comparé à ce qui m'attendait après avoir sauvé mon propre cul et celui de Cikobia.
Certes, tout le mérite ne me revient pas, et je ne le cherche pas, mais j'ai joué mon rôle. Bon, que s'est-il passé après la bataille des pirates, voulez-vous vraiment le savoir ? Eh bien… pas grand-chose, à vrai dire. Mon vaisseau tout neuf était déjà à la cale pour être réparé parmi tant d'autres, et nous avons dû déménager la station Cikobia vers un nouvel emplacement. Sans parler de toutes les réparations à effectuer sur celle-ci et du recrutement à relancer après une telle bataille. En temps réel, presque une année standard s'écoula sans que nous puissions vraiment voler à nouveau sur l'Equilibrium. J'avoue, c'était sacrément frustrant !
Bon, où en étais-je dans mon récit déjà ? Ah oui, les Smaourtes et les Borbeliques.
Après m'être isolé pour réfléchir à ce qu'impliquaient ces nouveaux arrivants dans l'équation, je décidai de prendre un peu de repos. Après quatre heures de sieste, je partis m'entraîner comme chaque jour aux passes d'armes avec Riany. C'était devenu notre rituel, et un moment qui me permettait de relâcher la pression. Ensuite je fis une toilette rapide et rejoignis la passerelle où Riany m'y attendait déjà. Joël était en poste et Ming avait pris son quart à la place de Priya. Ming faisait partie des nouvelles recrues qui avaient remplacé ceux qui avaient laissé la vie lors de la bataille des pirates. Il était l'un des rescapés des vaisseaux qui ne voleraient plus jamais.
Durant cette année de reconstruction, la piraterie humaine s'était considérablement ralentie. Les autres races l'avaient fortement apprécié, à n'en pas douter, vu qu'on attaquait beaucoup moins leurs vaisseaux de commerce. Riany avait réussi à s'imposer comme porte-parole des Amazones dans la Ligue pirate. Suite aux lourdes pertes de cette bataille, on l'avait beaucoup sollicitée pour avoir des recrues Amazones dans les bâtiments pirates. Même si certains restaient braqués contre l'idée d'avoir des Xénos dans la flotte, leur engagement dans cette bataille avait réussi à convaincre beaucoup de leur nécessité.
Elle avait réussi à ramener plus de quatre cent cinquante nouvelles Amazones de Gaya en échange de deux vedettes et une frégate de combat remises en état pour la défense de son monde mère. Le Général de la FD Talkur, dirigeant de Cikobia, avait directement négocié avec elle, voyant l'avantage stratégique de cette alliance. Comme promis, cinquante de mes propres Amazones avaient quitté l'équipage de l'Equilibrium pour former et faire partie de l'équipage de ce nouveau vaisseau dédié à protéger Gaya.
En gros, la plupart de mon équipage Amazone actuel était presque entièrement nouveau, et on avait dû les former. Je demandai à Joël, qui se retourna au son de ma voix.
— Alors, quelles informations avez-vous pu récolter en huit heures ?
— Que les Smaourtes doivent valoir du fric ! Ils sont protégés par un croiseur et trois destroyers, ainsi qu'une dizaine de frégates en patrouille tout autour, répondit Joël.
— J'imagine ! Rien d'autre ?
— Si. Il y a deux vaisseaux cargo qui sont partis. On a pu calculer leur sortie de saut approximative vu la direction, mais c'est juste une zone tampon sans rien autour, en attente du prochain saut. Liu, avant de partir, a calculé qu'il y a 90 % de chances qu'ils partent vers leur monde mère.
— OK. Attendons quelques autres départs de vaisseaux cargo pour voir s'ils partent dans la même direction, histoire de confirmer leur route, et puis rentrons discrètement à Cikobia faire notre rapport.
* * *
De retour à Cikobia, mon rapport ne plut pas au Capitaine d'Acier.
— Par les burnes de Jupiter ! Tu te rends compte de ce que ça signifie, SerKam ?
Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu Madhër s'emporter, la preuve que ça l'avait pris de court.
— Ils nous volent des ressources qu'on pensait en sécurité, répondis-je le plus neutrement possible.
— Oui ! Avec tout ce qu'on avait à faire, on avait mis ça de côté, mais toutes ces carcasses de vaisseaux auraient dû nous revenir à nous ! À nous, bordel ! postillonna-t-il de rage.
— C'est la loi de l'espace, repris-je sombrement.
Ce qui me décrocha au passage un regard noir de Madhër.
C'était quand même un comble de voir un pirate outré qu'on le volait, sachant que c'est ce qu'il faisait en permanence avec les autres. Surtout que ce n'était pas vraiment du vol, d'après les lois de l'espace, non écrites mais connues de tous : tout objet qui traîne dans l'espace appartient à celui qui le trouve. Il fulmina encore quelques minutes et je le laissai se calmer. Dès que je vis qu'il avait retrouvé sa rationalité, je lui dis légèrement :
— D'un autre côté, maintenant qu'ils ont fait tout le travail de tri, rien ne nous empêche de récupérer ce qui est à nous.
— Je ne sais pas, SerKam. Récupérer des ressources au risque d'en perdre d'autres, ce n'est pas vraiment un pari très tentant. Surtout qu'on parle de l'empire Borbelique et non d'une société privée. Je vais voir ça avec les grandes instances.
En gros, il parlait du Général Talkur, qui gérait Cikobia. Même si autrefois il faisait ça dans l'ombre, la bataille des pirates l'avait remis en pleine lumière. Il s'était servi de sa propre image et de sa légende pour inspirer le courage lors de la défense de Cikobia. Madhër dit alors une phrase qui piqua ma curiosité :
— De toute manière, j'ai une autre mission pour toi. D'ordre… privé, argua-t-il avec une légère gêne dans la voix.
Je haussai les sourcils, intrigué par cette demande inhabituelle.
* * *
Zender :
Réveillé par un foutu boucan de tambourinage, avec ce bruit de fond à peine perceptible, je me tirais difficilement de ma torpeur en lâchant des jurons. D'un soupir agacé :
— Ça suffit ! gromelai-je dans ma barbe.
Je sentis du mouvement à côté de moi, des gémissements plaintifs. À tâtons dans la pénombre, je palpai sous les draps, une peau douce et tiède, des fesses bien rondes, et bam, les flashs de la soirée défilèrent. Un rictus se peignit sur ma face, repensant à ma virée déjantée. J'avais savouré chaque instant de cette orgie avec toute ma créativité perverse. Et là commençait à se réveiller un début d'érection.
Boum, boum, boum… Ce foutu raffut me fit sursauter, me sortant de ma transe. Le bruit, filtré par la porte, me parvenait assourdi.
— Bordel, j'avais dit pas de dérangement ! crachai-je à haute voix, plus pour moi-même que pour eux.
— Lumière !
Et merde, un flash me creva les yeux, me vrillant le crâne.
— Lumière douce ! grognai-je, espérant calmer ce mal.
Il fallait vraiment que je lève le pied sur les stimulants ARN. La descente était toujours un calvaire, chaque réveil plus costaud que le précédent. Mais quelle putain de délire c'était !
La nana à côté râla et se plongea sous le drap pendant que les coups à la porte insistaient. Je fouillai dans le bordel de fringues au sol pour me couvrir les parties et poussai un râle en me levant. Vacillant, je me frayai un chemin vers la porte, qui semblait à des kilomètres malgré cette cabine exiguë. Je marchai sur un truc qui me laboura le pied, lâchant un juron supplémentaire à la douleur qui s'ajoutait à l'écho de ma migraine.
— Vous avez intérêt à avoir une foutue bonne raison pour me sortir du lit, marmonnai-je, la bouche pâteuse, en tripotant le verrou manuel pour ouvrir la porte. Et oui, la commande à distance était encore en panne, fichu rafiot.
À moitié dans les vapes et encore ébloui par le flot de lumière déferlant à l'ouverture, je m'agrippai au cadre de la porte pour ne pas tomber. L'œil à demi-clos, l'autre complètement fermé, j'entrevis deux silhouettes face à moi, haletantes comme après un sprint.
— Qu'est-ce qu'il y a, bon sang ? J'ai bégayé quand j'ai dit pas de dérangement ? grondai-je.
Glenn et Carlos, reconnaissables entre mille, s'empressèrent d'expliquer.
— Capitaine, on a tenté de vous joindre via votre bracelet com, mais il était coupé.
— Évidemment qu'il était coupé, crétin ! C'est l'idée quand on veut la paix !
— Mais, capitaine, c'est urgent. On est à notre point de rendez-vous, et ça fait une heure HDV qu'une frégate pirate nous a dans le collimateur, exigeant de vous parler. Ils menacent d'aborder si on les fait mariner plus longtemps.
— Merde, ces enfoirés sont réglos comme une horloge. Bon, donnez-moi cinq minutes pour établir le contact.
— Euh… D'accord, capitaine, balbutia Carlos, des perles de sueur au front, échangeant un regard nerveux avec Glenn.
— Barrez-vous, je gère, grognai-je en refermant la porte.
Je chopai un verre à moitié plein de je ne sais quoi et le descendis d'une traite, grimace à l'appui. Putain, de la bière synthétique tiède, c'est dégueu. Je m'enfilai un froc, saisis mon bracelet com, l'activai, et m'affalai sur le lit. Je me frottai le visage, comme si ça allait effacer la gueule de bois sculptée sur mes traits.
L'holo-écran s'alluma, révélant la tronche de mon interlocuteur, celui-là même que mes gars essayaient de me passer. Mes sourcils se froncèrent dans une grimace en reconnaissant ces yeux violacés qui me fixaient avec une intensité glaciale.
— SerKam, sérieusement ! On t'envoie, le prodige, faire le coursier ? Son regard désabusé m'arracha un sourire moqueur.
— Tu me fatigues, Zender ! T'aurais pu finir ta mission avant de te mettre dans cet état, rétorqua-t-il, agacé.
— Arrête d'être si sérieux, la vie est faite pour être savourée, instant après instant. Si on ne profite pas des petits plaisirs, il nous reste quoi, hein ? lançai-je, provocateur.
— La dignité ! Répliqua-t-il sèchement.
— Écoute, j'en ai marre d'entendre mon vieux dire partout que t'es le fils qu'il n'a jamais eu, te vantant comme le stratège de la grande bataille pirate ! La plus grande bataille humaine remportée depuis la dislocation de la flotte terrienne. L'homme qui a mené le fer de lance…
— C'est bon, on a compris, interrompit SerKam, visiblement irrité. Tu râles parce que ton père me donne l'affection paternelle que tu as toujours rêvé d'avoir. Bref, tout le monde s'en tape, je n'ai pas connu mon père, et même moi je m'en tape. Maintenant, le Capitaine d'Acier te file une mission pour redresser les comptes de ton rafiot pourri, qui n'est même pas à toi mais à la compagnie de ton beau-frère. Et tu gères ça comment ? Tu pourrais mener ça à bien simplement, sans tout foutre en l'air. Peut-être que ça aiderait ton père à revoir son opinion sur toi !
— OK, OK, la morale, ça va. On dirait mon vieux, rétorquai-je, piqué. Mon boulot, c'était de récupérer ce foutu colis dans la zone de l'Alliance et de le ramener ici, en zone neutre. Tu crois que j'allais rester là à me tourner les pouces en attendant ?
— Qu'est-ce que… ! Zender, tu ne peux pas passer tes coms ailleurs ? Laisse-moi dormir, rouspéta la fille à mes côtés, dévoilant une tignasse brune en bataille.
— Ne me dis pas que c'est… commença SerKam, les yeux écarquillés d'horreur.
— Quoi donc ? répliquai-je, faussement naïf, affichant un sourire malicieux. J'ai le droit de goûter à la marchandise, non ? Personne n'a dit que c'était interdit.
La fille se redressa brusquement, le drap glissant sur sa poitrine, et cracha :
— Va te faire foutre, Zender ! Je ne suis pas qu'un vulgaire colis !
Je détournai mon regard d'elle, haussai les épaules, et me reconcentrai sur SerKam, qui se pinçait l'arête du nez, agacé. Ça me plaisait de le voir perdre son calme, ce petit prétentieux qui jouait au dur avec sa tête de jeunot. Si seulement mon vieux m'avait pris sous son aile au lieu de lui, j'aurais pu être à sa place. Mais me faire charcuter ou crever pour des principes désuets ou du fric ? Hors de question, ce n'était pas pour moi. Mieux valait attendre l'héritage… mais ça commençait à faire long. À moins que mon père ait l'audace de me déshériter.
SerKam me lança un regard glacé, genre juge et bourreau, avec ses yeux violacés qui foutaient les jetons ! Soi-disant naturels, et ma bite était naturelle peut-être, sans amélioration génétique ? Pfff… n'importe quoi pour se créer une légende. Et cette mèche blanche, c'est quoi, un gage de sagesse ? Comme si ça lui donnait plus de crédit en tant que jeune capitaine pirate.
Il me balança, comme si j'étais le dernier des demeurés :
— Zender, t'as couché avec ta sœur !
— Demi-sœur. Et je ne savais même pas qui c'était avant cette mission et de la récupérer sur sa station pourrie. Après, il faut bien rattraper toutes ces années perdues. Faut voir ça comme un accélérateur de… création de lien intime. Il n'y a rien de plus intime que le sexe, répondis-je posément.
— Quoi ?! Mais… Zender ! On est… tu es mon frère ? réussit à articuler la fille dans un mélange de panique et de dégoût, sortant de sa bouderie, recroquevillée dans les draps.
— Demi-sœur, et ça, c'est encore à prouver ! Avec le vieux, on ne peut jamais être certain. Je t'ai promis de te ramener à ton père, et surprise, tu gagnes un frère, dis-je en ouvrant les bras, triomphant de manière théâtrale avec un grand sourire. Je n'allais pas laisser passer un petit lot comme ça !
— Tu… Tu m'as laissé te sucer la… Burggg !
Elle vomit sur les draps dans un spasme, puis un autre. Je grimaçai en me levant du lit.
— T'es content de ton effet, SerKam ? Elle m'a bousillé mes draps en soie de Lya, à coup sûr. C'est dégueu !
— Espèce de malade… murmura-t-elle entre deux haut-le-cœur.
— T'as vraiment un problème, Zender ! lâcha SerKam, dégoûté, avant de se tourner et de donner ses ordres : Piaktik, prend le relais, ramène la fille du Capitaine d'Acier sur notre navire. J'ai besoin d'un verre.
Je me questionnais. Pourquoi envoyer SerKam, l'homme de confiance de mon père, pour une mission telle que celle-là ? Je devais découvrir la véritable raison.
Oh merde ! Je manquai de me casser la figure en reculant quand l'image d'un Lyam, essayant de sourire amicalement, apparut sur mon holo-écran.