
Extrait
Les aventures de SerKam : Tome 1 : D'une étoile à une autre - Space Opéra & Aventures.
Prologue + Chapitre I (en partie)
Prologue
Comment et par où commencer ?
Je ne suis ni conteur, ni romancier, alors pardonnez mon phrasé maladroit. Pourtant, j’ai des choses à dire. À partager. Pas seulement pour la postérité, même si, je l’avoue, cela en a été l'élément déclencheur.
Mon devoir n’est pas de réécrire l’histoire, mais de la graver dans sa vérité la plus brute, la plus absolue. Pas celle que le vainqueur remodèle à sa convenance, ni celle que l’on enjolive pour offrir une gloire usurpée à qui la réclame. Ma voix sera le rempart contre ceux qui voudraient souiller mon nom et celui de mes compagnons.
J’ai vécu des expériences que peu d’êtres humains pourraient seulement imaginer. Seuls quelques chanceux ont eu l'occasion de contempler certaines aventures que j'ai eu le privilège de vivre. Ne me prenez pas pour un fou ou un barde désabusé brodant des fables légendaires ou mystiques.
Surtout, ne vous méprenez pas : je dirai la vérité. Toute la vérité. Sans l’édulcorer, sans la travestir. Lisez ces lignes sans chercher à me juger. Oubliez vos définitions enfantines du bien et du mal ! Car rien n'est ni tout blanc ni tout noir, en particulier en fonction de l'angle sous lequel on observe les choses.
Rappelez-vous de ceci lorsque vous vous apprêterez à me juger. Demandez-vous : qu'aurais-je fait à sa place ? Si votre réponse diffère de la mienne, alors vous ne pourriez lire ces lignes, car vous seriez foutrement mort !
Beaucoup se croient dotés d’une morale inébranlable, persuadés qu'ils ne s'écarteront jamais du chemin qu’ils se sont tracé. Balivernes ! Un simple faux pas, un mot de travers et les voilà déjà basculant dans la direction opposée à celle qu'ils poursuivaient avec tant d’ardeur.
Situons tout d’abord cette épopée. Oubliez toutes les niaiseries sur une triste enfance ou autres circonstances qui justifieraient la voie que j’ai choisie dans mon existence.
An 224 de l’Après.
L’Après ! Un terme bien pompeux ! Ce n’est pas moi qui l’ai choisi. L’ Après de la Traversée… Quelle originalité…
Tout a réellement commencé alors que je n’étais encore qu’un simple lieutenant à bord du Drakkar. Un premier coup d’œil pouvait faire douter de ses capacités au combat – mais vous auriez eu tort.
Certes, il était vétuste et avait été modifié et rafistolé tellement de fois que son concepteur en aurait fait une crise cardiaque. Il ne correspondait en rien à ce qu'il fut jadis à la sortie de son chantier spatial. Comme nous tous, il avait dû s’adapter au combat spatial. Mais, en plus d’être un ramassis d’acier, de céramique amalgamée, il était devenu mon foyer.
Ah, mais j’y pense… Je ne me suis même pas présenté.
Je m’appelle SerKam. Pas de nom de famille — encore faudrait-il en avoir un…
Maintenant, revenons à l'essentiel.
Tout a réellement commencé le onzième cycle planétaire du troisième mois de l’an 224 AP.
Chapitre I : Découverte
- "Capitaine, il approche !", argua Rousty, le pilote, affairé sur son moniteur.
- "Lorsqu'il sera à moins de 1 UA de nous, allumez les moteurs et foncez sur lui pour l'intercepter. Il ne pourra pas nous échapper. Monsieur Bertram, je compte sur vous !"
- "À vos ordres, mon Capitaine !", répondit le timonier, se préparant à diriger le vaisseau pour l'interception.
- "C'est le bon vaisseau, Capitaine ?", osai-je demander.
- "Oui, SerKam. Quatre cycles que nous attendons, tapis dans l'obscurité de l'Espace, tous feux éteints sur ce météore. Mais c'est bien celui que nous attendions. Veuillez mettre l'équipage en branle et qu'il se tienne prêt !"
- "Bien, mon Capitaine !", je souris à pleines dents.
Nous allions enfin passer à l'action et sortir de cette torpeur qui nous tenait en haleine dans l'attente d'un combat. Je tournais ma tête vers le quartier-maître Bronchar et lui fis un signe de tête. Il acquiesça et savait ce qu'il lui restait à faire. Il s'empara de la radio et aboya les ordres à tout l'équipage. C'était un homme trapu, au teint presque noir ébène avec un regard dur, encadré par une mâchoire carrée. Un vieux de la vieille avec qui je naviguais depuis plus de sept cycles planétaires. Il avait vu des combats et son corps pouvait en attester par ses cicatrices et sa jambe robotique. Je lui faisais confiance, et c’était un privilège que peu pouvaient se vanter d’avoir.
Absorbé par l’écran holo, j’analysais les retours des sondages passifs avec Rousty. Nous n'avions qu'une hâte, passer en sondage actif pour déterminer l'armement de nos futurs adversaires. Cependant, il était encore trop tôt, et ils nous détecteraient au moment même où nous l'activerions. Nous devions attendre que la distance soit inférieure à 1 UA pour être sûrs qu'ils ne puissent plus nous échapper. Leur seule chance était de recevoir des renforts, mais, vu l'endroit perdu où nous les attendions, ils n'auraient pas le temps d'arriver. Ce ne serait que nous contre eux. Le capitaine avait été bien informé, et j'espérais que cette prise en vaudrait la peine.
Mon bracelet de communication à mon poignet tinta deux fois. C'était le capitaine. Je répondis aussitôt :
- "Oui, Capitaine ?"
- "Rejoignez-moi dans ma cabine, lieutenant."
Lorsque j'arrivais devant la porte en acier, recouverte d'un trompe-l'œil vieillissant représentant une porte en bois d'antan, je grimaçai. Je frappai et attendis l'autorisation d'entrer.
- "Entrez, SerKam."
J'ouvris la porte et me retrouvais dans une pénombre peu commune, idéale pour un tête-à-tête avec une femme, mais inconfortable pour toute autre situation. Seul le visage du capitaine, buriné par le temps et marqué par les cicatrices et les rides, était faiblement éclairé. Ces imperfections lui conféraient un aspect sinistre, mais il ne perdait rien de son charisme imposant et de sa splendeur. Il avait navigué dans la flotte humaine avant sa dislocation, explorant des recoins de l'Espace dont nous, les jeunes, comme il aimait le rappeler, n'avions jamais entendu parler.
Ses yeux gris rayonnaient d'une lueur vive d'intelligence. Rien qu'en le regardant, on pouvait percevoir la connaissance et l'expérience de quelqu'un qui avait vécu. Avec plus de 250 cycles planétaires à son actif, il aimait se faire appeler le Capitaine d'Acier. Ce n'était pas seulement une question de force de caractère ou de volonté de fer, même s'il pouvait se montrer déterminé quand il avait une idée en tête. En réalité, 60 % de son corps avait été remplacé par des pièces robotiques en acier, un tribut payé à l'expérience et aux combats dans l'Espace. Le reste de son corps, encore organique, avait subi de multiples régénérations cellulaires, lui conférant une longévité inimaginable pour un être humain avant la Traversée. Il avait perdu ses deux jambes, ainsi que son bras et sa hanche gauche. Il avait survécu par pure détermination à ne pas laisser sa mission de vie inachevée. Cette épreuve l'avait rendu encore plus décidé à être le seul maître de son destin. C'est à ce moment-là qu'il avait quitté la flotte et avait fini par devenir propriétaire de son propre vaisseau, avec un équipage dévoué.
- "SerKam ? Ça va ?", demanda-t-il en me sortant de ma rêverie.
Absorbé par mes pensées, j'avais laissé mon esprit divaguer plus longtemps que prévu. L'odeur familière du capitaine avec un léger relent de transpiration me rappela à la réalité. Je me ressaisis rapidement et répondis :
- "Oui, pardon, Capitaine."
Il m'invita à m'asseoir sur la chaise, solidement rivetée au sol devant son bureau. Sa cabine était relativement spacieuse par rapport à nos quartiers. La zone du bureau était suffisamment grande pour accueillir cinq personnes. Un rideau séparait la couchette du capitaine de sa salle de bain privée. Ce qui rendait cette cabine si spéciale, c'était la lucarne située derrière son bureau. De là, nous pouvions voir l'Espace. C'était le seul endroit, avec le poste de pilotage, où l'on pouvait admirer une telle vue. Dans un vaisseau de combat, on évitait généralement tout luxe inutile. Le capitaine remarqua mon regard et se tourna pour observer l'Espace.
- "Malheureusement, il n'y a rien à voir, à part l'obscurité. Encore une lubie des concepteurs. Tu prendras bien un verre de liqueur avec moi ?"
Le capitaine sortit deux verres magnétiques qui se fixèrent immédiatement sur le bureau en acier. Il nous servit deux bonnes rasades chacun et prit son propre verre. J'enveloppai mon verre de ma main, le faisant se détacher automatiquement de la table lorsqu’il avait détecté la chaleur de ma main. Il me tendit son verre pour trinquer avec moi tout en me fixant du regard.
- "Buvons à ce que nous allons pouvoir récupérer sur ce vaisseau… Et à toi !"
Mes yeux s'écarquillèrent de surprise, ce qui fit apparaître un sourire en coin sur le visage raviné du vieux capitaine.
- "Oui, à toi. Depuis combien de temps es-tu à bord du Drakkar ?", demanda-t-il.
- "Un peu plus de 9 cycles planétaires, mon Capitaine", répondis-je.
- "Et tu as su briller, évoluer au sein de mon équipage. Tu sais pourquoi ?"
- "Heu… Non", répondis-je sincèrement.
- "Car tu as cela en toi. Le don du navigateur d'exception. Je l'ai vu en toi dès la première fois que j'ai croisé ton regard."
- "Merci, mon Capitaine", balbutiai-je.
- "Tu sais que depuis la mort de Yang, je n'ai plus de second. Cela fait plus d'un mois."
- "Oui, je le sais bien, Capitaine", répondis-je sombrement en baissant les yeux.
- "Paix à son âme. Cependant, même si le malheur des uns fait avant tout le bonheur des autres, nul ne comprend mieux que nous ce vieil adage", dit-il avec un sourire canaille qui lui était familier. "Je te nomme second capitaine. Je te laisse choisir ton lieutenant pour te remplacer et te seconder."
- "Merci, mon Capitaine. C'est un honneur, et je serai à la hauteur."
- "J'y compte bien. Maintenant que tu es mon second, abolissons les conventions lorsque nous sommes seuls. Arrête avec le 'capitaine' et tutoie-moi. Appelle-moi Madhër."
- "Oui, mon... Oui, Madhër", répliquai-je, pas encore tout à fait à l'aise avec autant de familiarité.
- "J'ai besoin de ton honnêteté pour me parler franchement et me donner ton avis. Tu dois être mes yeux, ma voix, mes oreilles, et parfois même ma conscience sur ce vaisseau. Yang m'a fait part de tes échanges enrichissants, de ta vision analytique rapide des situations, ainsi que de ton franc-parler. Je souhaite la même approche avec moi. D'ailleurs, c'est lui qui t'a recommandé en cas de remplacement."
Yang était une personne qui ne s'ouvrait pas facilement. Efficace, impitoyable lors des combats, il possédait une grande sagesse et était toujours équitable envers l'équipage. Il avait été mon mentor, et sa perte nous avait tous profondément affectés. Je pense que c'était par respect pour lui que le capitaine avait tenu à laisser son poste vacant aussi longtemps. Il était mort lors de l'abordage d'un vaisseau rézilien.
Le capitaine me fixa à nouveau et poursuivit :
- "SerKam, j'ai besoin de la cargaison de ce vaisseau. Si mes informations sont correctes, elle nous conduira au sommet de ma carrière, et probablement de la tienne également."
Ce que les anciens avaient du mal à comprendre, c'était que nous, les jeunes, étions attirés par le côté pratique. Nous voulions de l'argent, de la gloire, même éphémère, et de l'aventure. Le Capitaine d'Acier, quant à lui, cherchait la prospérité, et à cette époque, j'avais du mal à saisir pleinement ses motivations. Mais cela ne m'empêchait pas d'adopter une conduite stricte et d'agir de manière irréprochable, que ce soit pendant mon service ou à bord du Drakkar en général. Ma quête de prospérité personnelle se limitait pour l'instant à quelques parties de jambes en l’air dans les tripots et à quelques verres dans les tavernes lors de nos escales.
- "Il me faut quelqu'un de confiance pour mener l'assaut et s'emparer de la cargaison intacte, sans leur laisser le temps de la détruire. C'est pourquoi je veux que tu diriges cet assaut et que tu abordes leur vaisseau en plein combat."
Ah, le bâtard ! J'aurais dû m'en douter, tant d'éloges sortant de l'ordinaire. Mais la manière dont il amenait la chose était... franchement hypocrite. Bien sûr que j'allais lui répondre que c'était un honneur et que je ne le décevrais pas. Comment croyez-vous que Yang était mort ? Comment pouvait-il attendre une réponse honnête alors que vous étiez prié de vous retrouver en première ligne lors d'un abordage spatial en plein combat.
J'esquissai mon sourire le plus carnassier et assurai au capitaine que je m'en occuperai. Peut-être que je n'aurais pas la chance de profiter pleinement de mes nouveaux privilèges en tant que second…