
Extrait
Léa: Affronter les ombres du passé: roman pour jeunes adultes
Chapitre 12: Contraintes
— Ça va aller ? demanda Josh.
Le bruit d’une canette qu’on ouvre se fit entendre et une femme but une gorgée. Quelques pigeons en profitèrent pour se poser au sol dans l’espoir d’être nourris.
— Je n’aurais pas dû les inviter, grommela Léa en tournant légèrement le dos aux spectateurs qui passaient à côté d’eux. Je me doutais en plus qu’il allait me demander ça ! Je pensais même que ce serait arrivé plus tôt, mais pas qu’il insiste autant ! Il peut oublier son match amical, celui-là ! Non, mais amical, laisse-moi rire !!!
« Après la réaction de mes amis, même si les Panthères étaient au complet, il n’est pas question de jouer contre eux ! », songea-t-elle en saluant un passant qui la félicita.
Au moins, Soan se trouvait avec André, Jérémie allait s’assurer que Rose aille bien. Depuis son kidnapping, ce dernier était plus sensible à la détresse des autres.
Quant à Jade, elle lui avait semblé moins affectée aujourd’hui. Léa avait même remarqué un de leurs amis de classe. Était-ce vraiment pour le jeu ou bien pour voir Jade ? Elle était soulagée qu’aucun d’eux n’était seul en ce moment.
— Tu sais…
Josh hésita un instant, sachant qu’il devait être très prudent dans ses prochaines paroles.
— Tu pourrais juste venir nous voir à une pratique, ça ne t’engage à rien. Peut-être que tu aimeras ça.
Léa se dégagea sèchement de lui.
— Pardon !? C’est pour ça que tu n’as rien dit ? Tu espères que je vais vous rejoindre ? Que je serai dans les gradins pour te regarder jouer ?
Comment pouvait-il même penser à lui demander alors qu’il savait que les arénas l’angoissaient ?
— NON !
Trois pigeons s’envolèrent sous le cri.
— J’ai juste vu que tu ne voulais pas dire à Mathéo pourquoi. Si je te défendais, j’avais peur de trop en dire. Il aurait compris que j’en savais plus et il aurait essayé de me faire parler. J’ai bien vu que tu ne voulais pas t’expliquer avec Matt.
Léa passa une main dans ses cheveux, se sentant lasse.
— Désolée.
— Ce ne serait pas plus simple si tu lui expliquais ?
— Pour qu’il me regarde avec pitié ? J’en ai assez avec ceux qui sont au courant. Je ne suis pas juste la fille qui a vu son ami mourir ! La seule raison pour laquelle je te l’ai dit si vite, c’est parce que votre dernier match de saison arrivait. Je ne voulais pas que tu espères me voir dans les gradins ou que tu m’invites. Dans les deux cas, tu aurais été déçu. Je ne voulais pas non plus que ça finisse par te déranger de ne jamais me voir assister aux compétitions.
— Excuse-moi, je n’ai pas réfléchi. Je ne t’en parlerai plus, dit-il en la prenant dans ses bras.
Il l’enlaça si fermement, que Léa se sentit en sécurité et se détendit enfin.
Quand ils se séparèrent, Josh, pour la distraire, lui parla des films à l’affiche. Il lui proposa même d’en voir un ensemble à son retour de vacances alors qu’il l’entraînait vers les arbres. Main dans la main, ils remontèrent le petit sentier malgré les patins que Léa avait aux pieds, avant de regagner la sortie du parc.
Charlie les attendait là-bas, les bras croisés et un sourire en coin.
— Hey, Josh ! si on en profitait pour visionner un de nos matchs. On pourrait en ressortir quelque chose pour le dire au camp de pré-saison et s’améliorer là-dessus.
— La coordination serait déjà un bon point, leur dit Léa, la main toujours dans celle de Josh. Vous aviez de la difficulté à suivre quand Jade donnait une direction.
Les garçons l’écoutaient, tout en réfléchissant à ses paroles, pendant qu’ils sortaient du parc.
— C’est du hockey, les gars, vous devez jouer à l’instinct ! Le pourquoi de l’action, c’est pour la chambre ou l’entraînement.
Devant eux, quelques personnes attendaient à l’arrêt d’autobus, alors que ce dernier se garait avec un grincement strident de freins qui avaient bien besoin d’un nettoyage.
Léa fut la première à ralentir, pour que le chauffeur ne les attende pas. Marcher sur un sentier de gravier était une chose, emprunter des escaliers en était une autre avec leurs patins aux pieds.
Puis, sentant les vibrations du trottoir rugueux sous ses pieds alors qu’elle descendait une petite côte, les notes d’un saxophone remplirent l’air. Ils se turent tous les trois un instant pour écouter. Le musicien était sur un perron bleu avec un drapeau arc-en-ciel était planté près d’un rosier. Remarquant qu’il avait attiré des spectateurs, il fit une fausse note, surpris, avant de s’arrêter.
Loin de s’en faire, Léa, Josh et Charlie l’applaudirent pour ce petit concert.
— Très joli.
— Je serai au 404 ce soir, si ça vous intéresse.
— Merci, mais on est trop jeunes pour les bars, sourit Léa avant de s’éloigner et de reprendre le fil de la conversation.
Son frère et Josh devaient améliorer leur jeu !
Reprenant leur route, ils continuèrent de discuter jusqu’à ce qu’ils arrivent à l’appartement des Blackwood.
— Bon, je vous laisse à votre visionnage, messieurs, dit-elle en retirant ses patins à roulettes.
Josh s’arrêta, une main sur le mur pour se retenir, l’autre se déchaussant.
— Tu ne restes pas ?
— Tu m’en demandes trop, là.
Souriante, elle l’embrassa avant de s’éloigner.
— Et puis j’ai une douche à prendre !
— Elle ne peut pas regarder ce genre d’émission, expliqua Charlie, sa sœur disparaissant dans sa chambre.
En chaussettes, il se dirigea vers le salon et s’empara de la clef USB de leur dernier match, rangée à l’intérieur du repose-pied, et l’inséra dans le lecteur.
— Avec les parents, quand on regarde un match, on doit faire un effort pour garder le volume de la télévision bas. Probablement que, après sa douche, on va entendre de la musique en bruit de fond.
— C’est à ce point ?
Charlie eut un moment d’arrêt à la question.
— T’es au courant ?
— Oui, elle m’a prévenu pas longtemps avant notre dernier match. Mais je ne savais pas que sa peur était hors aréna.
— Oui et non. La télé, c’est la glace, la vue des patins, le bruit parfois. Léa n’a aucun problème à argumenter. Elle se tient au courant, grâce à la radio, aux nouvelles dans le journal et ce que mon père ou moi lui racontons.
— C’est plus contraignant que je le pensais.
— Et encore, c’était pire avant. Elle tremblait dès qu’on en parlait. Son psy l’a beaucoup aidée. L’an passé, elle n’aurait même pas pu entendre un match à la télé.
— Ça doit être chiant l’hiver.
— Ne m’en parle pas !
Sa douche terminée, Léa, les cheveux encore humides, se dirigea en cuisine pour se prendre un verre d’eau. Sachant ce que les garçons faisaient, elle riva ses yeux au sol en passant derrière le canapé. Les entendre s’emporter contre le commentateur la fit sourire.
Avaient-ils déjà oublié que c’était un enregistrement ?
Une odeur de muffin à la fraise attira son attention vers l’armoire et elle jeta un œil à l’horloge à côté. 16 h 30. C’était beaucoup trop près du repas. Elle dut faire un effort pour ne pas aller en prendre un.
Ouvrant le robinet, Léa se concentra sur ce qui se passait avec ces garçons et pouffa à leurs idioties.
— Oh, mais laissez ce pauvre arbitre tranquille, ce n’est pas lui qui fait votre jeu !
— Mais Léa, tu aurais dû le voir, il…
— Quand bien même il aurait tort, Charlie, votre problème ne vient pas de lui. Pas dans sa majorité en tout cas. Au lieu de vous obstiner sur qui a raison et comment il a mal ou pas fait son job, concentrez-vous donc sur ce que vous pouvez changer : votre manière de jouer !
Depuis qu’ils étaient devenus les Phénix, leur coach insistait beaucoup là-dessus. Contrôler ce qu’ils pouvaient contrôler, le reste n’était qu’une perte d’énergie. Cela avait pris du temps, mais c’était aussi ce qui les avait aidés à s’améliorer.
Elle avala une gorgée d’eau, jeta un dernier coup d’œil à l’armoire tentatrice, et se força à revenir sur ses pas.
— Ce n’est pas l’arbitre qui patine ou qui lance la rondelle, ce n’est pas lui qui protège le filet ni qui tente de bloquer l’équipe adverse ! Arrêtez de vous trouver des excuses
Occupée à les gronder, Léa avait oublié qu’ils regardaient un match de hockey et avait relevé la tête alors qu’elle arrivait dans le salon. Son regard tomba directement sur la télévision. La vue de la patinoire lui coupa le souffle, et les joueurs disparurent de l’écran. Seul un coin rouge qui grandissait apparut.
Son verre d’eau lui glissa des mains et le liquide éclaboussa ses pieds. Ses yeux se baissèrent lentement sur les morceaux de vitres sans qu’elle les remarque.
L’air devint sec et métallique.
Elle était chez elle, ça ne pouvait pas être possible. Elle ne pouvait pas être là-bas, elle…
— Léa ! s’exclama Charlie.
Éteignant la télé, il se précipita sur sa sœur, le cœur battant la chamade…