
MICHILIMAKINAC
Ils en parlèrent avant qu’il ne l’aperçoive.
Pas comme on annonce une ville admirable ni comme on promet un soulagement.
Plutôt comme on nomme un point nécessaire, où convergent les hommes, les fourrures, les vivres, les ordres, les rumeurs et les mensonges.
— Encore un jour, dit Béraud.
Puis, un peu plus tard :
— Si le temps tient.
Et enfin, quand l’eau s’ouvrit davantage devant eux :
— Voilà l’approche.
Nicolas releva la tête.
Depuis le départ de Montréal, il avait appris à moins interroger les mots des hommes qu’à lire leurs gestes quand ils les prononçaient. Le ton de Béraud n’avait rien d’enthousiaste. Rien d’inquiet non plus. C’était la voix d’un homme qui approche d’un lieu utile et s’en contente. Pourtant, chez Nicolas, le nom de Michilimakinac gardait une résonance presque irréelle.
Il l’avait entendu enfant sans pouvoir le situer autrement que dans le lointain.
Il l’avait imaginé comme une extrémité du monde, un poste posé au bord d’eaux inconnues, un mot plus grand que les cartes et plus lointain que les récits.
À force de rames, de portages et de fatigue, ce mot avait fini par se rapprocher au point de devenir une rive possible. Cela suffisait déjà à troubler un garçon de quinze ans : comprendre qu’un nom lointain peut devenir un lieu sous vos yeux.