
Chapitre 1
Le soleil se couchait. La journée de travail achevée. Il fallait maintenant se consacrer à vider les dernières bricoles encore emballées.
L'emménagement dans son studio était encore tout récent, et Lisa n'avait pas encore eu le temps nécessaire pour tout disposer comme bon lui semblait.
“Où vais-je pouvoir ranger toutes ces futilités ?” se demanda-t-elle.
En effet, le déménagement s'était fait précipitamment et tout n'avait pas forcément été bien rangé. Les affaires récupérées aux quatre coins de son entourage. Elle n'avait eu pour s'organiser que quelques jours qui s'étaient avérés bien remplis malgré le peu d'affaires qu'elle avait emmenées.
Lisa était, il y a tout juste un petit mois, à quelques centaines de kilomètres de là. Dans un environnement entouré d'amis, de sa famille et de lieux qu'elle connaissait depuis déjà longtemps et qu'elle avait fréquentés à maintes reprises.
Pour des raisons professionnelles, elle avait accepté de quitter tous ses repères, se disant que dans le pire des cas, il serait toujours temps de faire machine arrière.
Elle était donc là, dans ce petit appartement d'un village dont elle ne connaissait guère plus que le nom. Son appartement n'était pas très grand, mais ici les loyers étaient bien loin de ceux qui se pratiquaient dans d'autres régions.
Elle vivait donc à présent dans un studio d'une trentaine de mètres carrés, neuf, aux murs d'un blanc très impersonnel. À la pièce de vie s'attelait une chambre avec un petit balconnet, pas de quoi manger, ni même se prélasser au soleil l'été, mais assez pour pouvoir prendre une bouffée d'oxygène de temps à autre.
C'est donc au cours de ces soirées dans son nouveau chez-elle, qu'elle s'affairait à ranger à sa manière cette petite surface qu'elle appréciait et dont elle était fière en silence.
Les débuts de cette nouvelle vie n'avaient pas toujours été si faciles. La solitude se faisait de plus en plus ressentir. Fille d'un commerçant, Lisa avait toujours été habituée à être entourée, à être saluée par diverses personnes lors de ses balades dans sa ville où elle avait passé une bonne partie de son adolescence. Alors, lorsqu'elle décida d'aller à la rencontre des nouveaux visages qui l'entouraient dans cette nouvelle vie, elle fut prise d'un sentiment qu'elle ne connaissait pas et qui la fit soudainement paniquer.
Elle marcha le long des allées d'un parc, sans connaître le moindre visage, sans adresser la parole à un passant qui la reconnaîtrait au détour d'un chemin.
Ce sentiment qu'elle ressentait à présent était de la parfaite transparence dans un monde qui lui était devenu inconnu. Ils se connaissaient tous les deux depuis maintenant quelques années.
À mesure que le temps passait, ils avaient appris à se connaître, devenant très vite les meilleurs amis du monde, soudés comme les deux doigts de la main.
Ils savaient qu'ils pouvaient compter l'un sur l'autre quoi qu'il arrivât. Cette idée les avait déjà rassurés de nombreuses fois.
Le départ précipité de Lisa à l'autre bout du pays ne changerait rien à cette relation, ils se l'étaient promis !
Hum... oui ça va ! répondit Lisa d'une voix qui avait perdu la confiance qu'il lui connaissait tant.
Mens à quelqu'un d'autre si tu le désires, mais pas à moi ! Je te connais depuis maintenant bien trop longtemps pour pouvoir entendre dans ta voix que tout ne va pas aussi bien que ce que tu laisses paraître. Alors raconte-moi ! Que t'arrive-t-il ?
Elle hésita un petit moment et, comprenant qu'elle avait besoin de livrer à quelqu'un son sentiment, elle se lança :
Tu sais, j'étais très excitée à l'idée de faire mes cartons, de partir à l'aventure loin de tout, mais maintenant que j'ai posé toutes mes affaires ici, je ne me sens pas tellement à ma place. Mes amis me manquent, ma famille aussi, et mes petites habitudes encore plus ! Ici, tout est différent...
Il va te falloir du temps, c'est normal, on ne change pas de vie du jour au lendemain en un claquement de doigts.
Lisa sentait dans sa voix l'émotion qu'elle avait ressentie en annonçant son départ. Cette envie d'être rassurant, de lui montrer qu'il croyait en elle, qu’il serait toujours là, présent pour elle quand elle en aurait besoin, mais aussi la tristesse de quitter son amie.
Les jours qui suivirent, elle décida de se consacrer à part entière à son travail. Elle se disait que cela pouvait peut-être l’aider à se faire de nouvelles connaissances, à passer ses journées.
Celles-ci étaient toutes rythmées de la même façon, elle se levait non sans peine, déjeunait dans son séjour face à sa petite télé posée sur un des seuls meubles qu'elle avait pris la peine de monter.
Il fallait bien qu'elle rangeât le peu de vaisselle qu'elle avait à y mettre. Elle allumait son ordinateur, consultait ses mails avant de partir affronter le monde extérieur. Et entamait ainsi une nouvelle journée de travail interminable. Le soir venu, elle se garait sur la place qui lui était attribuée, remontait les deux étages qui lui permettaient d'arriver dans son appartement et, de nouveau, passait l'intégralité de la soirée devant son écran, à trier ses mails, parler sur les réseaux sociaux avec ses amis, le tout ponctuée de quelques conversations téléphoniques.
Son quotidien devenait ainsi une routine bien rodée, tout était fait dans un ordre qui lui était devenu singulier, automatique et dont, dans le fond, elle ne se rendait sûrement pas compte.
Ce samedi-là, Lisa attendait un coup de fil de son père, Edouard, parti en vacances avec sa nouvelle femme, Abi. Il avait refait sa vie depuis maintenant une bonne dizaine d'années. Ils étaient partis tous les deux, en soif d'aventure vers la Chine. Ils voulaient des vacances dépaysantes, zen, mais aussi culturelles.
Ils étaient tous deux avides de grandes balades, de découvertes, et avaient précisé que la Chine regorgeait de trésors à explorer. C'était pour cette raison que leur excursion dans ce pays leur avait pris plus d'un an à organiser.
Ils avaient choisi de rallonger leur séjour d'une semaine, sous prétexte que le voyage serait long, et qu'ils voulaient avoir un maximum de temps sur place pour pouvoir émerveiller leurs yeux le plus possible, revenir avec des souvenirs plein la tête, et des photos pour faire voyager leurs proches à leur tour !
Lisa avait reçu une carte postale de leur part, ils avaient été faire un petit tour dans le Yunnan, province qui se situe aux portes du Tibet, avec un paysage sans précédent où l'on voit les rizières qui ondulent sur les collines. À cette carte, ils avaient joint une photo qu'ils avaient prise d'eux, où on les voyait souriants, détendus, on aurait pu jurer qu'ils étaient simplement heureux !
Lisa relisait cette carte sur son balcon, il n'était pas loin de 17 heures, le soleil commençait à se cacher derrière les arbres, ne laissant traverser que quelques rayons qui venaient éclairer cette fin de journée. Le téléphone allait sonner d'une minute à l'autre, son père devant l'appeler à leur arrivée à l’aéroport pour la rassurer. Vers 20 heures, elle était toujours sans nouvelles d'Édouard. Sans doute que le décalage horaire les avait perturbés, ils appelleraient demain, elle en était sûre! Cela ne l'empêcha en rien d'allumer son téléviseur, afin de s'assurer qu'aucun accident d'avion ou même routier n'y était mentionné. Les informations terminées, elle se trouva ridicule d'avoir envisagé le pire, après tout, c'était lui le parent, pas elle! Il était donc libre d'appeler quand bon lui semblait, et elle savait que son téléphone finirait bien par sonner. Ils avaient tant de choses à se raconter depuis leur départ. Leur périple chinois, leurs visites, leurs rencontres, elle rêvait aussi de visionner leurs photographies afin de leur voler un peu de ce voyage. Elle ne savait pas si un jour elle pourrait s'offrir un tel cadeau. Mais elle aussi avait beaucoup de choses à leur raconter, à leur confier et plus que tout, elle voulait de leurs nouvelles.