Couverture de Le Paradoxe

Chapitre 6 Liberté égalité fraternité

Liberté :

Quel joli mot, fruit d’une vue de l’esprit.
Une lubie, car elle n’existe pas.
Ou si elle existe… ses limites sont déjà extrêmement limitées.

Ma liberté, disait Serge Reggiani…
Combien ont perdu la vie pour la crier ?
Liberté, Égalité, Fraternité  valeurs de la France.

La statue de la liberté brandit sa torche.
Elle motive, elle nous fait rêver et pourtant,
personne ne la voit tout à fait de la même façon.

« Ma liberté s'arrête où commence celle de l'autre. »      Jean-Paul Sartre

La liberté a inspiré des chansons, des poèmes, des dictons…
Elle symbolise quelque chose de très beau :
l’espoir. Elle motive, elle donne prétexte à combattre l’envahisseur.

Et pourtant, elle n’existe pas.
Il suffit d’observer pour s’en rendre compte.
Pas plus que l’égalité  impossible à instaurer
ni la fraternité, qui ne signifie souvent que ce qui peut exister entre des frères.

« Ma liberté, combien j’ai souffert pour satisfaire tes exigences »,
dit encore Reggiani.
« J’ai changé de pays, j’ai perdu mes amis  pour gagner ta confiance.

C’est une perle rare, dit-il.
Oui, cette valeur est haute  et pourrait sembler forte.
Beaucoup la revendiquent.

Il a bu plus que de raison pour éponger son chagrin.
Il s’est fait arrêter par les forces de l’ordre.

Il a gagné de l’argent  mais doit le déclarer et payer ses impôts.

Il a voyagé  mais il a dû payer pour franchir des frontières,
car la terre n’est pas à tout le monde.

« Ma liberté s’arrête là où commence celle des autres »
et si j’écoute de la musique, le son trop fort fera se plaindre mon voisin.

Si vous souhaitez mettre fin à vos jours,
parce que la douleur est trop grande,
même si un médecin affirme que vous ne guérirez jamais…
vous n’avez pas le droit de lui demander de l’aide.

Le soldat ne peut refuser d’être mobilisé,
même s’il se refuse à tuer,
même si ses croyances l’en empêchent.

Vous n’êtes pas libre de rouler vite.
Vous ne pouvez pas nager ici  il est écrit :

« Baignade interdite. »

Vous ne pouvez pas pêcher ou chasser
sans payer des droits  comme si la nature appartenait à la ville,
ou à l’État.

La liberté n’a pas vraiment de sens.
C’est un beau rêve, une valeur relative.

Elle veut dire qu’on ne doit pas accepter l’esclavage,
la torture, l’humiliation, les abus…
Mais nous sommes tous esclaves  plus ou moins
de quelque chose, de quelqu’un,
d’un système, d’une injonction.

Vos droits sont limités.
Et il y a même des droits ou des interdictions
que vous devez supporter
et pourtant, vous les ignorez.

C’est pourquoi…
vous avez besoin d’un avocat.L’Égalité et ses faux visages

Ce que vous étiez libre de faire l’an dernier,
vous ne l’êtes peut-être plus aujourd’hui.
Les droits qu’on vous a accordés s’évaporent.
Où est la liberté là-dedans ?

Avant 1974, si vous aviez 21 ans et aimiez une fille de 18 ans
équilibre pourtant raisonnable,
sachant que le sexe féminin mûrit plus vite que les garçons
vous risquiez la prison pour détournement de mineur.
La société vous aurait insulté,
vous aurait fabriqué un costume : “pédophile”.

Aujourd’hui, même si vous avez 40 ans et sortez avec une femme du même âge,
c’est votre droit.
La société ne vous blâme plus.
Tout au plus, quelques vieilles personnes chuchoteront derrière votre dos.

N’y a-t-il pas contradiction ?
Entre concept et loi ?

L’égalité selon la justice

Encore une belle idée, une valeur noble.
Un droit qu’on brandit haut.

Mais l’égalité est difficile à définir.
Et si l’on décide de l’accorder, elle sonne comme une note fausse.
Elle semble juste en théorie,
mais dans la pratique… elle grince.

“Qui a commis un délit a droit à un avocat.
Et s’il n’a pas les moyens,
il lui en sera commis un d’office.”

Droit de l’homme, dit-on.
Mais que vaut-il vraiment ?

Celui qui a volé un paquet de pâtes
a moins de chances de s’en sortir
que celui qui a commis un crime grave
mais possède fortune et réseau.

L’un aura un avocat nommé d’office,
inexpérimenté, sans moyens.
L’autre paiera les ténors du barreau.

Aux États-Unis, certains sont libérés sous caution.
Ah, l’argent !

“L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue.”

Contribue aussi à l’impunité.
On enrichit l’État, et en échange,
on est absous  parfois des actes les plus sombres.

Et si un ambassadeur, ou son fils,
vole ou tue, il est intouchable.
L’immunité diplomatique le protège.
Le fils de l’ambassadeur est innocenté  sans procès.

Et maintenant, vient la Fraternité.
Le dernier mot du triptyque.

Quand tous avaient un ennemi commun,
on s’unit, par nécessité.

Mais…

Combien de femmes ont fréquenté les soldats nazis,
puis ont été rasées  livrées à la honte ?
Combien de Français ont coopéré avec l’occupant ?
Combien de résistants ont été trahis,
par leurs frères d’armes, leurs voisins, leurs citoyens ?

Cela ne se compte pas.

La fraternité existe parfois,
dans l’adversité, le partage,
pour se rendre plus fort…
Mais souvent, elle disparaît,
parce que chacun prend un chemin différent.
Parce que les intérêts changent.

L’idée de “frère” peut sembler belle
mais elle ne tient pas éternellement.
Voyez ces deux jumeaux…
Ils ont aimé la même femme.
La jalousie s’est installée.
Et les conséquences sont là.

Les frères ennemis.
Les attentes et les faits se contredisent.

C’est encore le paradoxe.

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