
L’évolution de la musique rock des années 1980
INTRODUCTION
L’histoire de la musique rock remonte à environ 70 ans, mais ce qui impressionne dans son histoire, c’est que chaque fin de décennie a marqué un défi et un tournant important dans son évolution, propulsant le rock vers de nouveaux sommets pour les années à venir. Le guide ultime de la musique rock, paru en 2023, permettait de découvrir l’évolution du genre au cours de chacune des sept décennies, 1950 à 2010. Dans cette édition, nous nous concentrerons sur les années 1980, intégrant du contenu déjà publié dans Le guide ultime de la musique rock, mais incluant aussi du matériel additionnel, pour en faire véritablement Le guide ultime du rock des années 1980.
Nous présenterons d’abord l’évolution du rock de façon plus détaillée au cours de la décennie, en faisant ressortir les événements importants. Il y aura ensuite la présentation en profondeur des artistes les plus marquants, incluant leur biographie, leur discographie et certaines chansons inoubliables, ainsi que d’autres artistes importants en bref. Puis, on retrouvera le top 20 des meilleurs albums de la décennie, avec en plus quelques mentions honorables. Finalement, il sera possible de découvrir une liste non exhaustive de chansons inoubliables de ces 10 ans.
À travers ces artistes, albums et chansons, une place importante sera accordée aux pionniers de la musique rock au Canada, au Québec et en France.
Espérons que ce livre vous permettra de répondre à la majorité de vos questions et de vous en apprendre un peu plus sur ce périple passionnant que représente l’évolution de la musique rock, plus particulièrement dans les années 1980.
Richard Dion
LES ORIGINES
D’abord, qu’est-ce que le « rock »? Né à la fin des années 1940, la musique rock tire ses origines des styles populaires de l'époque : la musique « country », le « bluegrass » et le « blues », avec certaines influences « jazz » et « folks ». Le nouveau son est basé surtout sur les guitares électriques et un rythme de batterie soutenu, une caractéristique du rock pour les années à venir. Le rythme ternaire (du « swing » et du blues) laisse la place à un rythme binaire, avec un tempo plus rapide, ce qui signifie la division d'un rythme de base par deux, le rythme typique de la musique rock.
Le « rockabilly » (rock hillbilly ou rock campagnard, une forme primitive du country rock) et le « rock ‘n’ roll » se développent au cours de la première moitié des années 1950.
Au début des années 1960, l’immense succès du rock ‘n’ roll américain inspire plusieurs groupes britanniques. Les Anglais reprennent les grands succès du rock ‘n’ roll, mais les adaptent en utilisant un rythme légèrement différent, mettant l’accent sur le premier temps en 4/4, pour une musique plus rythmique que le rock ‘n’ roll d’origine. La musique « beat » ainsi créée est donc un mélange entre le rock ‘n’ roll américain et le « skiffle » britannique (une musique folk qui intègre des instruments bricolés).
La musique rock se développe rapidement au cours des années 1960, devenant de plus en plus sophistiquée et ce, des deux côtés de l’Atlantique. L’explosion de la popularité du rock dans les années 1960 amène plusieurs ramifications au genre, ainsi que des fusions avec d’autres styles. Des genres plus vieux comme le blues, le country, le folk et même le jazz commencent à intégrer du rock à leur son. D’autres mélanges donnent le « rock latin », le « rock classique » et le « rock électronique ». Quant au rock en lui-même, il connaît de nombreuses évolutions à travers le temps, créant un grand nombre de genres dérivés du rock ‘n’ roll original. Voici donc une liste non exhaustive des principaux sous-genres du rock qui se répandront principalement au cours des années 1980.
ROCK ALTERNATIF
Le « rock alternatif », aussi appelé « college rock » (rock collégial) ou « indie rock » (rock indépendant), est en quelque sorte né d’un mouvement de résistance à la culture populaire très forte des années 1980. Le côté sombre, triste et introverti de cette musique marque en effet un contraste spectaculaire avec les paillettes et les cheveux gonflés de cette période superficielle de la musique. Des groupes comme The Cure, The Smiths, R.E.M. et les Pixies s’inspirent assurément du punk rock, mais dans un style moins rapide et agressif. Si ces groupes réussissent à se démarquer et à obtenir un grand succès, la majorité des groupes de rock alternatif dans les années 1980 demeurent dans l’underground, enregistrant sur des étiquettes indépendantes et jouant seulement dans les radios universitaires.
NEW WAVE
Un autre style inspiré du punk rock est la musique new wave, le punk rock ayant évolué vers un style plus accessible à la fin de la décennie 1970 (Blondie, The Cars, The B-52’s). Le style allait se répandre au début des années 1980, avant d’être éclipsé par le hard rock.
HARD ROCK
Le « hard rock » (souvent appelé « glam rock », « hair metal » ou « pop metal ») apparaît au milieu des années 1960 en Angleterre dans certaines chansons de The Kinks, The Rolling Stones, The Who, Cream, Jeff Beck et Jimi Hendrix. Mais c’est à la fin de la décennie avec Led Zeppelin qu’il éclot véritablement grâce à un son plus lourd et des guitares électriques utilisant la distorsion. Si la musique est lourde, elle demeure toutefois très énergique et accessible, puis les thèmes abordés tournent souvent autour de la fête, du sexe, de l’alcool et des drogues.
Le hard rock se développe au cours des années 1970 des deux côtés de l’Atlantique (Thin Lizzy, Aerosmith, KISS), et même en Allemagne (Scorpions), en Australie (AC/DC) et au Canada (April Wine). Mais c’est dans les années 1980 que le hard rock allait atteindre le sommet des palmarès à travers le monde avec des groupes comme Van Halen, Bon Jovi, Twisted Sister, Mötley Crüe, Poison et Guns N’ Roses aux États-Unis, puis Def Leppard, Whitesnake, The Cult, Europe et Scorpions de l’autre côté de l’Atlantique. De nombreux autres groupes allaient s’inspirer des plus célèbres pour une scène foisonnante (Ratt, Dokken, Skid Row, Quiet Riot, Great White, Faster Pussycat, White Lion, Warrant, Slaughter, Extreme, Mr. Big, Cinderella, Britny Fox, Winger, etc.)
Au début des années 1990, l’avènement du « grunge », un style plus sale en provenance de Seattle, allait sonner le glas du hard rock pour le faire retomber aux oubliettes. De nombreux groupes disparaissent, d’autres se réinventent et les derniers survivants passent des arénas à des bars plus intimistes, tout un contraste! À part quelques soubresauts dans les années 2000 (Jet, The Darkness, Wolfmother, Airbourne), le hard rock n’obtiendra plus le succès de ses belles années, notamment celles de la Sunset Strip de Los Angeles.
HEAVY METAL
Plus lourd et plus sombre, le « heavy metal » apparaît parallèlement au hard rock à la fin des années 1960 (Black Sabbath, Deep Purple, Blue Oÿster Cult, Blue Cheer). Il y a deux théories pour l’origine du terme « heavy metal ». La première viendrait du texte de « Born to Be Wild » de Steppenwolf (« heavy metal thunder »), symbole du bruit de la moto de la scène rock. La deuxième théorie veut plutôt que le terme provienne de l’origine des premiers groupes de métal en Angleterre, issus de la classe ouvrière et qui travaillaient alors dans des usines de métaux lourds. La musique métal est souvent aussi associée à l’horreur, une sorte de version musicale du cinéma d’horreur (Alice Cooper, Black Sabbath, etc.). Alice Cooper et d’autres pionniers du genre comme Deep Purple et Blue Oÿster Cult se détachent rapidement du heavy metal pour se joindre plutôt au mouvement hard rock par leur style plus entraînant, plus près du rock ‘n’ roll d’origine. Quant au heavy metal lui-même, il se développe en plusieurs sous-genres au cours des décennies. En voici un aperçu des principaux, populaires dans les années 1980.
La « NEW WAVE OF BRITISH HEAVY METAL (NWOBHM) » est une première variation du métal original (sans les influences blues) qui naît en Angleterre à la fin des années 1970 grâce à des groupes comme Budgie, Judas Priest et Motörhead. Officiellement nommé ainsi en mai 1979 dans le magazine Sounds, le sous-genre possède aussi son lieu de naissance, le Bandwagon, un club situé dans l’arrière-salle du pub Prince of Wales dans le quartier londonien de Kingsbury. Le style plus rapide de la NWOBHM, influencé par le « punk rock », s’étendra ensuite au reste du monde au début des années 1980, notamment avec Iron Maiden, Saxon, Tygers of Pan Tang, Samson (premier groupe de Bruce Dickinson d’Iron Maiden) et Diamond Head. Def Leppard en fera également partie avant de s’orienter plutôt vers le hard rock et devenir l’un des groupes les plus populaires du genre.
Un sous-genre s’inspire grandement du heavy metal original, soit du Black Sabbath des débuts, le « DOOM METAL ». Une musique lourde au tempo lent, le doom metal représente le désespoir avec son côté sombre. Le sous-genre se développe dans les années 1980 avec des groupes comme Pagan Altar, Saint Vitus, The Sword et Candlemass.
La NWOBHM aura une influence directe sur le « THRASH METAL » (« métal martelé ») qui naît en Californie au début des années 1980. Transporté par le Big 4 (Metallica, Megadeth, Slayer et Anthrax), il deviendra rapidement le style de heavy metal le plus populaire aux États-Unis. D’autres groupes comme Testament, Metal Church, Overkill, Exodus, Flotsam and Jetsam et Death Angel emboîteront rapidement le pas. Considéré comme la première forme de « métal extrême », le thrash metal comprend à la fois un tempo rapide, une certaine complexité et une agressivité musicale. Une scène thrash metal importante se développe également en Allemagne au cours des années 1980, dirigée par Kreator, Tankard, Destruction et Sodom.
En parallèle avec le thrash metal au milieu des années 1980 se développe un style aussi rapide, mais moins violent et plus mélodique, le « SPEED METAL ». Déjà bien établi en Angleterre, Motörhead peut en être considéré un pionnier, avec les Allemands Helloween, et les Canadiens Anvil et Exciter.
Construit selon la même structure que le thrash metal, le « DEATH METAL » apparaît au milieu des années 1980. Il pousse le son à l’extrême avec des guitares saturées et une voix gutturale. Les thèmes explorés focalisent autour des actes extrêmes (la mort, la mutilation, le viol, la torture, la dissection, le cannibalisme, et même la nécrophilie). Si Slayer, Kreator, Celtic Frost et Venom ont participé au développement du genre, ce sont plutôt Death, Possessed, Obituary, Carcass, Deicide et Morbid Angel qui en sont considérés comme les pionniers.
En parallèle avec le death metal se développe un style fusionnant le thrash metal et le punk hardcore, le « GRINDCORE ». Lancé d’abord par le groupe britannique Napalm Death dans les années 1980, le sous-genre inclut aussi Brutal Truth, Anal Cunt et Pig Destroyer.
Le « BLACK METAL » est directement inspiré du death metal. Venom, Celtic Frost, Mercyful Fate et King Diamond peuvent être considérés comme les pionniers du genre dès les années 1980. Considéré comme du « métal satanique », le genre est souvent dénoncé comme misanthrope et anti-chrétien.
Le « MÉTAL INDUSTRIEL » propose un mélange de métal et d’éléments électroniques (échantillonnage sonore, synthétiseurs, séquenceurs, voix trafiquées). Le sous-genre fait son apparition dans les années 1980 grâce à des pionniers comme Throbbbing Gristle, les Canadiens Skinny Puppy et Front Line Assembly, ainsi que les Français Front 242. L’industriel connaîtra ensuite son apogée dans les années 1990.
Le « MÉTAL AVANT-GARDISTE » (ou « métal expérimental ») remonte aussi aux années 1980 et s’inspire autant du « rock progressif », que du « jazz fusion » et du métal extrême. Les pionniers du genre incluent Celtic Frost, Helmet et Neurosis, sans oublier le groupe québécois Voivod.
Voici d’autres styles de heavy metal fusionnés dans les années 1980 :
· « métal celtique »,
· « métal médiéval »,
· « funk metal » (Living Colour),
· « punk metal » (ou « crossover thrash ») (Suicidal Tendencies, D.R.I.),
· « métal chrétien » (ou « white metal ») (Stryper),
· « métal néoclassique » (Yngwie Malmsteen).