Couverture de Le guide ultime de la musique rock

Extrait

Le guide ultime de la musique rock

L’évolution de la musique rock

INTRODUCTION

L’histoire de la musique rock remonte à environ 70 ans, mais ce qui impressionne dans son histoire, c’est que chaque fin de décennie a marqué un défi et un tournant important dans son évolution, propulsant le rock vers de nouveaux sommets pour les années à venir. Dans les prochaines pages, nous découvrirons donc l’évolution du genre au cours de chacune des sept décennies, 1950 à 2010.

Chaque décennie présentera d’abord l’évolution du rock de façon plus détaillée, en faisant ressortir les événements importants. Il y aura ensuite la présentation en profondeur des artistes les plus marquants, incluant leur biographie, leur discographie et certaines chansons inoubliables, ainsi que d’autres artistes importants en bref. Puis, on retrouvera le top 20 des meilleurs albums de la décennie, avec en plus quelques mentions honorables. Finalement, il sera possible de découvrir une liste non exhaustive de chansons inoubliables de ces 10 ans.

À travers ces artistes, albums et chansons, une place importante sera accordée aux pionniers de la musique rock au Canada, au Québec et en France.

En conclusion du livre, il sera possible de découvrir le top 20 ultime des meilleurs albums de l’histoire de la musique rock. On y retrouvera aussi les meilleurs groupes, chanteurs, chanteuses, guitaristes, bassistes et batteurs de l’histoire du rock.

Évidemment, le rock est un vaste sujet qui aurait pu être développé encore longtemps. Mais espérons que ce livre vous permettra de répondre à la majorité de vos questions et de vous en apprendre un peu plus sur ce périple passionnant que représente l’évolution de la musique rock des années 1950 à aujourd’hui.

Richard Dion

LES ORIGINES

D’abord, qu’est-ce que le « rock »? Né à la fin des années 1940, la musique rock tire ses origines des styles populaires de l'époque : la musique « country », le « bluegrass » et le « blues », avec certaines influences « jazz » et « folks ».  Le nouveau son est basé surtout sur les guitares électriques et un rythme de batterie soutenu, une caractéristique du rock pour les années à venir. Le rythme ternaire (du « swing » et du blues) laisse la place à un rythme binaire, avec un tempo plus rapide, ce qui signifie la division d'un rythme de base par deux, le rythme typique de la musique rock.

Le « rockabilly » (rock hillbilly ou rock campagnard, une forme primitive du country rock) et le « rock ‘n’ roll » se développent au cours de la première moitié des années 1950, et c’est Bill Haley qui obtient le premier succès en 1954 avec « Rock Around the Clock ». Malheureusement pour lui, Haley arrive un peu trop tôt et passe à côté de l’immense vague qui allait envahir les ondes radio à partir de 1956, grâce à Gene Vincent, Johnny Burnett, Chuck Berry, et surtout Elvis Presley. Johnny Cash effleure aussi le mouvement rockabilly lors de ses années chez Sun Records dans les années 1950, avant de s’orienter définitivement vers la musique country.

Elvis Presley est l’un des premiers blancs à faire danser un public noir du sud des États-Unis, et son déhanchement légendaire allait embêter les chaînes de télévision. Sous la pression des élites religieuses, les télés en viendront à le cadrer à la taille, le jugeant déplacé, cet instrument du diable. Cette référence au diable allait être souvent associée à la musique rock tout au long de son histoire au cours des décennies suivantes.

LA CROISSANCE

Au début des années 1960, l’immense succès du rock ‘n’ roll américain inspire plusieurs groupes britanniques. Les Anglais reprennent les grands succès du rock ‘n’ roll, mais les adaptent en utilisant un rythme légèrement différent, mettant l’accent sur le premier temps en 4/4, pour une musique plus rythmique que le rock ‘n’ roll d’origine. La musique « beat » ainsi créée est donc un mélange entre le rock ‘n’ roll américain et le « skiffle » britannique (une musique folk qui intègre des instruments bricolés). Les Beatles et les Rolling Stones se trouvent en tête de ce nouveau mouvement musical qui allait balayer l’Amérique et qu’on allait nommer plus tard « l’invasion britannique ».

La musique rock se développe rapidement au cours des années 1960, devenant de plus en plus sophistiquée et ce, des deux côtés de l’Atlantique. Les groupes pullulent en Angleterre et profitent de l’invasion britannique avec les Beatles et les Stones : The Animals, The Kinks, The Zombies, The Small Faces, The Who, etc. Pendant ce temps en Amérique, les Beach Boys semblent engagés dans une lutte à finir avec les Beatles, relançant constamment le groupe de Liverpool avec des albums toujours de plus en plus travaillés, des harmonies vocales incomparables et des mélodies inoubliables.

L’explosion de la popularité du rock dans les années 1960 amène plusieurs ramifications au genre, ainsi que des fusions avec d’autres styles. Des genres plus vieux comme le blues, le country, le folk et même le jazz commencent à intégrer du rock à leur son. Le « blues rock » (Cream), le « country rock » (The Byrds), le « folk rock » (Bob Dylan) et le « jazz rock » ou « jazz fusion » (Soft Machine) s’établiront pour longtemps et demeurent d’ailleurs encore bien présents aujourd’hui un peu partout à travers le monde. D’autres mélanges donnent le « rock latin » (Santana), le « rock classique » (Procol Harum) et le « rock électronique » (Kraftwerk). Quant au rock en lui-même, il connaît de nombreuses évolutions à travers le temps, créant un grand nombre de genres dérivés du rock ‘n’ roll original. Voici donc une liste non exhaustive des principaux sous-genres du rock qui se répandront au cours des décennies.

ROCK PSYCHÉDÉLIQUE

Le « rock psychédélique » voit le jour dans les années 1960 en lien avec la contre-culture hippie et l’été 1967 (« l’été de l’amour »). Il est aussi influencé par la prise de psychotropes, notamment le LSD qui donne naissance à « l’acid rock ».

Ce mouvement musical est caractérisé par une construction rythmique peu complexe et hypnotique, des mélodies répétitives et pénétrantes, des solos instrumentaux longs et tortueux, modelés d'effets sonores et de distorsion, dans des pièces généralement longues.

Le groupe texan 13th Floor Elevators, formé en 1966, est le premier à s’identifier officiellement comme groupe de rock psychédélique. Mais c’est en Californie que le mouvement se développe véritablement avec des groupes comme Grateful Dead, Tommy James and the Shondells, The Seeds, Spirit, Big Brother and the Holding Company (avec Janis Joplin) et Jefferson Airplane. Des artistes de blues rock comme Jimi Hendrix et The Doors sont également influencés par le mouvement et contribueront à son succès.

Des artistes d’ailleurs au pays participent aussi au mouvement psychédélique. C’est le cas pour Texas, Vanilla Fudge et Frank Zappa. Même les Byrds en seront inspirés pour « Eight Miles High ». Finalement, une nouvelle vague plus lourde de rock psychédélique apparaîtra aux États-Unis à la fin de la décennie avec des groupes comme MC5, les Stooges, Blue Cheer, Grand Funk Railroad et Iron Butterfly.

Pendant ce temps, en Angleterre, un autre mouvement de rock psychédélique se développe en parallèle de ce qui se passe aux États-Unis. Pink Floyd mène la charge avec Syd Barrett à sa tête, accompagné de groupes comme Cream et Hawkwind. Mais plusieurs groupes plus populaires s’inspirent aussi du mouvement psychédélique vers 1967 : The Beatles, The Rolling Stones, The Who, sans oublier Eric Burdon (avec The Animals et War). Led Zeppelin amènera le psychédélisme à un autre niveau au tournant de la décennie suivante avec l’insertion d’un intermède bien particulier dans des pièces comme « Whole Lotta Love » et « Dazed and Confused ».

Le mouvement hippie connaîtra son apogée au Festival de Woodstock du 15 au 17 août 1969, alors que plusieurs artistes bien en vue de la scène psychédélique y font une présence remarquée : Grateful Dead, Janis Joplin, Jefferson Airplane, et bien sûr Jimi Hendrix qui clôture le festival le matin du 18 août, avec notamment une version unique à la guitare du « Star-Spangled Banner », l’hymne national américain.

Le rock psychédélique perdra de la vigueur au cours des années 1970, mais il influencera passablement le rock progressif, le post-rock, ainsi que les débuts du punk rock new-yorkais.

ROCK PROGRESSIF

Le « rock progressif » se développe au cours des années 1970 à partir du rock psychédélique et du « rock artistique » (art rock). Il se caractérise par des chansons complexes et des productions élaborées où les arrangements occupent une place importante. On y retrouve aussi des influences de la musique classique et du jazz avec notamment de l’orgue ou autres claviers.

Procol Harum et Pink Floyd en sont certainement les instigateurs dès la deuxième moitié des années 1960, mais c’est surtout Pink Floyd qui amènera le genre ailleurs dans la première moitié des années 1970, avec comme point culminant l’album classique The Dark Side of the Moon en 1973, sans oublier le fameux disque double The Wall en 1979, l’un des albums les plus populaires de l’histoire. Les autres groupes progressifs incontournables du moment sont Emerson, Lake & Palmer, Genesis, King Crimson, Jethro Tull, Gentle Giant et Yes. Supertramp en Angleterre allait aussi paver la voie pour les Américains de Styx et Journey avec un rock progressif plus accessible. La nouvelle mouture de Genesis avec Phil Collins au micro et Yes allaient emboîter le pas de cette nouvelle vague au cours des années 1980.

HARD ROCK

Le « hard rock » (souvent appelé « glam rock », « hair metal » ou « pop metal ») apparaît au milieu des années 1960 en Angleterre dans certaines chansons de The Kinks, The Rolling Stones, The Who, Cream, Jeff Beck et Jimi Hendrix. Mais c’est à la fin de la décennie avec Led Zeppelin qu’il éclot véritablement grâce à un son plus lourd et des guitares électriques utilisant la distorsion. Si la musique est lourde, elle demeure toutefois très énergique et accessible, puis les thèmes abordés tournent souvent autour de la fête, du sexe, de l’alcool et des drogues.

Le hard rock se développe au cours des années 1970 des deux côtés de l’Atlantique (Thin Lizzy, Aerosmith, KISS), et même en Allemagne (Scorpions), en Australie (AC/DC) et au Canada (April Wine). Mais c’est dans les années 1980 que le hard rock allait atteindre le sommet des palmarès à travers le monde avec des groupes comme Van Halen, Bon Jovi, Twisted Sister, Mötley Crüe, Poison et Guns N’ Roses aux États-Unis, puis Def Leppard, Whitesnake, The Cult, Europe et Scorpions de l’autre côté de l’Atlantique. De nombreux autres groupes allaient s’inspirer des plus célèbres pour une scène foisonnante (Ratt, Dokken, Skid Row, Quiet Riot, Great White, Faster Pussycat, White Lion, Warrant, Slaughter, Extreme, Mr. Big, Cinderella, Britny Fox, Winger, etc.)

Au début des années 1990, l’avènement du « grunge », un style plus sale en provenance de Seattle, allait sonner le glas du hard rock pour le faire retomber aux oubliettes. De nombreux groupes disparaissent, d’autres se réinventent et les derniers survivants passent des arénas à des bars plus intimistes, tout un contraste! À part quelques soubresauts dans les années 2000 (Jet, The Darkness, Wolfmother, Airbourne), le hard rock n’obtiendra plus le succès de ses belles années, notamment celles de la Sunset Strip de Los Angeles.

HEAVY METAL

Plus lourd et plus sombre, le « heavy metal » apparaît parallèlement au hard rock à la fin des années 1960 (Black Sabbath, Deep Purple, Blue Oÿster Cult, Blue Cheer). Il y a deux théories pour l’origine du terme « heavy metal ». La première viendrait du texte de « Born to Be Wild » de Steppenwolf (« heavy metal thunder »), symbole du bruit de la moto de la scène rock. La deuxième théorie veut plutôt que le terme provienne de l’origine des premiers groupes de métal en Angleterre, issus de la classe ouvrière et qui travaillaient alors dans des usines de métaux lourds. La musique métal est souvent aussi associée à l’horreur, une sorte de version musicale du cinéma d’horreur (Alice Cooper, Black Sabbath, etc.). Alice Cooper et d’autres pionniers du genre comme Deep Purple et Blue Oÿster Cult se détachent rapidement du heavy metal pour se joindre plutôt au mouvement hard rock par leur style plus entraînant, plus près du rock ‘n’ roll d’origine. Quant au heavy metal lui-même, il se développe en plusieurs sous-genres au cours des décennies. En voici un aperçu des principaux.

La « NEW WAVE OF BRITISH HEAVY METAL (NWOBHM) » est une première variation du métal original (sans les influences blues) qui naît en Angleterre à la fin des années 1970 grâce à des groupes comme Budgie, Judas Priest et Motörhead. Officiellement nommé ainsi en mai 1979 dans le magazine Sounds, le sous-genre possède aussi son lieu de naissance, le Bandwagon, un club situé dans l’arrière-salle du pub Prince of Wales dans le quartier londonien de Kingsbury. Le style plus rapide de la NWOBHM, influencé par le « punk rock », s’étendra ensuite au reste du monde au début des années 1980, notamment avec Iron Maiden, Saxon, Tygers of Pan Tang, Samson (premier groupe de Bruce Dickinson d’Iron Maiden) et Diamond Head. Def Leppard en fera également partie avant de s’orienter plutôt vers le hard rock et devenir l’un des groupes les plus populaires du genre.

Un sous-genre s’inspire grandement du heavy metal original, soit du Black Sabbath des débuts, le « DOOM METAL ». Une musique lourde au tempo lent, le doom metal représente le désespoir avec son côté sombre. Le sous-genre se développe dans les années 1980 avec des groupes comme Pagan Altar, Saint Vitus, The Sword et Candlemass. Parmi les dérivés du doom metal, notons le « sludge metal » qui prend forme à la Nouvelle-Orléans dans les années 1990 et qui mélange « punk hardcore » et « rock sudiste » (Crowbar, Eyehategod). Notons aussi le « stoner metal » qui intègre du blues et du rock psychédélique au doom metal (Kyuss, Queens of the Stone Age).

La NWOBHM aura une influence directe sur le « THRASH METAL » (« métal martelé ») qui naît en Californie au début des années 1980. Transporté par le Big 4 (Metallica, Megadeth, Slayer et Anthrax), il deviendra rapidement le style de heavy metal le plus populaire aux États-Unis. D’autres groupes comme Testament, Metal Church, Overkill, Exodus, Flotsam and Jetsam et Death Angel emboîteront rapidement le pas. Considéré comme la première forme de « métal extrême », le thrash metal comprend à la fois un tempo rapide, une certaine complexité et une agressivité musicale. Une scène thrash metal importante se développe également en Allemagne au cours des années 1980, dirigée par Kreator, Tankard, Destruction et Sodom. Pantera sera le porte-étendard d’une deuxième vague de thrash metal aux États-Unis au début des années 1990, moment où Metallica deviendra l’un des groupes les plus populaires au monde avec son album noir éponyme.

En parallèle avec le thrash metal au milieu des années 1980 se développe un style aussi rapide, mais moins violent et plus mélodique, le « SPEED METAL ». Déjà bien établi en Angleterre, Motörhead peut en être considéré un pionnier, avec les Allemands Helloween, et les Canadiens Anvil et Exciter. Le sous-genre évolue plus tard pour devenir le « power metal », grâce notamment à DragonForce et Stratovarius.

Construit selon la même structure que le thrash metal, le « DEATH METAL » apparaît au milieu des années 1980. Il pousse le son à l’extrême avec des guitares saturées et une voix gutturale. Les thèmes explorés focalisent autour des actes extrêmes (la mort, la mutilation, le viol, la torture, la dissection, le cannibalisme, et même la nécrophilie). Si Slayer, Kreator, Celtic Frost et Venom ont participé au développement du genre, ce sont plutôt Death, Possessed, Obituary, Carcass, Deicide et Morbid Angel qui en sont considérés comme les pionniers. Certains groupes de death metal intègrent à leur musique des influences rock ‘n’ roll des années 1970 (Entombed, Six Feet Under) pour en faire un sous-genre, le « death ‘n’ roll ».

En parallèle avec le death metal se développe un style fusionnant le thrash metal et le punk hardcore, le « GRINDCORE ». Lancé d’abord par le groupe britannique Napalm Death dans les années 1980, le sous-genre inclut aussi Brutal Truth, Anal Cunt et Pig Destroyer. Le grindcore devient plus tard le « metalcore » avec des groupes comme Converge, Hatebreed et Killswitch Engage, ou le « metalcore mélodique » avec Bullet For My Valentine, In Flames, At the Gates et Arch Enemy.

Le « BLACK METAL » est directement inspiré du death metal. Si Venom, Celtic Frost, Mercyful Fate et King Diamond peuvent être considérés comme les pionniers du genre dès les années 1980, c’est au début des années 1990 que le style prend forme véritablement avec à sa tête des groupes norvégiens comme Mayhem, Burzum, Darkthrone, Immortal et Emperor. Considéré comme du « métal satanique », le genre est souvent dénoncé comme misanthrope et anti-chrétien. Plusieurs pionniers du genre ont même été associés à des incendies d’églises et homicides. En opposition au black metal est d’ailleurs apparu le « black metal chrétien » (ou « unblack metal ») dès le début des années 1990.

Le « MÉTAL INDUSTRIEL » propose un mélange de métal et d’éléments électroniques (échantillonnage sonore, synthétiseurs, séquenceurs, voix trafiquées). Le sous-genre fait son apparition dans les années 1980 grâce à des pionniers comme Throbbbing Gristle, les Canadiens Skinny Puppy et Front Line Assembly, ainsi que les Français Front 242. L’industriel connaît ensuite son apogée dans les années 1990. Les artistes les plus importants du genre sont Ministry, Nine Inch Nails, KMFDM, Rammstein, Fear Factory, Rob Zombie (avec White Zombie) et Marilyn Manson.

Le « MÉTAL AVANT-GARDISTE » (ou « métal expérimental ») remonte aussi aux années 1980 et s’inspire autant du « rock progressif », que du « jazz fusion » et du métal extrême. Les pionniers du genre incluent Celtic Frost, Helmet et Neurosis, sans oublier le groupe québécois Voivod.

Le « MÉTAL PROGRESSIF » possède de nombreuses similarités avec le métal avant-gardiste, sans les influences du métal extrême, donc plus près du rock progressif. Le groupe canadien Rush en est certainement le précurseur dès les années 1970, avant d’obtenir une grande popularité dans les années 1980. Les autres groupes en tête du mouvement incluent Dream Theater, Fates Warning et Tool.

Un mélange de « rock alternatif » et de heavy metal permet de créer le « MÉTAL ALTERNATIF » au début des années 1990. Fortement lié avec l’avènement du grunge (Alice In Chains, Soundgarden), le sous-genre se développe tout au long des années 1990 et 2000 grâce à des groupes comme Faith No More, Helmet, Life of Agony, Deftones et System of a Down.

Dérivé du métal alternatif, le « NU METAL » prend vie au cours des années 1990 en intégrant plusieurs autres styles comme le grunge, le hip-hop, le funk et l’industriel. Les voix passant de chants mélodieux, au rap et aux hurlements sont une caractéristique de ce nouveau genre de métal qui inclut des groupes comme Korn, Linkin Park, Slipknot, Papa Roach, Disturbed et Limp Bizkit.

Comme nous l’avons vu plus tôt pour le rock original, plusieurs autres styles viennent se fusionner avec le heavy metal à travers le temps pour créer de nouveaux sous-genres :

·       « folk metal »,

·       « métal celtique »,

·       « métal médiéval »,

·       « métal latin » (Sepultura, Soulfly),

·       « funk metal » (Living Colour, Infectious Grooves, Primus),

·       « rap metal » (Rage Against the Machine),

·       « punk metal » (ou « crossover thrash ») (Suicidal Tendencies, D.R.I.),

·       « métal chrétien » (ou « white metal ») (Stryper, P.O.D., Underoath, Skillet),

·       « métal gothique » (Type O Negative, Theatre of Tragedy),

·       « métal néoclassique » (Yngwie Malmsteen),

·       « métal symphonique » (Nightwish).

PUNK ROCK

Même si on peut découvrir les balbutiements du « punk rock » dès la fin des années 1960 (MC5, Stooges), c’est au milieu des années 1970 que l’on peut situer véritablement les débuts du genre. Le nouveau style de rock, rapide, puissant et brut, se compose de chansons simples et courtes avec des messages socio-politiques. Iggy Pop est souvent considéré comme le parrain du punk rock, mais ce sont les Ramones que l’on peut nommer comme les fondateurs du punk alors que la scène new yorkaise est en pleine ébullition (New York Dolls, Television, Talking Heads, Patti Smith). C’est après avoir été gérant des New York Dolls que Malcolm McLaren retourne en Angleterre en ramenant avec lui l’idée du punk rock aux Sex Pistols, qui deviendront les porte-étendards du punk britannique en compagnie de The Clash, The Damned et les Buzzcocks. En Australie, ce sont The Saints qui font figure de pionniers du genre.

Le reggae allait avoir une forte influence sur le punk rock alors que The Police et The Clash fusionnent habilement les deux styles. D’autres styles jamaïcains comme le ska et le rocksteady s’intègrent aussi au punk grâce à Madness et The Specials.

Le punk rock allait évoluer dans un style plus accessible à la fin de la décennie 1970 pour devenir la new wave (Blondie, The Cars, The B-52’s), avant de revenir en force dans les années 1990 grâce principalement à Bad Religion, Green Day et The Offspring. Le ska allait aussi renaître dans la deuxième moitié de la décennie 1990, notamment par les Mighty Mighty Bosstones.

Finalement, le rockabilly des années 1950 allait également renaître dans les années 1980 grâce à Stray Cats et en version punk avec The Cramps et The Meteors. Le sous-genre du punk rock inspiré du rockabilly, que l’on nomme le « psychobilly », allait véritablement décoller dans les années 1990 et 2000, principalement en Europe, grâce à des groupes comme Mad Sin (en Allemagne), Nekromantix et HorrorPops (au Danemark), les Wampas et les Washington Dead Cats (en France), ainsi que Batmobile (aux Pays-Bas). Aux États-Unis Social Distortion, les Misfits et Tiger Army mènent le bal, alors qu’au Canada on retrouve The Gutter Demons, The Brains et The Creepshow.

ROCK ALTERNATIF

Le « rock alternatif », aussi appelé « college rock » (rock collégial) ou « indie rock » (rock indépendant), est en quelque sorte né d’un mouvement de résistance à la culture populaire très forte des années 1980. Le côté sombre, triste et introverti de cette musique marque en effet un contraste spectaculaire avec les paillettes et les cheveux gonflés de cette période superficielle de la musique. Des groupes comme The Cure, The Smiths, R.E.M. et les Pixies s’inspirent assurément du punk rock, mais dans un style moins rapide et agressif. Si ces groupes réussissent à se démarquer et à obtenir un grand succès, la majorité des groupes de rock alternatif dans les années 1980 demeurent dans l’underground, enregistrant sur des étiquettes indépendantes et jouant seulement dans les radios universitaires.

Le rock alternatif allait évoluer à partir des années 1990 pour devenir soit le grunge (sur la côte-ouest américaine), le shoegaze (au Royaume-Uni avec My Bloody Valentine, Lush, Slowdive, etc.), ou la britpop (en Angleterre). Pendant ce temps, le groupe hip hop Beastie Boys devient très populaire en fusionnant le rap et le rock alternatif depuis le milieu des années 1980. Puis, les Red Hot Chili Peppers fusionnent habilement le funk et le rock alternatif, ce qui les mènera à un succès planétaire.

GRUNGE

Né à la fin des années 1980, le « grunge » apparaît dans la région de Seattle, Washington au début des années 1990 grâce principalement à Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden et Alice in Chains. Dérivé du rock alternatif, le grunge s’inspire à la fois du heavy metal et du punk hardcore. Il se caractérise par des guitares fortement saturées et des thèmes sombres qui traitent d’angoisses existentielles. Les arrangements demeurent minimalistes et les musiciens se font remarquer par leur allure sale et leur rejet de toute théâtralité (en opposition au hard rock axé sur l’apparence avant tout).

Le suicide en 1994 de Kurt Cobain, figure de proue du mouvement grunge au sein de Nirvana, aura certainement eu une incidence majeure sur le déclin du grunge. Soundgarden allait se séparer en 1997 et Alice in Chains n’allait plus être le même groupe après le décès de Layne Staley en 2002. Seul Pearl Jam allait poursuivre une carrière fructueuse au cours des décennies suivantes, même si leurs plus grands succès ont été obtenus dans la première moitié des années 1990.

La grande popularité du grunge au début de la décennie 1990 allait paver la voie à une nouvelle vague de rock alternatif (le post-grunge) qui allait dominer dans les radios commerciales au cours des années suivantes. Garbage, les Cranberries, Live, Collective Soul et Weezer deviennent alors les groupes les plus en vue aux États-Unis et vendent des albums en quantité. En Angleterre, c’est la vague britpop qui allait alors envahir l’Amérique.

BRITPOP

Fortement influencée par le rock britannique des années 1960 et 1970, la musique « britpop » voit le jour au milieu des années 1990, principalement en Angleterre, mais aussi ailleurs au Royaume-Uni et en Irlande. En opposition au shoegaze qui propose des pièces longues et répétitives, la britpop présente plutôt des chansons courtes et efficaces. Paul Weller (The Jam) est souvent considéré comme l’initiateur du mouvement, qui nous permet de découvrir des groupes comme Oasis, Supergrass, Placebo, The Verve, Suede et Blur. Radiohead viendra révolutionner le rock en 1997 avec Ok Computer, l’un des meilleurs albums de la décennie avec ses ambiances irrésistibles.

Même si la britpop perdra de l’influence au tournant du millénaire, le genre survivra grâce à Coldplay, Keane et Muse qui la feront évoluer dans d’autres directions dans les années 2000-2010.

SCÈNES ROCK LOCALES

Créé aux États-Unis et rendu populaire au Royaume-Uni principalement, le rock s’est développé localement un peu partout dans le monde à travers les années, de l’Asie à l’Afrique, en passant par l’Amérique du Sud, l’Europe et le Canada. Même si l’anglais demeure la langue de prédilection pour la musique rock, des scènes locales proposant du rock dans la langue de l’endroit existent partout sur la planète.

Au Québec et en France, une scène rock s’est développée en français en parallèle de la scène anglosaxonne. Si Johnny Hallyday a pris en charge la scène rock française dès le début des années 1960, au Québec, c’est principalement dans les années 1970 que le rock s’est démarqué avec des pionniers comme Robert Charlebois, Michel Pagliaro et Diane Dufresne et des groupes comme Offenbach, Harmonium et Octobre.

Plus tard dans les années 1980 et 1990, le nombre de groupes rock allait se répandre (Vilain Pingouin, Les Parfaits Salauds, Possession Simple) et on verrait apparaître des artistes à l’imagination débordante comme Jean Leloup. Au milieu des années 1990, le rock québécois allait gagner en popularité grâce à Éric Lapointe et Les Colocs, puis plus tard avec Les Respectables. Dans les années 2000, ce sont Les Trois Accords et Les Cowboys Fringants qui allaient réussir à envahir les ondes radio avec un son rock et des thèmes bien québécois.

Comme c’est le cas pour l’ensemble de l’industrie musicale et de la scène rock en particulier, l’industrie québécoise subit un profond changement depuis le tournant du nouveau siècle. Les styles se fusionnent pour créer de nouvelles idées, ce qui fait que le rock pur existe de moins en moins. Malgré tout, grâce à la démocratisation des méthodes d’enregistrement, le nombre d’artistes actifs demeure élevé, ce qui peut permettre d’espérer un retour à une industrie musicale lucrative dans quelques années. Il faut juste revoir notre approche vis-à-vis la consommation de la musique.

LE ROCK AU 21E SIÈCLE

Le rock des années 2000 s’oriente dans deux grandes directions : rap et techno. La technologie et l'informatique jouent un rôle dominant et les DJ deviennent des artistes à part entière. L’Internet ouvre en plus une porte sur le monde et la musique n’a plus de frontières. On peut donc découvrir de nouveaux morceaux créés à l’autre bout du monde dans un sous-sol grâce aux plateformes musicales, aux partages sur les réseaux sociaux, aux vidéos sur YouTube, etc.

Les portails de téléchargement tels qu'iTunes et les sites de streaming musical tels que Spotify proposent des fonctions de recherche innovantes par genre ou recommandent des artistes et des chansons adaptés aux habitudes d'écoute de l'utilisateur. Cependant, la révolution numérique a aussi ses côtés sombres, en particulier pour l’artiste qui reçoit une part négligeable des revenus du contenu numérique, et qui ne vend pratiquement plus de disques physiques (CD et vinyles).

Les musiciens commencent de plus en plus à distribuer eux-mêmes leur musique et les producteurs de musique investissent davantage dans les concerts. Les spectacles et les festivals en plein air jouissent d'une popularité croissante auprès des jeunes et constituent une meilleure source de revenu pour les artistes que la vente d’albums.

Le mélange des styles se poursuit dans le nouveau millénaire et le rock se dilue de plus en plus dans la pop, le rap ou la musique électronique. Pendant ce temps, les styles plus anciens comme le rock progressif et le punk rock sont recyclés dans une pâle copie de l’original. De nouveaux groupes originaux font tout de même revivre le rock garage : White Stripes, Strokes, Black Keys et Hives.

Avec The Killers et Kings of Leon, ce sont plutôt la new wave et le rock sudiste qui reçoivent un nouveau vent de fraîcheur, alors que The Darkness et Jet font revivre le hard rock. Pendant ce temps, le groupe britannique Franz Ferdinand utilise des éléments de la britpop et du punk, avec un souvenir lointain des Beatles, pour créer une musique pop rock dansante.

Le groupe de punk rock américain Green Day prend un virage important dans sa carrière avec l'opéra rock American Idiot en 2004. Quant à la britpop, elle obtient également du succès au cours du nouveau millénaire, grâce notamment à Coldplay. Muse combine l'électronique, le hard rock et le rock progressif. L'album à succès The Resistance comprend la symphonie « Exogenesis » en trois parties, d'une durée de plus de 12 minutes.

On ne réinventera pas la roue au cours des années 2010, mais le rock et tous ses dérivés musicaux ne cessent d’évoluer et réussissent encore à nous surprendre parfois. On pourrait croire que la baisse de popularité de la musique rock depuis plusieurs années annonce sa disparition imminente. Pourtant, un nombre incroyable d’artistes présentent de nouveaux albums de rock chaque semaine, même s’ils ne bénéficient d’aucune visibilité.

N’oublions pas que le rock existe depuis maintenant plus de 70 ans et qu’il est le style le plus durable après la seconde guerre mondiale, ayant survécu à de nombreuses modes et tendances musicales, avec en plus de nombreux sous-genres qui ont leur base d’admirateurs irréductibles. Donc, le rock est toujours bien vivant. Espérons que l’histoire pourra se poursuivre avec de nouveaux chapitres dignes d’intérêt…

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