Couverture de Le Grand Succès (L’enfant qui parle aux animaux t. 7)

Extrait

Le Grand Succès (L’enfant qui parle aux animaux t. 7)

Chapitre 4 Sortie de Cinéma

Ce samedi 28 septembre 1963, après le repas, Thibault prit une douche, puis s’installa à son bureau. Ses devoirs furent vite expédiés, avec une facilité qui le surprit lui‑même.

Grand Maître Ramala savait‑il ce qu’il avait déclenché, et ce qui allait suivre ?

Thibault, non seulement avait commencé l’école comme il le souhaitait, mais il se sentait animé d’un enthousiasme nouveau. Une envie irrépressible d’étudier le poussa à interroger sa mère, qui regardait la télévision :

— « Maman, si tu savais que je devais entrer en classe de 5e, c’est que tu avais reçu le rapport dont la présidente parlait. Connais‑tu les notes que j’ai obtenues aux tests ? » demanda‑t‑il, frustré de n’avoir pas été mis au courant.

— « Oui, chéri. Le pli qu’un commis m’a apporté est sur la table basse du salon. »

Thibault s’y rendit. Son père et Roland étaient absorbés par l’écran. Dans sa chambre, il ouvrit l’enveloppe et découvrit les résultats. La joie l’envahit : un désir d’apprendre plus encore le submergeait.

Rapport non officiel Comment avait‑il pu tenir un dialogue en espagnol sans jamais l’avoir étudié ? Comment expliquer ce « assez bien » en anglais, alors qu’il n’avait suivi aucun cours ? Quant aux autres matières, il se souvenait avoir travaillé avec Ramana, mais sans enseignement formel. La seule explication était qu’il venait de franchir un seuil de pouvoirs.

Il chuchota, pensif :
— « Grand Maître Ramala, vous me manquez… Je me souviens de cette formule d’algèbre où j’avais noté une erreur au tableau. Et de ce défi sur une capitale, suivi d’une boisson vitaminée qui m’aidait à retenir si bien les leçons… Mais pourquoi n’ai‑je aucun souvenir de devoirs de vacances avec vous ? »

Il dit à sa mère de ne pas s’inquiéter, de se réjouir simplement. Il pensait avoir hérité d’un pouvoir de connaissance transmis par son Mentor. Pourtant, comment un vieil homme peu instruit pouvait‑il posséder une telle force ?
Était‑ce plausible ?
Ou bien créait‑il des nœuds dans son esprit, comme sa mère ?

Il se mit en méditation pour les dénouer.
 Le maître africain lui avait dit :
— « Si tu trouves le nœud, tu auras dénoué ce qui te bloque. »

Thibault s’assit en posture de recueillement, comme les statues du Bouddha. Prince, son compagnon, se coucha sur ses genoux.
Peu à peu, il s’évada vers ce monde de paix, loin des émotions et des sensations.

Quelle importance, finalement, de comprendre ces résultats magiques ?
Là où il passait, il n’y avait ni merveilleux ni son contraire, mais seulement la paix, le repos, l’absence — pour un certain temps.

Probablement revenait‑il à ce que nous appelons la réalité, une fois l’esprit purgé. Lorsqu’il sortit de ce monde, il était deux heures du matin. Détendu, il s’allongea, caressa Prince et s’endormit.

À sept heures, il se réveilla sans souvenir de rêves. Son regard tomba sur son livre de géographie. Il se rappela le jeu des capitales et se plongea dans plusieurs leçons d’avance. Puis il prit son petit déjeuner : toasts, beurre, confiture maison encore entamée, et du miel qu’il jugeait trop sucré.

Après une douche, il sortit avec Prince dans le jardin. Au lieu de jouer, il reprit son livre de géométrie, matière où sa note l’avait déçu. Plus tard, il posa l’ouvrage et sortit son carnet bleu, ainsi que le matériel de dressage policier. Il n’aimait pas ce mot, mais Prince, pour lui faire plaisir, se surpassait grâce aux commandes ultrasoniques. Thibault inventait de nouveaux codes secrets, son petit dictionnaire de communication se remplissait à vue d’œil.

Dimanche 29 septembre, 13h45.
La sonnerie retentit. C’était Maître Aditja Naïdu, impatient de revoir son protégé qu’il aimait comme le fils qu’il n’avait jamais eu.

— « Oh, c’est vous Maître, quelle belle surprise ! Le Cercle me manque tellement.» — « Je peux entrer ? »
— « Bien sûr, je vous en prie. »

Dans le jardin, Thibault raconta son bonheur d’être en classe. Lui, si peu bavard, s’enthousiasmait. Aditja soupira, mais avec un sourire.
— « Tu ne m’ennuies pas, jeune homme. Je soupirais de soulagement, car je me faisais du souci. »

Thibault lui montra le rapport.

— « Espagnol ? Tu as parlé en espagnol à un professeur d’anglais, sans connaître la grammaire ? »

Le Maître le regarda avec gravité.

— « Thibault, ce que tu vis est plus rare que le diamant. Tu présentes les signes de ceux qui héritent non seulement de dons, mais aussi de connaissances d’un ancêtre, à quatre ou cinq générations. Peut‑être un espagnol, ou quelqu’un imprégné de cette langue. Ce savoir s’est transmis dans ta lignée, jusque dans ton ADN. »

— « Tu as probablement hérité ton amour des animaux et d’autres dons du même ancêtre. Ce serait trop incroyable que tu sois influencé par des êtres différents et
que ton frère, lui, n’ait rien reçu. Comment as‑tu pu répondre en espagnol à un professeur d’anglais ? »

— « Un grand Conseil m’a fait passer des tests. Les réponses venaient toutes seules dans ma tête. Par réflexe, j’ai dit que je pourrais faire mieux en espagnol… comme si quelqu’un parlait à travers moi. »

— « Ton Mentor, celui qui habite
ton cœur ? « 
— « Non, Maître. Il était pauvre et peu instruit. Je ne vois pas comment un homme de l’île Maurice aurait pu connaître l’espagnol. L’anglais, peut‑être, puisque l’île était sous occupation britannique, mais pas l’espagnol. »
— « Et pourtant, tu as dialogué avec ce professeur d’anglais en espagnol… »
— « Oui, elle connaissait un peu la langue et s’est amusée à me tester. »

Aditja le regarda longuement.

— « Incroyable, Thibault. Ton karma est tracé. Mais je ne venais pas pour ça. Tu m’as toujours dit adorer le cinéma,
n’est‑ce pas ? »

— « Oh oui, Maître ! »
— « Alors viens. À l’Elysée Palace de Vichy, ils jouent un film de grand spectacle, très instructif. La séance est à 14h30. Tu seras mon invité. »

Thibault courut demander l’autorisation
 à sa mère.
— « Maman est d’accord ! Vous êtes venu avec le « van » du Cercle ? »
— « Le van ? »
— « Oui, à Maurice on dit ça pour le minibus. »
— « Bien sûr. Dépêchons‑nous. »

À la sortie du cinéma, Aditja demanda :
— « As‑tu aimé ? »
— « C’était impressionnant.
Est‑ce qu’il y a du vrai dans ce film ? »
— « C’est du cinéma, mais l’ambiance et les personnages reflètent bien l’époque. »

Tout à coup, Thibault se décala et repoussa son Maître sur le côté. Surpris, Aditja Naïdu faillit perdre l’équilibre. Mais Thibault, devenu souple grâce aux exercices du Maître de couleur Adinkra, leva sa jambe droite et repoussa violemment un adolescent de dix‑sept ou dix‑huit ans, lancé à toute vitesse en patins à roulettes,
le bras tendu vers le portefeuille d’Aditja.

Le choc projeta le voleur contre une vitrine. Il s’écrasa lourdement, les jambes en l’air, ses patins percutant le verre qui se fissura. La sirène d’alarme retentit aussitôt. Le portefeuille tomba, mais Thibault le rattrapa au vol et le rendit à son Maître.

— « Comment as‑tu su ce qui se passait derrière nous, Thibault ? » demanda Aditja.

— « Désolé, Maître. Ma formation au Cercle est secrète, même pour vous. J’ai prêté serment. J’ai appris à reconnaître instantanément les bruits suspects—tome 6 Ces voyous arrivent vite sur leurs patins pour voler argent ou documents. »

La police surgit. L’agent ordonna au jeune de se relever.

— « Monsieur l’agent, il ne peut pas obéir », intervint Aditja.
— « Et pourquoi donc ? »
— « Parce qu’il doit avoir une fracture du bassin ou du coccyx. »

L’agent hocha la tête.
— « On connaît ce gaillard.
Il récidive sans cesse. »

Les propriétaires du magasin arrivèrent, puis les secours quinze minutes plus tard. Le minibus du Cercle attendait en double file. Aditja et Thibault s’y engouffrèrent. L’Africain avait bien formé son élève : garder ses sens en éveil, toujours. Pas de papiers à remplir, pas d’interrogatoire. Juste de l’action sans remous.

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