Couverture de Le Grand Projet: Pas de Secrets pour l'élu (L’enfant qui parle aux animaux t. 5)

Extrait

Le Grand Projet: Pas de Secrets pour l'élu (L’enfant qui parle aux animaux t. 5)

Chapitre 14 Morsure de vipère

Comme le dissipé à la sortie de l’école Paul Bert qui avait demandé pardon au motard pour faire ami, c’était un peu la même chose.
Mais les blousons noirs, eux, ne s’excusèrent pas. Il aurait suffi de dire « plus ennemis » ou « On fait la paix ? » et pour Thibault cela aurait été largement suffisant. Ici, il ne s’agissait pas de repentir mais de soumission envers ceux qu’ils admiraient et respectaient pour être plus forts qu’eux. Ce fait est animal, primitif. Les Amérindiens du Vieux Ouest réagissaient ainsi, et dans de nombreuses tribus africaines ou aborigènes, on retrouvait ce même code d’honneur.

Chez les animaux, le plus fort devient le mâle dominant, reconnu comme chef du groupe. Chez les loups par exemple. Même chose entre femelles. La loi du plus fort est acceptée et lui confère des privilèges. Mais les Maîtres, eux, n’exigeaient ni domination ni soumission.
Ils demandaient de se conduire avec une âme plus haute :
respect du prochain, protection des femmes
et des enfants, compassion, discipline, paix, compétition noble où priment intelligence, adresse et savoir‑faire. Ce qui a sauvé notre espèce pendant des millénaires :
la solidarité.

Thibault aspirait à la tranquillité et voulait se défendre contre la sauvagerie de ces fauves humains sans foi ni loi. Soudain, alors que son grand frère essayait de raisonner le chef de la bande, il fit un pas en arrière et marcha sur la queue d’une vipère, invisible dans les herbes.
La rapidité du serpent fut inouïe.

Les motards, vêtus de cuir, retiraient leurs gants en descendant de moto et portaient des demi‑bottes noires. Entre le haut des bottillons et la combinaison, une zone de peau restait exposée. La vipère bondit et mordit en pleine chair. Le Dragon hurla, paniqua :
— « Une vipère ! Elle m’a mordu ! Au secours ! Je ne veux pas mourir ! »

Thibault, silencieux, avait tout vu.
Les Maîtres accoururent alertés par le cri.
Le chef dominant, soudain poltron, suppliait. Alors, l’incroyable initiative de Thibault :
il se jeta hors de table, aperçut les deux filles de la bande avec leurs foulards rouge et jaune,
et cria :
— « Vous, les filles ! Passez‑moi vite vos foulards ! Allez ! Ne lambinez pas ! Vite, j’ai dit ! »

Les filles, sorties de leur égarement,
se précipitèrent vers Thibault en dénouant leurs foulards. Pendant ce temps, le jeune garçon pinça de chaque côté les deux petits cercles laissés par les dents du serpent. Il souleva la peau avec force, repliant les extrémités comme pour faire sortir le pus d’un gros bouton mûr.
Sa rapidité de réaction fut époustouflante.

Serrant de toutes ses forces, d’abord avec ses doigts, puis plongeant la bouche vers le mollet,
il mordit autour de la plaie qui commençait
à bleuir et aspira le venin plusieurs secondes.
Le Dragon hurla encore plus :
— « AAAHHH ! Que fais‑tu ? »

Avec ses dents et ses doigts, Thibault obstruait le passage sanguin, empêchant le poison de se répandre. Ses joues se retroussaient tandis qu’il suçait le liquide empoisonné. Sa mère, voyant la scène, courut vers une maison voisine pour appeler les secours.

Thibault retira sa bouche aspirante dans un bruit de succion, cracha le liquide mortel
et ordonna :
— « Vous, là ! Avec votre foulard, entourez son mollet à à peine deux (2) centimètres de la morsure. Serrez fort et nouez sans relâcher. Voilà, très bien. Toi, la copine, fais de même un peu plus haut. Serrez plus fort ! »

Il relâcha son pincement et aperçut le couteau du motard dans un étui. D’un geste vif, il l’extirpa et fit une coupure chirurgicale, précise.
D’abord une lacération rectiligne et fine, un peu comme celle dont il avait été lui-même victime lors du hold-up de la banque du CL de Vichy.
Poltron hurla :
— « Que me fais‑tu, chenapan ? ».

Puis, après une deuxième lacération, alors que le « Dragon » hurlait de douleur, Thibault dessina un symbole étrange avec l’arme du motard.

Il termina en revenant à la morsure. L’empreinte d’une vipère est à peine visible, du moins au début de l’épanchement. Et là, il redessina un autre symbole, après avoir élargi la minuscule plaie.

 Tenant le couteau comme un crayon, il traça de petites incisions nettes autour de la morsure.
Le motard hurlait, mais ses compagnons le maintenaient fermement, l’empêchant de bouger. Une fille glissa un bâton entre ses dents Pour l’empêcher de crier et l’aider à supporter l’épreuve

Thibault fit un autre symbole autour de la plaie et demanda :
— « Quelqu’un a‑t‑il un mouchoir fin et
propre ? »

Les filles déchirèrent leurs foulards rouges et jaunes, qu’il disposa en garrots échelonnés entre la morsure et le cœur, après avoir découpé le cuir de la combinaison. Le blessé se plaignait encore, mais Thibault le rabroua :
— « Vous allez cesser de gémir ! C’est fini. Vous êtes hors de danger. Vous aurez peut‑être de la fièvre ou des convulsions, mais j’ai expulsé une bonne partie du venin et ralenti le reste. »

Au même moment, la mère de Thibault revint en courant :
— « J’ai appelé les secours, ils vont arriver d’un moment à l’autre. »

L’enfant avait parlé avec une assurance presque insolente. Le Maître hindou était rempli de fierté, le Sage chinois, ébahi, n’osa dire mot mais observa attentivement, comprenant que son élève avait forcément appris les secrets du Maître Guérisseur. Maître Naïdu, l’Indien, aurait pu intervenir, mais il n’avait pas sa boîte de secours avec ses remèdes magiques.
De plus, il avait une grande affection pour son disciple.  C’est lui qui lui avait appris les parades
C’est lui qui lui avait soigné sa plaie avec amour,
c’est lui qui avait essayé de parler à son homologue chinois de ses dons d’endormir son
adversaire fût-il un Maître, et ayant convaincu le
Maître Chinois, celui-ci a dit :
« Pas de secrets pour l’élu »

Les parents de l’enfant prodige et son aîné étaient confiants, regardant agir le cadet.
Cette fois, ils étaient restés calmes et attentifs, montrant qu’ils connaissaient désormais mieux leur fils et ses capacités florissantes.

— « Bravo Thibault, je suis fier de toi, et tout
le Cercle le sera. Viens par‑là !
C’est le Maître Guérisseur qui t’a enseigné
 cette magie ? »

— « Ah ha ! Désolé Maître, mais je dois garder le secret, vous savez. »

— « Oui, Thibault, ces étrangers du monde entier ont des secrets qu’ils ne délivrent qu’à leur héritier du Cercle de Sagesse. Tiens ta parole !
Je voulais juste savoir si ton savoir vient de lui. »

— « Oui Maître ! Il estime que les morsures de serpents sont les plus importantes à connaître.
Je connais des remèdes, mais ils n’existent pas en France, comme les vôtres inconnus du commerce. »

— « Exactement Thibault, tu as tout compris. »

Soudain, les sirènes d’une ambulance se firent entendre : pin‑pon pin, pin pon pin…
Un médecin dépêché sur place découvrit le motard allongé, les vêtements découpés, les foulards serrés et les incisions précises.
Il resta impressionné.

— « Qu’est‑ce que c’est que ça ? Mmmh… astucieux ! » marmonna‑t‑il, avant d’appeler un ambulancier pour injecter un sérum au blessé, qui râlait à cause de sa combinaison lacérée.

— « Qui a donné ces soins ? »
Demanda le médecin.
Les filles expliquèrent que l’enfant, là‑bas, parlant avec des Asiatiques, avait pris l’initiative rapide d’intervenir et avait déclaré avec assurance que le motard était sauvé.

Des applaudissements éclatèrent :
clap clap clap clap.

Le médecin interpella Thibault :
— « Eh ! Toi, jeune homme !
Tu as sauvé ce blouson noir, sais‑tu ?
Quel âge as‑tu ? »

Le père de Thibault répondit aussitôt :
— « Il a treize ans et demi, et c’est notre fils, Docteur. Où avez‑vous appris tout ça ? Astucieux échelonnement de garrots… Vous avez ralenti l’écoulement du venin. »

Le docteur cisailla les foulards et examina les plaies. Il découvrit de petits filets de sang et un symbole étrange.

— « Qu’avez‑vous fait là, jeune homme ? »
— « Pardon Docteur, mais cette médecine est secrète. Sachez que j’ai expulsé une partie du venin et bloqué sa circulation vers le cœur.
J’ai fait mon devoir avec mes connaissances,
qui doivent rester secrètes. »

— « Vous venez d’Asie, Messieurs.
Elle est réputée pour ce genre de savoir secret. L’enfant a‑t‑il appris de vous son savoir ? »

— « Docteur, ce jeune homme vous a déjà répondu. Je n’ai rien fait, et il a peut‑être sauvé la vie de cet homme. Alors, ne posez pas trop de questions et félicitez‑le. »

Le blouson imprimé du Cobra s’adressa à son chef :
— « Le petit magicien t’a sauvé, Dragon…
ça vaut bien ta combinaison de moto, non ? »

Thibault ajouta avec gravité :
— « Docteur, j’ai dû utiliser son arme blanche afin de le sauver, mais je n’ai pas eu le temps de la stériliser au feu. Il peut donc avoir une infection. Ce n’est plus de mon ressort,
mais du vôtre, de l’emmener pour compléter mon travail.»

— « Ambulancier, emmenez le patient sans son arme, pour surveillance hospitalière. On s’en va ! Pour le moins étrange, cette histoire d’enfant avec des secrets qui nous mettrait
au chômage… »

Tout le monde éclata de rire, surtout les filles, qui se chuchotaient des paroles à l’oreille, montraient du doigt et crièrent en chœur :
— « Je ne veux pas mourir ! »

Elles narguaient le poltron de motard, trop bavard et pleurnichard pour comprendre ce que le gosse avait fait pour lui. Il s’était humilié lui‑même et n’avait même pas dit « Merci »
au jeune guérisseur.

L’ambulance s’éloigna dans un vacarme de sirènes, transportant à l’hôpital un plaignant qui reprenait des couleurs, avec une sorte de reptile dansant imprimé sur son mollet.

Thibault avait fait preuve d’une rapidité de décision et agi méthodiquement, avec une précision qui dépassait l’entendement.
De nouveaux applaudissements, plus retenus cette fois, acclamèrent l’héritier de secrets transmis seulement à des élus au travers
des siècles

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