Couverture de Le Galion La Estrella Perdida (Les Gardiens des Connaissances t. 1)

Extrait

Le Galion La Estrella Perdida (Les Gardiens des Connaissances t. 1)

Chapitre 3 Question de destinée

De retour au Cercle, Maître Aditja Naïdu encouragea son homologue chinois, restauré, à obéir au jeune exemple de sagesse, son élu. Ensemble, ils se mirent en méditation.

— « Depuis combien de temps n’avez‑vous pas médité, mon ami ? »

Maître Aditja ne disait plus
« Vénérable ami ».
Il ne ressentait plus ce respect dû à un sage plus ancien que lui, fût‑il son meilleur ami.

— « Cela fait longtemps, n’est‑ce pas ?
Ce n’est pas digne d’un Maître de sagesse. Lui, qui n’est pas asiatique, a découvert la méditation dès ses débuts en formation et l’a pratiquée régulièrement. Voilà pourquoi, Ji Xi Wang, il a toujours échappé à la folie, et est resté lucide et clair d’esprit.
 La magie, la puissance acquise, la tentation de l’esprit ne l’ont jamais atteint.
Il est sous les bras de Shiva en permanence.

Vous souvenez‑vous de ce jour où je revenais de chez lui, quand le temps s’était subitement radouci comme au printemps, et que des milliers d’oiseaux avaient survolé l’endroit précis de sa maison ?
Aux nouvelles, les météorologistes disaient ne pas comprendre ce qui s’était passé… »


— « Oui, bien sûr. Pourquoi me demandez‑vous cela, mon vénérable ami ? » répondit Ji Xi Wang.

— « Je ne vous l’ai jamais dit, mais c’est le monde qui l’accueillait. J’étais avec lui et j’ai ressenti la présence du Mentor. Nous, en Inde, sommes sensibles à la présence des esprits décédés. C’est lui qui a provoqué ce brusque changement. J’ai cru voir les fleurs bourgeonner, et comme un essaim d’oiseaux survolait sa maison.

Il n’est pas seulement l’héritier protégé de son Mentor créole, mais de Shiva lui‑même.

Avez‑vous oublié le jour où tout le Cercle affirma avoir vu Thibault léviter ? »

— « Comme si c’était maintenant.
 Nous méditions avec lui, et donc nous n’avions rien vu. »
— « Exactement, mon ami ! »
s’exclama le Maître hindou.
« Jamais nous n’avions atteint un si haut niveau de méditation. J’aime de toutes mes forces cet enfant : il est comme le nouveau Bouddha des temps modernes. »


— « Oui… et avec Ramala, vous aviez tous deux ressenti la puissance et les ordres de l’esprit, mais pas moi »,
 ajouta Ji Xi Wang.

— « Alors, comment avez‑vous pu douter de mon élève ?
Nous avons formé l’enfant, mais nous devons désormais former notre Prince pour le mener à son règne. Pour cela, mon ami, nous devons rester ses maîtres. Comprenez‑vous, Ji Xi Wang ?

Thibault a dix‑huit ans et il est libéré de sa scolarité. Il faut le préparer à devenir un homme, le chef du Cercle des Maîtres de Sagesse au niveau mondial. Il est plus puissant que nous : sa magie a atteint des seuils inattendus. Dans trois ans, il sera officiellement adulte et notre supérieur de loin. Vous avez gravement fauté, et vous devrez laisser vos certitudes de côté pour vous adonner à la méditation, afin de redevenir le Maître que vous étiez.
Vous avez glissé dans l’auto‑satisfaction
de tout savoir.

Mettons‑nous en position, joignons nos bras et nos mains, et cherchons à nous purifier pour vénérer l’élu. Redevenez “Maître Ji Xi Wang”. »

Sans s’être couchés, le Chinois et l’Indien revinrent sur terre le lendemain matin.
Ils se sentaient purifiés, et le Maître chinois restauré.


— « Mon vénérable ami, vous revoilà parmi nous au Cercle. Vous êtes encore fragile, et vous devrez, tel un vrai Maître, ne plus vous laisser aller et retrouver la pratique de la méditation. C’est un ordre. »

Maître Aditja, lui, n’avait jamais
« perdu les pédales ».
Il avait toujours été un sage, un vrai maître. Toutefois, il réalisa qu’il allait devoir lui aussi se purifier. Ce n’est pas digne d’un Maître de négliger le nettoyage de son esprit, vulnérable aux tentations du monde. Être un Maître est une étape franchie, mais encore faut‑il le rester et en être digne.

Après avoir nettoyé leur esprit, ils entreprirent de purifier leur corps et d’enfiler des habits propres.

Thibault, lui aussi, s’était libéré de son esprit et de toutes les sensations
de ce monde :
les félicitations, la réussite, la fête, le repas, le souci de son avenir universitaire, la restauration d’un Maître égaré.
Il avait utilisé la puissance de son esprit pour lutter contre le mal qui tentait de détourner Ji Xi Wang de la bonne voie.
Il avait échoué, mais ce combat spirituel l’avait épuisé et il risquait de se perdre
lui aussi.

L’esprit du mal était vaincu, et il devait se purifier à nouveau dans les bras du Très‑Haut aux mille noms, dans les différentes cultures du globe. La méditation demande une longue et sérieuse pratique, avec sincérité, courage et détermination, pour garder un cœur pur et maîtriser le cerveau — cet organe, formidable ordinateur vivant, mais qui veut nous faire croire qu’il est nous. Il faut se souvenir qu’il n’est qu’un outil mortel, et que l’âme immortelle doit rester son maître.