Cet extrait contient un langage cru, propre à l'univers de l'auteur.

Couverture de DERNIER VIRUS: SURVIVRE EN FRANCE

Extrait

DERNIER VIRUS: SURVIVRE EN FRANCE

J'ai travaillé six mois à la base de secours 205, houai mon pote, six mois, avant que tout s’écroule. C'était pas pour la paye, hein, ces mecs là ils te paient à coup de lance-pierre. Les bases de secours, y'en avait un paquet qui s'étaient ouvertes. Ben oui, tous ces gens qui évacuaient les villes, fallait bien les loger quelque part. Je crois que c'est le préfet qui organisait ces camps. La gestion courante, c’étaient les associations qui s'en occupaient. Je bossais pour elles.

Oui, des associations genre la croix rouge, les restos du cœur, tu vois. Et c’était pas facile à gérer, quand tu penses au nombre de personnes qui vivaient là. La bouffe, les médicaments, la répartition des lits, y’avait de quoi s’occuper, crois-moi.

Au début ça se passait pas trop mal. Un peu le bordel mais sans plus, le temps que tout le monde prenne ses marques. Il y avait une vingtaine de troufions pour assurer la surveillance et maintenir l’ordre. Oh, ils avaient du matos, des Famas, des mitrailleuses, et même un petit véhicule blindé, le genre qu’utilise les CRS dans les émeutes, tu vois le genre ?

Dans la base, il y avait une bonne vingtaine de bâtiments, les militaires s’en étaient réservés un, le reste, c’était pour loger les civils. Oui, bien sûr qu’il y avait une cantine, je peux continuer ?

Bon, ce que tu dois te mettre dans la tête, c’est que le camp était conçu pour abriter à peu près trois cent personnes, pas plus.

Tant qu’on est resté dans cette limite, ça fonctionnait pas mal. Les gens arrivaient au poste de garde, ils passaient un contrôle médical rapide, fait par le médecin militaire, et on nous les envoyait avec tout leur bordel, sacs, valises, caddies, je t’en passe et des meilleurs !

Mon job à moi, entre autres, c’était de les répartir dans les dortoirs, et crois moi c’était pas une partie de plaisir ! Quand tu dis aux gens que les dortoirs sont mixtes, ça gueule, hein ! Les nanas, elles n’apprécient pas trop l’idée de se balader en petite culotte et soutien-gorge devant des inconnus, et leurs jules encore moins. Mais bon si on avait fait autrement, ils auraient gueulé au sexisme. Les gens sont pas foutus de comprendre qu’en situation d’urgence, leur petit confort personnel passe en second.

Où j’en étais déjà ? Ah oui, au début ça se passait bien. Les militaires faisaient leur job et nous le nôtre, y’avait un peu de tiraillement entre leur commandant et les responsables civils, rien de bien sérieux, des histoires sur qui avait autorité sur quoi. Des conneries, quoi.

Là où ça a commencé à merder c’est quand on est arrivé à saturation dans les baraquements. Loger les gens c’est pas comme empiler des sardines dans des boites de conserve ! Moi j’avais prévenu, hein, mais bon c’était pas moi le boss. Bref, les huiles du camp ont décidé qu’il fallait accueillir plus de monde. Une belle connerie parce que les provisions étaient calculées au plus juste, mais va expliquer ça à ces têtes d’œuf surdiplômés ! Les militaires étaient pas d’accord, rapport au fait que les effectifs n’étaient pas assez nombreux pour gérer le surplus de réfugiés. Et ça n’a pas loupé, pendant qu’ils jouaient à qui pisse le plus loin, le bubon s’est invité !

Ça a commencé en douceur, je crois me souvenir que c’était une gamine de cinq ans qui a montré les premiers symptômes. Tu ne vas pas le croire mais elle avait pas été contrôlée à son arrivée au camp, je sais pas pourquoi ! Probable que les troufions en avaient marre de jouer les nounous, ou alors le médecin militaire était déjà malade, va savoir.

Ses parents ont rien dit, bien entendu. Je sais pas à quoi ils s’attendaient, en tout cas la gamine est morte deux ou trois jours après leur arrivée. Là où ça se corse, c’est qu’ils ont rien dit ces blaireaux ! Ils voulaient l’enterrer en catimini, j’imagine.

Une nuit que j’allais voir Consuelo, c’est ma femme, elle travaillait à la cantine ; on essayait d’avoir un peu d’intimité, tu vois ce que j’veux dire ? On avait trouvé un petit coin tranquille dans un entrepôt. Les galipettes tu vois, c’est l’hygiène du couple, si y’en a plus, en général ça finit mal.

Ça va, ça va, j’y arrive !

On était en pleine action quand on a entendu les hurlements, enfin quand j’ai entendu vu que ma femme est sourde comme un pot ; puis les premiers coups de feu. Ça faisait tatatata ! Et ça gueulait comme dans une manif qui tourne à l’émeute. Ensuite, on a entendu les grenades qui éclataient ! J’avais encore mon futal baissé sur mes godasses à ce moment-là, t’imagines ? La vie est dégueulasse je trouve si un couple peut même pas prendre un peu de bon temps sans être dérangé. Tu crois pas ?

Ok, t’excites pas, j’y viens.

Le dortoir 12 était en feu quand on est sorti. Des militaires canardaient tout ce qui sortait du bâtiment, une vraie dinguerie ! Mais ils arrivaient pas à les contenir ! Y’avait des zombs qui coursaient des gens, on voyait pas tout parce que l’éclairage était sommaire, c’est le moins qu’on puisse dire. Un gratte papier a dû vouloir faire des économies sur les ampoules, j’parie. Bref, ça sentait le roussi, alors j’ai couru rapido jusqu’à l’entrée du camp avec ma régulière. J'me doutais que ça allait dégénérer !

On avait déjà prévu une solution de secours, tu comprends ? Y’avait pas besoin de sortir de Saint Cyr pour savoir que tôt ou tard le bubon débarquerait. On avait convenu de se retrouver dans un petit bled si on était séparés : je me souviens plus du nom, vu que j’ai plus toute ma tête, mais c’était pas loin de la ville de Fonbourg.

Y’avait plus personne au poste de garde, vous parlez d’une bande de charlots ! Consuelo a enfourché une bicyclette et zou ! elle est partie à pédaler dans l’obscurité avec sa petite loupiote de vélo. Ça m’emmerdait de la voir partir comme ça, ma pauvre biquette ! Je savais même pas si j’allais la revoir un jour !

Comment ? Non, moi j’pouvais pas l’accompagner. J’avais un poste de responsable tout de même, fallait que je verrouille tous les dortoirs, c’est ce qui était prévu en cas d’invasion. J’suis pas le genre de gars qui se casse au premier emmerdement.

Envoyer un SMS à Consuelo ? Mais les téléphones mobiles, ils fonctionnaient déjà plus, mon pauvre ! Tout ce que tu obtenais c’était un message audio ou écrit avec des consignes et les adresses des camps de secours !

Ensuite, hé ben, ça a été la débandade…

Les militaires ont foutu le camp, ces enfoirés ! Ils ont pris le véhicule blindé et Adieu Berthe ! Faut dire qu’ils étaient plus très nombreux. Pour les civils, ça a été un vrai carnage, houai mon pote, pire encore !!

Les gens ont pris leur voiture et ils se sont barrés comme ils ont pu. Moi, pas fou, je m’étais planqué en haut d’une étagère dans l’entrepôt. Ben quoi ? J’avais fermé les dortoirs comme c’était prévu, qu’est-ce que je pouvais faire de plus ?

J’ai passé 24h sur cette étagère, oui mon pote, j’ai même posé culotte là-haut si tu veux tout savoir…

Quand c’est devenu calme de chez calme, je suis redescendu. J’avais la dalle, t’imagines pas ! Je suis sorti, il restait que des cadavres.

Je suis allé au mess, je te prie de croire que j’en menais pas large ! Mais bon, fallait que je graille, tu vois ? Y’avait plus un zomb, ils avaient dû lever le camp pour dénicher autre chose à becqueter !

Je suis resté deux jours ici, tu vois, j’ai trimballé les cadavres à l’intérieur des dortoirs, un paquet que j’en ai charrié, tu peux me croire.

C’est ce que j’ai vu de plus moche dans ma vie, crois-moi, y’avait des mioches dans le tas. Quand t’as vu ça une fois dans ta vie, t’es blasé, vacciné !


Et puis j’ai condamné les bâtiments avec des plaques de tôle, avec une inscription sur chaque, pour dire le nombre de cadavres. Je m’étais dit que ça serait comme des mausolées, toujours mieux que de laisser les bestioles bouffer leurs carcasses.

Pourquoi je suis resté ? Pourquoi j’ai pas rejoint Consuelo ? Regarde ma gueule, regardes la bien. Tu vois les petits boutons là, sur mon cou ? C’est plié mon pote. Je suis contaminé. Sinon y’a longtemps que j’aurai calté.

Et c’est là que j’ai besoin de toi. J’ai pas envie de finir en zomb, à traquer ma chérie pour la bouffer, tu comprends ? Cette femme, c’est l’amour de ma vie. Je peux pas vivre sans elle.

C’est un vrai coup de chance que tu sois passé par là.

Tu sais ce que je vais te demander, pas vrai ? C’est un foutu service à demander à quelqu’un qu’on connaît depuis à peine deux heures. Mais si tu le fais pas, devines un peu qui va partir en chasse sur tes talons dans un jour ou deux ?

Ouaih, je sais, la vie est dégueulasse parfois. Bon, et si tu te décidais maintenant ? Tu verras, tu ne le regretteras pas.

Adieu mon pote, je te dis merde pour la suite.



DealBooks, le lieu où les auteurs francophones rencontrent leurs lecteurs.

Vous lisez ?

  • Des promos et des livres gratuits chaque jour
  • Des auteurs à découvrir et à suivre
  • Des votes pour faire remonter les meilleurs deals

Vous écrivez ?

  • Une page auteur permanente et indexée
  • Vos livres et vos promos mis en avant
  • Une communauté de lecteurs qui vous suit

Suivez-nous

Quand vous achetez via un lien Amazon, DealBooks peut percevoir une commission, sans surcoût pour vous et sans influence sur le choix des livres mis en avant. L'auteur du jour est tiré au sort, jamais payant.

© 2026 DealBooks — Tous droits réservés