Cet extrait contient un langage cru, propre à l'univers de l'auteur.

Extrait
Cent centurions: 100 stupéfiantes micronouvelles de 100 mots
Une poignée de micronouvelles de 100 mots
CHAPITRE I : GRIGNOTINES POUR ENFANTS
1. AU FEU !
Ils m’ont renvoyé à la maison pus tôt. Mon directeur d’école avait déjà appelé mon papa.
Papa était dans le salon. Il regardait un match de football en riant. Il ne m’a même pas grondé pour avoir déclenché l’alarme d’incendie à l’école. Alors, en me couchant, j’espérais qu’il allait oublier tout ça.
À 3 heures du matin, l’alarme de feu chahutait dans notre corridor. De la fumée passait par dessous ma porte !
Papa entra, cigare en bouche et seau d’eau en main :
— AU FEU !!!
Il déversa le seau sur moi, me souhaita bonne nuit et retourna se coucher !
2 . SOURIS
Mon grand frère revenait de l’école lorsqu’il vit un chat qui s’amusait avec une souris avant de la manger. Mon grand frère ne voulut pas le laisser faire. Il écarta le chat et prit la souris avec lui.
Lorsqu’il entra dans la maison, il la montra à maman.
— Oh ! Jette ça dehors !
— Non ! Regarde son museau rouge ! Le chat l’a tabassée. Je viens de lui sauver la vie… Il faut au moins la soigner pour ce soir.
Avant même que maman puisse dire non, la souris s’échappa.
Après trois mois, je l’entends encore, la nuit, gruger dans les murs.
3. BOTTES POLIES
Notre sergent des cadets nous commande de nous aligner et de polir nos bottes. Nous devons y étaler une boulette de cirage noir et polir leur surface jusqu’à ce qu’elles brillent.
Le sergent marche le long du rang, nous supervisant. Il s’arrête devant moi et inspecte l’une de mes bottes non polies, qui était recouverte d’une grosse boule de cirage mal étalé. Ça ressemblait à une crotte.
— Je veux être capable de voir mon visage dans le reflet de cette botte, garçon !
Je lui présente la botte crottée et lui dis :
— Euh, celle-ci ressemble à votre visage…
4. JOURNÉE DES PHOTOS
Je me rends compte que, depuis des années, je fais le même cauchemar à chaque veille de la prise des photos scolaires.
Le rêve commence parfois dans des endroits différents, mais se termine toujours de la même façon :
Je suis avec des amis, chez moi ou ailleurs. Nous décidons toujours d’explorer un sous-sol.
Nous y découvrons, caché derrière un meuble, un tunnel secret… qui nous guide dans une caverne… qui nous conduit dans le sous-sol marécageux de notre directeur scolaire… qui est un ogre… qui m’attrape et me vole mon visage !
Je n’y comprends vraiment rien.
5. OISELEUR
Sa canne à pêche en plastique allait devoir lui suffire.
Son papa ne voulant pas lui prêter la sienne, Adam alla avec son jouet à la cuisine, y ramassa un gros morceau de pain et amena le tout sur le balcon.
L’enfant rompit le pain et déposa des miettes sur le rebord de la balustrade. Il fixa un morceau de pain sur l’hameçon de plastique, le reposa parmi les miettes et attendit…
Un goéland atterrit sur la balustrade et s’empara du morceau de pain en battant des ailes.
Adam, surpris, lâcha prise.
Oiseau et jouet épousèrent le ciel.
6. COCCINELLES
On est à la ferme de grand-père. J’attrape des coccinelles et les mets dans un bocal. Mes parents veulent que je surveille ma petite sœur de deux ans. Alors, je l’emmène avec moi, dans les grandes herbes.
Moi, j’ai le filet. Elle, le bocal, où il y a déjà trois coccinelles. Mais, quand je reviens au bocal pour ajouter une nouvelle coccinelle, il n’en reste plus une seule !
— Il faut garder le bocal bien fermé pour ne pas qu’elles s’échappent, lui dis-je.
Elle me sourit. Oh ! Ses dents sont recouvertes de fragments d’écailles rouges et noires !
7. REQUIN
Je n’aurais jamais dû regarder le film Les dents de la mer à quatre ans.
Depuis, quand je visite la piscine, je suis hanté par la crainte de me faire machicoter par un requin géant. Le pire des moments est toujours quand je sors, faisant dos à l’eau…
Avant-hier, on était à la piscine avec ma famille et, en sortant, quelque chose m’a agrippé le derrière du maillot. En un instant, j’ai été traîné, par en arrière, dans l’eau ! Sous l’eau !
J’ai avalé une grosse gorgée avant de voir l’agresseur : mon grand frère.
Il aurait pu me tuer !
8. PARADIS
May enseigne à ses élèves comment reconnaître le son et l’orthographe des syllabes.
Au printemps, Adam, nouvel étudiant, est intégré à la classe.
— Qu’est-ce qu’on découvre à la fin de « trésor » ? demande May à sa classe.
Adam ne comprend pas la question. Un étudiant lève la main et répond :
— O – R !
— Oui ! Et qu’est-ce qu’on découvre à la fin de « dormir » ?
Adam est confus. Une étudiante lève la main et répond :
— I – R ?
— Excellent ! Et qu’est-ce qu’on découvre à la fin de « vivre » ?
Adam lève enfin la main :
— Le Paradis !
9. PIANO
Après ma leçon de piano, madame Kerbrik parle avec papa :
— Pierrot se mélange souvent en comptant les mesures…
— Ah ?
— Il lui faudrait un nouveau cahier musical. Je pourrais en commander un…
— Combien vous coûtera-t-il, avec la livraison ?
— Environ quarante dollars.
— Je vous écris un chèque de cinquante.
— C’est généreux, monsieur.
Mais ! La semaine suivante, madame Kerbrik ouvre son placard. Il y a là une pile du même cahier musical. Elle m’en donne un…
Sur le derrière du livre est affiché le prix : 9,99.
Elle compte mal ! Si j’ai de la difficulté à compter, c’est de sa faute !
10. ADOPTION
J’ai toujours voulu avoir un chien. Mais ce n’était pas si facile.
À huit ans, j’ai rencontré un jeune labrador près du ruisseau de la Madeleine. On a passé le samedi à chasser des papillons et jouer dans l’eau. J’ai essayé de lui demander où il vivait, mais il m’a répondu par un gémissement.
C’était décidé. J’allais l’adopter !
En le conduisant vers ma rue, j’ai découvert un écriteau avec sa photo.
Mordy : 100 dollars de récompense.
Déçu, je l’ai ramené chez son maître et lui ai proposé de prendre le chien plutôt que la récompense…
Il a gentiment décliné.
11. ALGÈBRE
Quand j’avais douze ans, mes leçons d’algèbre me stressaient tellement que j’en tombai malade. Je fis un cauchemar fiévreux :
J’étais enfermé dans une grande pièce en forme de cube. Mes devoirs, de gros « blocs » qui encombraient toute la pièce, m’empêchaient de bouger.
Les blocs de musique ou de français étaient faciles à résoudre, ou dissoudre, car ils s’effritaient comme du sable au moindre effort.
Mais les blocs d’algèbre, formés comme des cubes Rubrix, m’empêchaient d’avancer. Je passai toute la nuit à les résoudre pour pouvoir sortir de la pièce !
Je me réveillai, sans fièvre, et complétai mes devoirs d’algèbre.
12. SAINTE-GENEVIÈVE
Mon fils avait disparu dans la forêt de Sainte-Geneviève, infestée par des ours. Les autorités le cherchèrent trois jours et nuits. En vain.
Moi, je priais la Sainte Vierge pour qu’elle protège mon fils !
Il revint, après trois jours, souriant.
— Fils ! On s’inquiétait !
— Pourquoi ? J’étais avec un gros chien et une gentille dame.
— Quoi ?
— Oui, maman. Le gros chien, ses pattes étaient plus grandes que les mains de papa ! Il m’a trouvé du miel, des fruits et me gardait au chaud le soir. Et la gentille dame, son manteau blanc brillait dans le noir et me protégeait des moustiques !
CHAPITRE II : CAPRICES DE JEUNESSE
13. TRUC
— Truc ou traite !
Il ouvre la porte et trouve deux adolescentes en gilets de cuir noir et aux cheveux multicolores.
— Hum. Laissez-moi deviner votre costume d’Halloween : collégiennes en rébellion ?
Misty rit. May explique :
— Monsieur, nous sommes… avec nos petits frères, bafouille-t-elle en désignant quatre astronautes dans la rue.
— Pourquoi alors ne sont-ils pas avec vous ?
May hésite. Misty reprend :
— Votre maison leur fout la trouille. On vient à leur place. Ils sont quatre. Nous, deux.
Il leur offre alors six tablettes de chocolat.
May et Misty repartent dans la rue, sans prêter la moindre attention aux petits astronautes.
14. FIREROCKS
Misty et May assistent au concert des Firerocks.
Blaze, le chanteur, présente chaque chanson intimement et en grand détail. Après la quatrième chanson, Misty proteste :
— Zut ! Mais qu’il se taise et qu’il chante !
— Non ! reprend May. Il est un vrai gentleman avec l’auditoire ! Et plutôt sentimental !
— C’est dégoûtant pour un rocker ! Qu’il cesse ses causeries, sinon on quitte !
— On est venues pour toi, voyons !
Enfin, durant la dernière chanson, Blaze donne un violent coup de pied dans un des haut-parleurs, qui s’effondre en étincelles fumantes.
— Oh ! Mais qu’il est con ! proteste May.
Misty s’exclame :
— Enfin ! Ça, c’est sexy !
15. CHOCOLAT
Lorsque May ouvre sa boîte à dîner, son pudding au chocolat a disparu.
— Ah ! Linda trouve toujours un moyen pour me piquer mon dessert ! se plaint la collégienne.
— Et toujours de mauvaise humeur, ajoute Misty. Elle est probablement constipée.
Le lendemain, Misty offre à May des biscuits au chocolat :
— Tiens. Ma recette. Pas touche. Mets ça avec ton lunch.
Et, Linda trouve un nouveau moyen de s’approprier les biscuits de May. Cependant, Linda doit s’absenter de classe, tout l’après-midi…
— Ma mère aussi est souvent constipée, chuchote Misty. Elle utilise des tablettes laxatives au chocolat. Ça marche, apparemment.
16. FRANZ
Luke montre des photos de voyage à sa cousine Misty.
— Lui, c’est qui ? demande-t-elle en désignant un jeune homme grimaçant et sans chemise.
— C’est Franz, mon ami.
Dans la photo suivante, Franz porte un t-shirt déchiré et avance, tel un zombie, vers un groupe d’aînés confus.
Misty se mord les lèvres.
Dans la prochaine photo, Franz sourit à pleines dents, allongé dans un congélateur industriel avec une paire de bobettes sur sa tête.
Misty baisse les yeux et soupire :
— Ah bon. Je vois. Ton ami Franz, c’est un vrai bouffon. Je pense que… je suis amoureuse de lui.
17. MORTEL-COMBAT
Mon arrière-grand-père, vétéran, voulait rencontrer mon copain Franz pour « prendre l’apéro ».
Franz, l’insensé, portait sa vilaine chemise Mortel-combat.
— Asseyez-vous. Toi l’pruneau, j’te passe à la goutte ! Bois !
Franz but, toussa.
— C’est quoi, cette chemise ? grogna le centenaire.
— Mortel-combat, un jeu vidéo. Les concurrents se battent jusqu’à la mort.
— Toi, tu connais rien d’la guerre ! J’vais t’dire une chose… J’ai déjà vu un homme en tuer un autre ! Sais-tu comment ? Il l’a agrippé, comme ça, par les parties ! gronda l’ancêtre en brandissant un poing tremblant.
— Justement, il y a une technique similaire dans le jeu…
— Vraiment ? Montre !
18. PLONGEON
Les trois grimpent sur le rocher. Franz se lance dans la mer en premier. Misty saute en second. May hésite en les regardant patauger dans l’océan azur.
— Saute ! crie Franz en nageant sur place.
— Non ! Un plongeon ! réclame Misty.
— Non ! Une culbute ! reprend Franz.
May s’apprête à plonger, lorsqu’elle aperçoit, remontant des profondeurs, un plongeur tenant un appareil photographique sophistiqué. Les trois collégiens hurlent.
— Eh ! Tu prends des photos sous-marines de moi et de mes copines ? réprimande Franz.
— Non. Je photographiais la pieuvre géante qui vit sous ce rocher. Mais vous l’avez enragée en plongeant. Elle va nous attaquer !
19. MORSURE
Nous regardions un film d’horreur chez les parents de Misty, lorsqu’elle devient complètement folle. Hurlante et ballottant ses bras, elle arrache sa chemise et court en cercle dans le salon.
— Mais qu’est-ce que tu fous ?
— Une abeille ! crie-t-elle. Elle m’a mordu !
— Non, elle ne t’a pas mordu, puisqu’elle te poursuit encore. Ne sais-tu pas que les abeilles meurent après avoir piqué ?
En utilisant deux coussins dodus, telles des cymbales, Misty attrape enfin l’abeille :
— Mais elle ne m’a pas « piqué », andouille ! Je t’ai dit qu’elle m’a « mordu » ! Sache que les abeilles ont aussi des bouches !
20. COMESTIBLE ?
Le frigo de Misty semble vide, mais je découvre des boulettes de poisson derrière les condiments. Je les teste par odorat. Le test échoue, mais je me dis qu’avec la cuisson, elles deviendraient comestibles.
Elles sont enveloppées dans une « couche protectrice » gluante et puante, que je rince.
Je me demande pourquoi leur consistance ferme avait ramolli. En les cuisant, elles retrouveraient sûrement leur fermeté. Je les mets dans une casserole d’eau bouillante. Mais au lieu de s’endurcir, elles se désintègrent complètement dans l’eau !
Je goûte au bouillon. Mmm, pas si mal ! Je bois le tout.
Trois jours d’agonie.
21. S.O.S.
May cogne et entre. Je lui raconte ma journée :
— La vieille dame qui vit dans l’appartement d’en haut est bizarre aujourd’hui.
— Comment ça ?
— Elle est quasiment sourde, alors elle fait jouer sa musique au maximum. Ce n’est pas là le problème…
— Alors, c’est quoi ?
— Aujourd’hui, elle déplaçait des meubles, faisait basculer des chaises, tomber des assiettes.
— Hum…
— Et puis pendant qu’elle écoutait la chanson S.O.S de Abba, elle tapait du talon comme si elle dansait. Mais elle n’a vraiment aucun sens du rythme ! Elle est bizarre…
— Pas bizarre, imbécile ! Elle est tombée ! Elle tape S.O.S. en code morse ! Suis-moi !
22. ENREGISTREMENT
Arrivée à Montréal, ma tante était venue me chercher en taxi.
Notre jeune chauffeur avait un pied de fer. Les pneus du taxi criaient à chaque tournant.
— Dites, madame ! Saviez-vous qu’il y a toute une industrie du film, ici, à Montréal ?
— Ah oui ? Vraiment ? balbutia ma tante.
Le taxi galopait…
— Avec votre figure, vous pourriez figurer dans un film local !
— Ah ? Êtes-vous acteur ?
— Non. Moi, c’est plutôt l’enregistrement audio…
Il freina brusquement, puis reprit à toute allure. Les pneus hurlèrent.
— Mais que faites-vous ! cria ma tante.
— Pardon, madame. C’est pour l’enregistrement des pneus. Pour un grand film d’action !
23. RAMIR
Oh, mon premier film an cinéma indien !
C’était l’histoire de Ramir, jeune danseur, incapable d’obtenir un contrat. Frustré, Ramir avait bu excessivement, s’était mis à danser en public, fut arrêté, emprisonné.
Une passante filma le tout et posta la vidéo. La danse de Ramir devint un phénomène viral.
Et, lorsque le Ramir sortit de prison, une foule d’admirateurs l’attendait. Le film se conclut à la Bollywood : en musique et en danse collective.
À ma surprise, l’auditoire se leva pour se joindre aux festivités. J’ai dansé la danse de Ramir comme je n’aurais jamais osé faire dans un cinéma canadien !
24. AMIK ET AYAK
L’aventurier Amik vivait sur le mont Raide. La chasseuse Ayak, sur le mont Plat.
À la première fonte des neiges, dans la vallée séparant leurs montagnes, Amik et Ayak firent connaissance.
Pendant les chaleurs estivales, les deux y prirent rendez-vous, s’échangeant témoignages, trésors et tendresses.
Arrivé l’automne, ils voulurent se marier.
— Puisque c’est toi l’aventurier, tu viendras vivre chez moi, dit Ayak.
Amik accepta et alla informer son père.
— Va, fils. Ils disent que l’amour peut déplacer des montagnes !
— Ils se sont trompés, père. C’est plutôt l’amour qui m’oblige à me déplacer d’une montagne à une autre.