Couverture de Brumeterre 3 - La Cobaye: urban fantasy française, dark fantasy soft (à partir de 16 ans)

Extrait

Brumeterre 3 - La Cobaye: urban fantasy française, dark fantasy soft (à partir de 16 ans)

Prologue

Le tunnel béant ouvre sa gueule devant moi.
Je frissonne, debout sur le seuil, les membres presque raidis par la peur et le froid.
Je peux presque sentir les relents écœurants de son immense haleine fétide m’envelopper dans un cocon de puanteur gluante.
Presque.
Comme si tout cela existait vraiment.

Or, je sais que ce n’est qu’un rêve, non, que dis-je ! un cauchemar émanant des profondeurs ténébreuses de mon esprit.
Un bref instant, ma conscience lutte pour me tirer du sommeil. Je suis sur le point d’ouvrir les yeux…
Presque.
En dépit de mes efforts pour refaire surface, la lame de fond m’emporte, irrésistible, vers les visions d’horreur qui m’attendent avec avidité.
Ma résignation remplace ma peur. Je fais jouer mes muscles solides, parés au combat. Mon sang brûlant embrase mon corps tout entier.
Et pourtant, j’ai de plus en plus froid. D’un froid impérieux qui ne quitte plus les tréfonds de mon cœur, ni la nuit… ni le jour.
Très bien. Puisque c’est comme ça, autant y aller avec panache !

— Hou hou, mes p’tits monstres, j’arrive et je vous préviens, je vais vous botter le cul !

Sur cette déclaration plus fracassante que poétique, je fais mon entrée dans le boyau répugnant.
Je marche crânement, aussi fière et décidée qu’une reine du R&B. Les talons vertigineux de mes cuissardes claquent sur le sol au rythme d’une folle chanson d’amour. Pour un peu, je ferais danser ma crinière de boucles !
Hélas, il n’y a pas de place pour la danse ou la musique, ici, et encore moins pour l’amour.
Loin des éclats des spots, une lueur tremblotante ose à peine éclairer l’atmosphère épaisse.
Loin des voix qui reprennent en chœur les paroles de leur idole, un chuchotis humide suinte sur les parois en longs filets baveux.
Loin de profiter d’une ambiance festive, je subis cette interminable progression dans une lugubre solitude.

Ah, voilà la première salle ! Celle-là, je l’ai visualisée en pleine conscience sous la franche brillance du soleil. J’ai analysé chaque séquence de l’événement qui va inévitablement se déclencher dès que j’aurai franchi la porte close qui me fait face en un étrange défi immobile. Je suis sûre de pouvoir garder mon calme et d’agir avec une froideur calculée…
Ou presque !
Soudain agacée, je fonce sur l’obstacle de bois irréel qui, surpris par ma brusquerie, n’a pas le temps de s’ouvrir avant d’éclater sous le choc. À peine suis-je passée de l’autre côté du chambranle que la porte intacte se referme derrière moi avec le sinistre grincement de rigueur. Toute la logique absurde d’un rêve !

— Bon allez, mon gars, je n’ai pas toute la nuit ! lancé-je abruptement à l’obscurité qui m’environne, encore plus épaisse et collante que dans le couloir.

Un grognement sourd me répond, puis le bruit d’une grande masse qui se déplace en faisant craquer ses os.
La peur tente de se frayer un chemin en moi, mais je la repousse d’un simple hochement d’épaules. À raison de deux à trois répétitions de ce cauchemar chaque nuit, j’en suis au moins à une douzaine. Douze fois la même chose ; ou peut-être treize. Le seul sentiment qui me reste, à part une angoisse diffuse que je ne peux pas maîtriser puisqu’elle fait partie du jeu, c’est de l’exaspération teintée d’une pointe d’autodérision. Non mais franchement, je croyais avoir plus d’imagination que ça !
Le disque rayé de ma cervelle endormie déroule fidèlement la saynète suivante.

La pénombre est presque totale, mais ma vue surdéveloppée distingue, dans le coin le plus sombre de la pièce, un corps de géant à demi-nu, aux muscles saillants qui s’arrangent pour capter la moindre lumière afin de mettre en valeur leur gonflement luisant d’une fine sueur.
Comme à chaque fois, je me dis qu’en d’autres circonstances, ce rêve aurait pris une tournure beaucoup, beaucoup plus chaude et palpitante. Hélas, je n’ai pas le choix. Ce corps-à-corps n’aura rien de sensuel. Je ricane : c’est peut-être cela, le vrai cauchemar, pour une demi-succube comme moi !

— Montre-moi ta sale gueule, qu’on en finisse !
Un nouveau grognement vient ponctuer ma futile provocation.
— Oh, pardon, je veux dire TES sales gueules !

Deux rayons de lumière surgissent du néant et se croisent pour illuminer le colosse, dévoilant soudain le haut de sa physionomie comme un coup de théâtre. Je crois que mon inconscient et moi, on aime un peu trop la mise en scène !
Ces projecteurs invisibles étalent au grand jour une particularité hideuse dont je me serais bien passée : au lieu d’une tête normale comme tout un chacun, le cou massif porte deux visages grimaçant de haine.
À droite, le visage aux traits anguleux d’un homme d’une trentaine d’années, surmonté d’une coupe en brosse de couleur châtain. On dirait une caricature de soldat, presque cartoonesque à force de mâchoires carrées et de tendons saillants.
À gauche, le visage libidineux d’un vieillard ridé aux poils blanchis sur le menton et le crâne. Je ne pourrais dire si son faciès exprime plus la perversité ou la colère, tant ces deux belles qualités y sont intriquées.
Je ne sais pas davantage quel souvenir douteux engendre dans mon esprit ce grotesque Janus aux deux faces diaboliques. D’ailleurs, pour être parfaitement honnête, je ne suis pas certaine de vouloir le découvrir !
En revanche, je connais parfaitement la suite des événements. Un combat bref, brutal, sanglant, et même franchement dégueulasse, dont je sors victorieuse mais couverte de sang et de débris de cervelles éclatées.
Pouark. Et pourtant, le pire est à venir…

Sans transition, je suis de retour dans le boyau sinueux. En route pour ma destination finale…
Le passage devient de plus en plus sombre et resserré. Les murs irréguliers frôlent ma peau, mes mèches rousses se collent dans la mélasse qui exsude du plafond. Tout ça va bientôt très mal finir pour moi, mais j’ai hâte que ça se termine.
Ça y est, ça commence. Le fier claquement de mes talons, déjà étouffé sur le sol devenu pâteux, se mue en un clapotis menaçant. Quant à mes hautes bottes, elles se sont mystérieusement transformées en petits bottillons qui ne couvrent plus que mes chevilles.
L’eau monte progressivement. Je la sens passer au-dessus de mes chaussures et couler jusqu’à mes pieds nus à l’intérieur. Puis le niveau atteint mes mollets, mes genoux, toujours plus haut à l’assaut de ma chair frissonnante.
Ce n’est pas le froid qui me fait trembler autant. Pas seulement le froid. La peur que j’avais si résolument expulsée a fait son grand retour. Elle s’établit désormais comme la maîtresse incontestée de mon âme, écrasant toute velléité de rébellion. J’ai su contrôler mes sentiments avec facilité pour le premier combat, au bout de deux ou trois répétitions ; il ne m’en reste qu’un vague dégoût. En revanche, le moindre contact avec cette eau si froide chasse tout mon courage en un instant, sans que je puisse lutter en dépit de mes vaines tentatives.
Elle aspire ma chaleur vitale au fur et à mesure qu’elle engloutit mes jambes, mes fesses, ma taille. Quand elle recouvre ma poitrine, j’ai l’impression que mon sang gelé se fige dans mes veines.
Et ce n’est toujours pas le pire…

Ça y est, j’ai senti la première blessure ! Ma fin est toute proche à présent. Une fin ignoble qui m’emplit d’une pure terreur. Je voudrais tant me retourner, ressortir de cette onde mortelle, quitter ce tunnel infâme ! Mais je suis contrainte de continuer ma lente progression…
Aïe, deuxième estafilade ! Partout autour de moi, les flots d’ombre charrient des langues de glace aux arêtes tranchantes. Elles entament douloureusement ma peau dès que je les effleure.
Les plaies deviennent plus profondes à chaque nouveau contact. Mon sang jaillit maintenant par des dizaines de balafres, se mêle à l’eau glacée.
Seule ma tête surnage encore. Je hoquette et sanglote en gémissements déchirants. Que quelqu’un ait pitié de moi et me vienne en aide !

Là, comme un miracle, comme un mirage, une main se tend vers moi. La reconnaissance envahit instantanément tout mon être, mais cela ne va pas durer…
Je m’efforce de lever mon bras percé de trous sanguinolents, de l’arracher à la gangue pétrifiante qui m’enserre de toutes parts. L’espoir qui me saisit broie mes pensées, réduit ma logique en poussière. Je n’ai aucune chance mais j’y crois si intensément !

Mais avant que j’aie achevé mon geste pathétique, la main salvatrice avance brusquement et vient se poser sur mon crâne avec une douceur trompeuse et une force gigantesque. Elle appuie cruellement sur ma tête pour l’enfoncer dans l’opacité glaciale.
Aussitôt, mon fol espoir se transmute en un désespoir plus absolu encore.
J’essaye de retenir ma respiration. Je me débats furieusement. Rien à faire. Il est trop tard pour moi. Trop tard pour tout !

L’eau s’engouffre dans mon nez, dans ma bouche, dans ma gorge, dans ma trachée, dans mes poumons. Une multitude de cristaux de glace tranchent mes chairs à l’extérieur et à l’intérieur de mon corps.

Le froid me brûle dans un maelström de douleur atroce qui m’entraîne vers le néant…

DealBooks, le lieu où les auteurs francophones rencontrent leurs lecteurs.

Vous lisez ?

  • Des promos et des livres gratuits chaque jour
  • Des auteurs à découvrir et à suivre
  • Des votes pour faire remonter les meilleurs deals

Vous écrivez ?

  • Une page auteur permanente et indexée
  • Vos livres et vos promos mis en avant
  • Une communauté de lecteurs qui vous suit

Suivez-nous

Quand vous achetez via un lien Amazon, DealBooks peut percevoir une commission, sans surcoût pour vous et sans influence sur le choix des livres mis en avant. L'auteur du jour est tiré au sort, jamais payant.

© 2026 DealBooks — Tous droits réservés