Couverture de Brumeterre 1 - La Mercenaire: urban fantasy française, dark fantasy soft : 50% succube, 50% sarcasme, 100% décomplexée (16+)

Extrait

Brumeterre 1 - La Mercenaire: urban fantasy française, dark fantasy soft : 50% succube, 50% sarcasme, 100% décomplexée (16+)

Prologue

L’homme vérifia sa position d’un coup d’œil circulaire. Parfait. De là où il était, il pouvait tout voir sans être vu par les gens qui se pressaient en masse dans les grandes artères parisiennes, malgré la chaleur écrasante de ce week-end de fin de printemps.
S’il ne s’était pas trompé, le spectacle allait bientôt commencer. Un instant, il regretta de ne pas avoir apporté un paquet de ces drôles de grains blancs sucrés qu’il avait récemment découverts avec plaisir… Ah oui : du pop-corn. Cette idée le fit sourire. Voilà qui aurait eu du panache !Tout à coup, un brouhaha lointain lui confirma qu’il ne s’était effectivement pas trompé.
Ça y est, c’était parti.

— J’ai hâte de voir si tu es enfin celle que je cherche, murmura-t-il pour lui-même.

Depuis la rue, la vue n’était pas aussi dégagée que de là-haut. Entre la foule compacte, les panneaux publicitaires et les couleurs bariolées des diverses vitrines, l’ensemble évoquait un croisement entre un labyrinthe inextricable et la lente transhumance d’un troupeau de ruminants.
Pourtant, une silhouette féminine se faufilait d’un groupe à l’autre, vive, presque insaisissable.
C’était elle que l’homme perché sur son immeuble fixait de ses yeux d’un bleu intense où, à bien y regarder, la lumière du soleil se reflétait de façon assez inhabituelle, comme si elle y faisait naître de minuscules tourbillons.
Ignorant qu’elle faisait l’objet de cette surveillance, la femme évita souplement deux copines qui venaient de piler devant un magasin de chaussures.
Un peu plus loin, elle bondit au-dessus d’un toutou qui avançait mollement au bout de sa laisse et essayait au passage de flairer le marquage d’un congénère à la base d’un poteau. Une activité qu’il trouvait bien plus intéressante que celle de son maître !
Plus loin encore, elle esquiva in extremis une poussette surgie de nulle part, que la mère maniait comme un brise-glace miniature pour se frayer un chemin.

Le guetteur repéra la source de son empressement, à trente ou trente-cinq mètres derrière elle. Il compta quatre, non, cinq gaillards à la mine patibulaire de circonstance, assez massifs et inquiétants pour que, mus par un soudain instinct de survie, les gens s’écartent spontanément de leur passage. Ils ne progressaient pas à grande vitesse, mais assez régulièrement pour que chacun de leur pas les rapproche inexorablement de leur cible.
Celle-ci s’aperçut du danger en grimpant brièvement sur le bord d’un banc pour évaluer la situation, acte qui fut courtoisement salué par deux mégères affalées sur ledit banc, qui grommelèrent de charmantes insultes sur ces jeunes qui manquaient de respect.
N’ayant pas le temps d’écouter leur aimable leçon de savoir-vivre, la fuyarde reprit sa progression émaillée d’obstacles. Mais au lieu de continuer droit devant elle, elle obliqua résolument vers la droite. Il n’y avait pourtant pas de rue adjacente à cet endroit, où elle aurait pu tenter de s’échapper.
A priori, ce n’était d’ailleurs pas son intention car, au lieu d’essayer d’accélérer, elle s’arrêta net devant un distributeur de billets.

Les yeux ondoyants rivés sur elle depuis les hauteurs s’écarquillèrent de surprise. Pensait-elle se soustraire ainsi à l’attention de ses poursuivants ? Avec sa crinière rousse et sa robe rouge et noire, ses chances de succès étaient à peu près inexistantes !

Heureusement pour elle, ce n’était pas du tout son plan. Après avoir subi l’assaut de ses doigts agiles pendant une quinzaine de secondes, le distributeur se mit à cracher tout son contenu dans la rue. On aurait dit un animal bizarre qui vomissait un tas informe sur la chaussée.
Brusquement, les premiers curieux identifièrent ce dont il s’agissait. Avec un bel ensemble, ils se ruèrent vers la pile grandissante de billets de banque de toutes les couleurs, dont certaines que la plupart d’entre eux n’avaient vues qu’à la télé, jusque-là !
Ce ne fut que le début d’une pagaille qui s’étendit très vite parmi la foule. La fugitive répéta en effet la manœuvre à chaque distributeur qu’elle croisait, au nombre d’une bonne demi-douzaine dans cette rue commerçante. Au fur et à mesure, elle laissait derrière elle une cohue de plus en plus indescriptible.
Le phénomène s’amplifia tellement qu’il finit par la dépasser, jusqu’à une bouche de métro située à une quinzaine de mètres devant elle. Les voyageurs qui en sortaient, prévenus on ne sait comment par la rumeur qui semblait flotter dans l’air, se mirent à courir pour profiter de l’aubaine. Ils furent bientôt rejoints par ceux qui s’apprêtaient à entrer dans la voie souterraine mais qui opérèrent un demi-tour en toute hâte.
Aucun d’eux ne prêta la moindre attention à leur mystérieuse bienfaitrice, qui dévala à toute vitesse l’escalier pour s’engouffrer dans une rame salvatrice.
Par ce procédé aussi audacieux qu’inattendu, elle était parvenue à semer les cinq individus qui la traquaient, à présent englués au milieu des infranchissables bousculades de ces hordes avides. L’un d’eux, peut-être un peu moins lent d’esprit que ses comparses, comprit que la poursuite était devenue vaine et décida de faire jouer ses muscles pour, lui aussi, mettre la main sur quelques biftons. Ça lui ferait au moins une compensation pour l’inexplicable échec qu’il venait de subir !

Du haut de son perchoir, l’homme aux étranges pupilles mouvantes se recula prudemment. Pris par l’action qui se déroulait sous ses yeux d’abord stupéfaits puis de plus en plus ravis, il s’était dangereusement penché, risquant de se faire repérer.
Une fois à l’abri des regards, il s’autorisa un petit rire triomphal.

— Aucun doute n’est plus permis : cette fois, je t’ai retrouvée, ma chère sœur ! Et pour une morte, je dois avouer que tu te débrouilles plutôt bien pour survivre !

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