Cet extrait contient un langage cru, propre à l'univers de l'auteur.

Chapitre 1
L'eau se troublait au fur et à mesure qu'on s'approchait de la plage. On entendait de plus en plus distinctement les basses entêtantes d'une musique qui se mêlait au brouhaha et aux cris de la foule. Il y avait un goût de sueur, d'urine, et d'autres choses indescriptibles, et le tout faisait tourner la tête. On n'y voyait déjà plus rien, comme dans les hauts fonds où la lumière ne parvient pas, ou au large par une nuit sans lune. Tous ces bruits d'éclaboussures, ça aurait pu être des tortues qui gagnent le rivage, mais autant à la fois, difficile d'y croire. Le sable glissait à présent sous son ventre, il se sentait à l'étroit entre le fond et la surface. Il se faufilait entre les paires de jambes, butta une fois contre l'une d'elles. Il y eut un cri aigu, perçant, qui fut le signal de départ d'une panique absolue. De l'écume, des remous et des hurlements, des éclaboussures de partout. On tomba même par-dessus lui. On criait au hasard « Sortez de l'eau ! Au secours ! Ramenez les enfants ! Aidez-moi ! Dépêchez-vous ! » Des pleurs et des appels à l'aide, des voix de mères angoissées cherchant leurs enfants, de pères impuissants, de petites filles et petits garçons perdus.
Soudain une paire de bras l'enserra. Comme elle semblait vaine, cette étreinte! Il fit à peine mine de chercher à atteindre le fou qui tentait de l'immobiliser. Il continua à se frayer un chemin dans l'eau boueuse, ondulant les muscles puissants de son long corps de prédateur marin. Mais alors l'insensé lança d'une voix impérieuse :
« Venez m'aider. On va le choper, ce fils de pute. »