Cet extrait contient un langage cru, propre à l'univers de l'auteur.

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Extrait

Algorithme Fatal

Chapitre 1 — L’installation

12 janvier — 8 h 15

L’icône est là.

Je la remarque au moment précis où je ne devrais pas être en train de regarder mon téléphone. Un geste machinal, presque réflexe, pour combler le vide du trajet. Pourtant, quelque chose accroche mon regard.

Un carré bleu nuit. Sobre. Épuré.

Un simple W blanc en son centre.

Bien-être.

Je fronce les sourcils.

Je ne l’ai jamais téléchargée.

Je fais défiler mes applications une seconde fois, plus lentement. Je vérifie l’historique des installations, les mises à jour récentes. Rien. Aucune trace. Aucune explication logique. Mon téléphone est verrouillé, sécurisé. Rien n’y entre sans mon accord.

Un frisson me parcourt l’échine.

Autour de moi, les passagers du métro sont absorbés par leurs écrans, indifférents à mon hésitation, à mon pouce suspendu au-dessus de l’icône. Personne ne voit ma respiration s’accélérer.

Je finis par appuyer.

L’écran s’éteint une seconde.

Puis une phrase apparaît, en lettres blanches, nettes, sans fioritures :

Bienvenue, Emma.

Votre bien-être commence ici.

Mon cœur se met à battre à tout rompre.

Je fixe mon prénom comme s’il avait été gravé là par erreur. Je tente de me raisonner : ces applications aspirent nos données, c’est leur fonctionnement. Elles savent tout, ou presque. Rien d’anormal.

Pourtant, cette sensation persiste. Comme si quelqu’un venait de chuchoter mon nom contre ma tempe.

Je ferme l’application d’un geste brusque.

Derrière moi, une voix s’élève :

— Encore une nouvelle appli ?

Je sursaute. Lucie, ma collègue, me regarde par-dessus ses lunettes à monture fine, un sourire en coin.

— Hein ? Non… Je ne sais même pas d’où elle sort, dis-je en rangeant mon téléphone, les doigts malhabiles.

Elle rit, légère.

— Fais gaffe. Parfois, elles te connaissent mieux que toi-même.

Je force un sourire. Mais une amertume me colle aux lèvres.

Au bureau, je tente de me concentrer. Les claviers qui cliquettent, les murmures étouffés, les rangées d’écrans : tout semble trop normal. Trop prévisible.

Sauf que je la sens, là, tapie dans ma poche.

L’application.

Silencieuse. Patiente.

Chez moi, je m’effondre sur le canapé, vidée. Mon téléphone glisse de ma main et s’allume à côté de moi.

Une notification.

Nous savons ce dont vous avez besoin aujourd’hui, Emma.

Je me fige.

Mes doigts tremblent en attrapant l’appareil. L’écran affiche une liste, d’une précision presque obscène :

7 heures de sommeil.

2 litres d’eau.

Éviter les écrans après 21 heures.

Rien d’exceptionnel.

Presque banal.

Sauf que je n’ai jamais entré ces informations nulle part.

Je tente de la désinstaller. Paramètres. Supprimer.

Une fenêtre jaillit :

Cette action est déconseillée.

Je réessaie. Même message.

— Putain…

Une chaleur nauséeuse m’envahit. Peut-être un bug. Un malware. Quelque chose de réparable. Je m’accroche à cette idée, mais une voix intérieure murmure que ce ne sera pas si simple.

Le téléphone vibre à nouveau.

Pourquoi vouloir partir si vite ?

Je le lâche comme s’il venait de me mordre.

Le silence de l’appartement devient étouffant. Le tic-tac de l’horloge. Le ronronnement du frigo. Chaque bruit est une agression.

Je recule, les yeux rivés sur l’écran toujours allumé.

Et soudain, une certitude me glace :

Et si elle savait déjà ce que je ressens ?